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INTERVIEW | Jean-Pierre Caillot : "Malgré la défaillance de Mediapro, le Stade de Reims n'est pas en danger"

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Par , France Bleu Champagne-Ardenne

Le président rémois revient sur le début de saison de l'équipe, sur la situation financière du club face à la crise Covid et celle des droits TV. Il parle aussi de l'avenir du football français, et du mercato qui vient de s'ouvrir avec notamment le dossier Boulaye Dia.

Le président du Stade de Reims, Jean-Pierre Caillot.
Le président du Stade de Reims, Jean-Pierre Caillot. © Maxppp - Maxppp

Même si la phase aller du championnat n'est pas encore terminée, quel regard portez-vous sur ce début de saison de l'équipe ? 

C'est une saison tellement compliquée en raison de la crise du Covid. Je pense qu'il n'y a pas grand-chose qu'on pouvait imaginer de cette façon. Le fait de l'absence de public dans les stades a aussi probablement pénalisé l'équipe et nos joueurs. Toujours est-il que l’on n'a pas pu vivre ce retour en Coupe d’Europe, 57 ans après la dernière participation,  comme on l'aurait espéré. Et puis cette Coupe d’Europe, puisqu'on en parle, même si on a fait deux tours avant de se faire éliminer aux penaltys, elle nous a « pompé » de l'énergie, et je pense que cela est quelque part responsable de ce début de championnat en tout cas cela a pu contribuer aux mauvais résultats à l'extérieur qu'on a fait à Angers ou à Metz, par exemple. Je pense que la saison dernière, on aurait pris des points dans ce type de rencontre. Donc aujourd'hui, la situation a été compliquée en termes de points en ce début de saison. Mais heureusement, la tendance est repartie dans la bonne direction. 

On a l'impression, vu de l'extérieur, que cette élimination en Coupe d'Europe, dans l'anonymat au fin fond de la Hongrie, a beaucoup pesé dans les têtes de tout le monde…

Oui, parce que ce n’est pas comme ça que l’on imaginait notre retour en Europe. Et puis, là aussi, il faut voir le tableau : vous arrivez en Hongrie, vous êtes dans un hôtel fermé puisque là bas, il y avait un confinement. Anonymat, c'est vraiment le terme qui convient. Vous ne pouvez pas sortir de votre hôtel, si ce n'est pour aller dans un stade vide et vous jouez.  Bref, ce n’est pas du football. Donc, finalement, vous passez par une série de penaltys que l'on rate. On l’a bien vu, d'ailleurs, avec Predrag Rajkovic, qui a quand même démontré ses qualités sur l’exercice y compris cette année en championnat, il n’en n’a pas arrêté dans cette série et des joueurs qui avaient marqué des penaltys importants, comme Boulaye Dia, par exemple, ont raté leur tir au but ce jour-là. Donc voilà, on voit que c'était un contexte. On a pris un grand coup derrière la tête parce qu'il y avait une grosse déception. On savait que les Rémois étaient en attente. Il y avait toute une partie du football français dans cette attente, et j’avais eu beaucoup de messages de collègues aux quatre coins de la France. Beaucoup de gens attendaient le Stade de Reims et on a eu le sentiment de ne pas avoir répondu présent. On est des sportifs, on est des compétiteurs. Seule la victoire est belle. 

Est-ce que parmi les autres raisons de ce début de saison difficile, il n’y a pas le fait que les jeunes joueurs qui composent désormais l’effectif n’aient pas assez vite progressé ? 

Non, je pense qu'il faut plutôt regarder les joueurs importants qui ont été touchés par le Covid dans ce début de saison. Certes, on n'est pas les seuls en Europe et en France à avoir ce type de problème, mais on a été perturbé par cette maladie. Je pense aussi à un retour de trêve internationale pendant laquelle d'habitude, on fait deux matchs. Nos internationaux en avaient trois à faire en 10 jours avec beaucoup de fatigue accumulée et à l'issue d'une trêve internationale, on s'est retrouvé avec onze joueurs sur le flanc. Donc, ça fait quand même beaucoup de handicaps, même si encore une fois, ça fait partie de la gestion d'un club de football. Mais je ne veux absolument pas montrer du doigt les jeunes joueurs. Je pense que oui, ils répondent présent et depuis des années au Stade de Reims. Donc, on assume cette politique et ce n’est surtout pas à cause de cette politique qu'on a raté notre début de championnat. 

Mathieu Cafaro ici avec Moreto Cassama.
Mathieu Cafaro ici avec Moreto Cassama. © AFP - AFP

Yunis Abdelhamid est aujourd'hui le seul trentenaire dans cette équipe, le seul cadre. On se souvient que les années précédentes, même des joueurs qui jouaient moins, comme Marvin Martin ou encore Johann Carrasso, étaient des cadres importants dans le vestiaire. Est-ce que c'est quelque chose qui pèse peut être un peu dans le quotidien ? 

Absolument pas. Je pense que la question se poserait si nos jeunes joueurs faisaient n'importe quoi et n'avaient pas un comportement de professionnels, ce qui n’est absolument pas le cas des joueurs du Stade de Reims aujourd’hui. J'invite tout le monde à aller sur notre site internet pour regarder les vidéos qui montrent ce qu’il se passe à l'intérieur. Dernièrement, il y avait une vidéo qui montrait comment nos joueurs étrangers apprenaient le français. Quand on voit cela, on a un sentiment qui se dégage que ce sont de bons gamins. Donc non, ce n’est pas un manque de cadres. On a un patron de la défense qui s'appelle Yunis. Mais il y a aussi Valon Berisha qui est amené à prendre encore plus de responsabilités de par son vécu. Donc, l'encadrement est là et on ne peut pas dire qu'on soit parti en « live » parce qu’il y avait trop de jeunesse dans cette équipe, au contraire, je trouve que c'est une force extraordinaire pour le Stade de Reims. Et je je pense qu'on le mesurera encore plus dans les semaines et les mois à venir parce que le marché du football est en train de terriblement évoluer. Et avoir des jeunes joueurs, avoir des jeunes pousses, c'est aujourd'hui une force fantastique pour l'équipe parce que ça veut dire que notre équipe a une vraie valeur d'avenir, ce qui n'est pas le cas des équipes qui n'ont que des trentenaires dans leur effectif. 

Et on a l'impression qu'il y a une marge de progression intéressante. On l'a vu sur les derniers matchs...

Oui, c'est aussi le travail qui a été fait par la cellule de recrutement. Dans l'approche sur ces joueurs, qu'ils soient français ou étrangers. Ensuite, c'est le staff qui doit mettre tout ça au mieux en musique. Mais à partir du moment où vous prenez des joueurs de qualité, à la fois footballistique et humaine, travailleurs, vous savez que ces garçons vont faire que progresser, et aujourd'hui, c’est l'une des grandes forces du Stade de Reims. Cette force d'avoir une pépinière assez exceptionnelle que beaucoup nous envie, croyez-moi. Aujourd'hui, nous, on a l'habitude de travailler un peu dans l'ombre et pas faire vraiment de communication, mais croyez-moi, aujourd'hui, il y a beaucoup de clubs en Europe qui regardent ce qui se passe au Stade de Reims. 

"Si une année on est quatorzième, ça ne sera pas non plus la fin du monde..."

On a pu lire à deux reprises dans le journal L'Equipe cet automne que David Guion était plus ou moins menacé. Est-ce que concrètement, vous avez pensé vous séparer de votre entraîneur dans ce début de saison ? 

Ça tombe bien puisque vous êtes une presse parlée. Il ne faut pas toujours croire ce qui est écrit dans les journaux... 

Ce sera votre seule réponse ?

Ben oui, parce que lui même à qui vous avez posé directement cette question vous a déjà répondu. Comme quoi il connaissait le métier, et il savait comment ça marchait. Donc voilà, ce n'est pas vraiment dans le style de la maison d'être dans le catastrophisme, et tout de suite, remettre en question ce qui s'est passé. Un jour viendra où David quittera le Stade de Reims. Est-ce que, comme certains par le passé, il quittera le Stade de Reims parce qu'il trouvera un projet plus ambitieux pour lui ? Est-ce qu’il quittera le Stade de Reims parce qu'on considérera que nous sommes à la fin d'un cycle ? C'est l'avenir qui nous dira tout ça. 

On revient sur les dernières performances face à Nantes, à Marseille et à Bordeaux. On voit que dans le jeu et dans les résultats, c’est évidemment beaucoup plus en phase avec les objectifs. Est ce que cela laisse l'espoir de vous projeter peut être vers une autre saison, notamment sur la phase retour qui va bientôt arriver ? 

En tout cas, le football a aussi cela de bénéfique, c'est qu'il permet toujours de penser que les choses iront mieux demain. Mais c'est vrai qu'aujourd'hui, on a commencé à apercevoir les qualités qu'on avait mises en place dans cette équipe. C'est vrai que les derniers matchs ont été intéressants. C'est vrai aussi qu'on a deux matchs importants à Delaune (Dijon puis Saint-Etienne) qui vont marquer la fin des matchs aller puisque cette année est tellement particulière que les matchs aller ne se sont pas réalisés dans la première partie de l'année civile. Donc, aujourd'hui, il va y avoir deux matchs. Et puis, après le match de samedi face à Saint-Etienne, on sera à un premier temps de passage. On verra un peu si on a beaucoup de retard. Mais je pense qu’en ayant une phase retour avec un certain nombre de matchs à la maison (10 sur 19), puisque aujourd'hui on est quand même sorti 10 fois sur 17 rencontres jusqu’à aujourd’hui, on est même sorti 12 fois, si on rajoute les deux matchs de Coupe d'Europe, on sait que même s'il n'y a pas le soutien du public, le fait de jouer à domicile peut quand même se révéler un avantage, ne serait-ce que sur la fatigue physique des joueurs. Donc, je pense qu'aujourd'hui, tout est permis et il n'y a pas de raison qu'on ne soit pas dans nos objectifs en fin d'année. 

L’idée est de terminer dans les 14 premiers du classement de la Ligue 1 ? 

On l'a toujours dit. On a de l'ambition. La taille du club, les moyens du club,  la taille de notre ville, l'économie, font qu'un club comme le Stade de Reims peut s'inscrire durablement entre la 8e et la 14e place du championnat. Les belles années où on performe, c’était le cas les deux dernières saisons, on est au-delà de nos ambitions puisqu'on a fait 8e et 5e. Même si ensuite, avec l'arrêt du championnat en mars, on s'est retrouvé sixièmes. Mais a contrario, si une année on est quatorzième, ça ne sera pas non plus la fin du monde et la remise en question de tout le travail qui est réalisé depuis des années. 

"Boulaye Dia est budgété pour être avec nous cette saison"

Est-ce que le mercato du Stade de Reims en janvier va se limiter au départ ou non de Boulaye Dia ? 

Il peut se passer beaucoup de choses. C'est vrai qu'aujourd'hui, on n'a pas de joueur qui ne joue pas assez dans notre effectif et qui du coup pourrait partir. On a Anastasios Donis que l’on espère voir enfin arriver à son niveau, il n'a pas eu de chance pour l’instant et n’est pas arrivé à enchaîner. Mais hormis ce cas-là, on voit que tout le monde a été intégré dans cette première partie de championnat. Je pense que le mercato de tous les clubs européens et français ne va pas être simple. En ce qui nous concerne, on n’intégrera probablement pas de joueurs même par anticipation comme on a pu le faire ces dernières années. Et a contrario, on ne devrait pas observer beaucoup de départs dans cet effectif. Alors, on parle de Boulaye Dia parce que c'est le sujet chaud, comme on dit, la tête de gondole. Surtout parce que le cas de Boulaye ressemble à celui de Rémi Oudin la saison dernière, avec un transfert qui ne s'était pas réalisé pendant le mercato d'été alors que Rémi avait été sollicité par un certain nombre de clubs, et il est finalement parti en janvier à Bordeaux. Aujourd'hui, ça peut être exactement la même chose pour Dia dans le sens où Boulaye avait un bon de sortie cet été. On n'a pas trouvé et surtout il n'a pas trouvé le projet qui lui donnait satisfaction. On a reporté à cet hiver cette éventualité. Mais il sera peut-être encore avec nous. On ne le met absolument pas à l'écart. S'il est avec nous, ce sera très bien. Il est budgété pour être avec nous cette saison. Mais s'il a une opportunité de départ qui est bonne pour lui et sa famille, on ne s'y opposera pas, tout en sachant qu'aujourd'hui, on est face à une économie tellement particulière que si on réalise la vente de Boulaye Dia, cela permettra aussi d'avoir une certaine sérénité financière et d'être à l'aise pour finir cette saison dans de bonnes conditions. 

Est-ce que la vente de Boulaye Dia en janvier est quelque part vitale pour le Stade de Reims sur le plan financier ? 

Non. Ce qui était vital pour le Stade de Reims, c'était de négocier ses ventes cet été, et notamment celle d'Axel Disasi, qui était, comme Hassane Kamara, en fin de contrat et les deux auraient pu signer dès janvier gratuitement dans d'autres clubs. Or, ces deux ventes vont rapporter- en termes comptable et pas en termes de trésorerie - 20 millions d'euros au Stade de Reims, ce qui fait qu’aujourd'hui, on est tout à fait dans nos objectifs et même au-delà de ce que nous avons présenté à la DNCG. Vous savez, aujourd'hui, le budget d'un club de football, c'est les droits télés, c'est la billetterie et les VIP. Tout le monde sait ce qu'il en est aujourd’hui sur ces ressources-là. Et puis c'est le trading. Et au Stade de Reims, le trading est devenu la deuxième source de ressources du club et au moins celle-là, elle est largement dans les clous. C'est d'ailleurs la seule qui soit au-delà de nos objectifs. 

Les joueurs rémois ici en championnat face à Lorient.
Les joueurs rémois ici en championnat face à Lorient. © AFP - AFP

Vu de l’extérieur, les observateurs ne comprennent pas toujours comment se passe une transaction lors d’un transfert. On pourrait penser que lorsque vous vendez Axel Disasi à Monaco pour 15 millions d’euros, les 15 millions tombent directement dans la trésorerie du club. Est-ce le cas ?

Alors, il y a beaucoup de fantasmes sur ce point. J'ai même pu lire que certains pensaient que l'argent allait directement dans ma poche, ce qui n'est pas le cas. Je vous rassure, je suis toujours président bénévole. Donc effectivement, quand on fait une vente de joueurs, déjà, on est amené souvent à vendre un joueur avec un prix facial qui n'est pas celui qu'on trouve dans les médias. Comme par exemple Jordan Siebatcheu (vendu à Rennes en 2018) où je n’ai pas arrêté de donner la vraie valeur et à chaque fois, je lisais qu'on avait vendu Siebatcheu 10 ou 12 millions d’euros, ce qui n'était pas le cas puisque c'était 8 millions d'euros. Donc déjà, il y a ça. Il y a aussi un autre aspect qui s'appelle un droit de suite, que je m'évertue à négocier sur un certain nombre de dossiers. Et dans le cas d'Edouard Mendy par exemple, c'est concrètement ce qui s'est passé puisqu'on va recevoir à nouveau 3 millions d’euros suite à la vente d'Édouard à Rennes, puis à Chelsea. Donc, on a aussi des deuxièmes rentrées qui arrivent. Ça, c'est pour la vision comptable du transfert. Au-delà de la vente du joueur qui est observé comptablement, il y a ensuite la façon dont le club va payer ses échéances et depuis des années maintenant, les clubs paient rarement une seule fois. C'est d'ailleurs un peu la même chose quand le Stade de Reims achète. Donc, quand on vend un joueur, par exemple Axel Disasi, puisque c'est la dernière grosse vente réalisée, l'AS Monaco va nous payer en trois ans la valeur que nous avons convenu avec eux. Donc, la vente, c'est comptable sans en avoir la trésorerie en face. Le mécanisme un peu compliqué mais pour simplifier : l'argent sera concrètement sur notre compte uniquement sur les exercices à venir, mais il ne faut pas confondre un bilan avec une trésorerie quand on parle d’une situation financière. 

Avec la défaillance de Mediapro et l'absence de recettes spectateurs et VIP, dans quelle situation financière se trouve aujourd'hui le Stade de Reims ? 

J’ai aperçu une émission de télé pendant les fêtes de fin d’années qui considérait que le Stade de Reims était un club en danger. Alors je me suis fait préciser les choses. Et en fait, ils considéraient qu'on était un club en danger parce que dans le budget que nous avions présenté à la DNCG, les droits télé, intervenait au-delà de 50 %. Mais un budget, c'est toujours quelque chose qui est réfléchi, dans lequel on choisit les hypothèses que l’on désire. Mais comme dans l'intervalle, nous avons réalisé des ventes de joueurs, il se trouve que ce pourcentage est minoré et qu’aujourd'hui, pour être très concret, même si la situation n'est pas simple puisque l’on n’a aucune rentrée d'argent, le Stade de Reims n'est pas en danger. Le Stade de Reims pourra sans difficulté terminer sa saison et honorer ses échéances. 

Dans une interview, le président de la DNCG (le gendarme financier du football français), Jean-Marc Mickeler, a récemment expliqué qu'il était surtout inquiet pour les budgets des clubs de la saison prochaine, que les clubs allaient pouvoir puiser dans leurs fonds propres pour terminer la saison en cours, mais que les choses allaient peut être devenir un peu plus compliquée pour la suite, car il y aura moins de fonds propres. Vous partagez cette analyse ?

Mais il a complètement raison puisque le contrat Mediapro nous donnait une visibilité sur quatre ans et que pour tous les clubs, qui sont des entreprises, quand vous savez que vous avez un revenu sur quatre ans, vous anticipez des dépenses, des investissements, des achats de joueurs répartis sur le temps, des niveaux de rémunération aussi. Et puis, dans le cas présent, le constat, c'est que les revenus ne sont plus là. Donc, même si cette année, des clubs qui ont bien travaillé et qui ont des fonds propres et qui qui ont géré en « bon père de famille », comme on dit, et c’est le cas du Stade de Reims, évidemment que pour les années à venir, la situation reste différente. Parce que pas de revenus, droits télés en baisse, et le mercato ! Je le disais tout à l'heure ce qui fait cette année notre résultat, ce sera le mercato réussi aujourd'hui. Il faut quand même être conscient que les mercatos et les valeurs des joueurs sont en train de s'effondrer. Ce n’est pas au niveau de la France, c'est au niveau de l'Europe. J'en veux pour exemple le mercato d'été en Europe. Il y a un an, il représentait 5 milliards et demi d’euros. Celui de cet été était de 3 milliards et demi. C'est quand même beaucoup d'argent en moins dans la bulle du football. Et aujourd'hui, tous les éléments que j'ai en ma possession me laissent penser que les ventes de joueurs records, comme on a pu en voir, cela ne va plus exister. Tous les joueurs dit « moyens » ou qui ont plus de 27 ans, n'auront plus aucune valeur en terme de transfert. Soit dit en passant, ça aussi, c'est un clin d'œil à la jeunesse du Stade de Reims. Mais toutes ces choses vont faire que l'économie des clubs va être fortement remise en question. La DNCG n'a fait qu'un constat. 

"Si on arrivait à 800 millions d'euros de droits TV, on pourrait amortir le choc"

Cela veut dire qu'il va falloir se réinventer, réinventer un modèle du football professionnel à partir de la saison prochaine ?

On ne va pas pouvoir demain, continuer à vivre comme aujourd'hui. C'est très clair. Le football était une bulle inflationniste. Tous les ans, les transferts battent des records. Des joueurs atteignaient des valeurs qui, objectivement, ont semblé totalement déraisonnables. Je pense que tout ça va être remis en question. Les rémunérations des joueurs, c'est un élément qui va être remis en question, mais c'est aussi la vie des sociétés qui va être remise en question. On sait que nous, ici au Stade de Reims, et Dieu sait que parfois, certains "humoriste"s nous en ont fait grief, on a toujours eu une gestion qui était proche d'une entreprise traditionnelle. Donc, ce n'est pas nous qui allons être les plus remis en question, mais dans notre schéma économique, dans notre façon de travailler, dans notre façon de nous organiser. Le fait d'avoir fait ça encore une fois en « bon père de famille » depuis des années, nous donne un atout par rapport à d'autres. C'est inéluctable. 

Les droits télé sont en cours de renégociation après le retrait de Mediapro. Selon vous, à partir de quelle somme obtenue par un ou plusieurs diffuseurs vous arriverez à limiter la casse ? 

On était parti sur un budget de 1,2 milliard d’euros. Tout le monde a construit les répartitions. Toute l'économie du foot a été basée, y compris du foot amateur et du sport amateur, sur ce chiffre. Je rappelle que le football et les droits télés sont contributeurs sur ces deux points et là aussi, tout a été bâti par rapport à 1,2 milliard d'euros. Je me permets là aussi de dire que ce n'était pas si fou que ça d’arriver à 1,2 milliards puisque à l'époque, on aurait pu obtenir 1 milliard avec d'autres diffuseurs. Donc, le marché a peut-être été trompé à 1,2 milliard, mais 1 milliard était le bon prix. On sortait d'une situation à 800 millions d'euros avec Canal Plus et Be In Sports. Aujourd'hui, objectivement, je pense que si on arrivait aux alentours de 800 millions d'euros, on pourrait, pour les clubs qui ont su être raisonnables, amortir le choc. Alors, on n'en est pas là. Aujourd'hui, c'est le travail de la Ligue de Football Professionnel de négocier. C'est vrai qu'aujourd'hui, la situation fait qu'il n'y a pas pléthore de diffuseurs. La période n'est quand même pas très favorable pour des nouveaux entrants. Mais comme je l'ai dit aussi, je pense que Canal Plus – qui est le diffuseur historique avec lequel il a pu y avoir des quiproquos ou des tensions ces derniers temps - a tout intérêt à maintenir un produit Ligue 1 de qualité et donc continuer à investir au moins au niveau où il l'a fait par le passé pour nous permettre d'être aux alentours de 800 millions d'euros. 

Wout Faes, l'une des jeunes recrues du Stade de Reims cette saison.
Wout Faes, l'une des jeunes recrues du Stade de Reims cette saison. © AFP - AFP

On parle beaucoup en ce moment de la baisse des salaires des joueurs, c'est quelque chose d'inévitable, d’inéluctable, selon-vous ?

Là aussi, on a tendance à oublier que les joueurs de foot sont des citoyens qui se rendent totalement compte du monde dans lequel ils vivent.  On a l'impression - alors c'est peut être le cas dans certains clubs - que les joueurs sont dans une bulle absolument pas touchés par le quotidien. Vous savez, moi, je m'entretiens depuis une vingtaine d'années avec mes joueurs. Certains ont leur père qui est chauffeur routier et Dieu sait que ce n'est pas simple quand on connait la dureté et les valeurs des salaires. Donc aujourd'hui, je pense que si des économies sont à réaliser, on se mettra autour d'une table. Alors, on va d'abord faire une première démarche avec un groupe que j'ai initié en tant que président des présidents de clubs de Ligue 1. Avec quelques-uns de mes collègues, on va rencontrer les syndicats de joueurs de football pour voir avec eux la tendance, non pas pour leur expliquer, parce qu'ils savent pertinemment ce qu’il se passe aujourd'hui. Et puis ensuite, on va essayer de trouver quelque chose qui puisse s'appliquer au maximum de clubs parce que l’on peut effectivement avoir des négociations club par club, cela passera d'ailleurs par là. C'est le droit français. Club par club, individu par individu. Mais là encore, je pense que quand il y a une directive qui est donnée par les représentants des joueurs, c'est un peu plus simple à faire, à le faire entendre à la majorité. Mais moi, je ne vais pas commencer à en parler avec mes joueurs parce que chaque chose en son temps. Mais je suis persuadé que le jour où on devra aborder la situation, comme je suis quelqu'un de raisonnable dans mes demandes, ils seront raisonnables aussi pour pour donner satisfaction. Parce que là aussi, on a tendance à faire du bashing par moments là-dessus, les joueurs, ils aiment leur club, même si parfois, ils sont de passage pour six mois à un an. Mais ils aiment les institutions dans lesquelles ils passent. Quand ils viennent ici, ils ont fait un choix délibéré. Ils ne viennent pas que pour la feuille de paye. Ils viennent aussi pour une institution. Ils sont conscients de leurs responsabilités. Et je ne doute pas que s'ils doivent faire un effort, on arrivera à obtenir quelque chose. 

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