Football

Jean-Pierre Caillot : "Le Stade de Reims doit se remettre en question"

Par Alexandre Audabram, France Bleu Champagne-Ardenne dimanche 21 mai 2017 à 10:26

Le président du Stade de Reims Jean-Pierre Caillot (à gauche) revient sur cette saison et notamment sa collaboration avec Michel Der Zakarian.
Le président du Stade de Reims Jean-Pierre Caillot (à gauche) revient sur cette saison et notamment sa collaboration avec Michel Der Zakarian. © Maxppp - maxppp

Le président du club rémois nous a accordé une longue interview dans son bureau au centre de vie de Blériot. Il fait le bilan de la saison passée et dresse les contours de la prochaine. Il évoque l’échec sportif, Michel Der Zakarian, le prochain entraîneur, les nouvelles ambitions et les supporters.

Le bilan de la saison

France Bleu Champagne-Ardenne : La question est un peu la même que l’année dernière à la même époque. Comment en est-on arrivé là ?

Jean-Pierre Caillot : Effectivement, quand on se replace une année en arrière, où à 10 minutes près on peut se maintenir en Ligue 1, où on conserve un effectif de qualité, où rapidement on enclenche une nouvelle dynamique, où on a la chance d’embaucher l’entraîneur que l’on a ciblé dont le charisme est reconnu par beaucoup, on se dit que l’on peut légitimement avoir les ambitions de remonter en Ligue 1, et de ne pas se cacher. On sait aussi la pression que cela peut mettre sur un groupe et on l’a bien vu, les deux équipes qui montent cette saison en Ligue 1 sont deux équipes qui arrivent de National et qui tout au long de la saison ont parlé de maintien, et qui à l’arrivée font beaucoup mieux, bravo à elles d’ailleurs. En ce qui nous concerne, je pense qu’il aurait été mal compris par l’environnement, par le coach qui est arrivé et par les joueurs que nous avons recrutés, d’avoir un autre message que celui que nous avons lancé à savoir un message fédérateur avec des objectifs définis.

On peut faire le parallèle avec la saison où l’on monte en 2012, où après une saison compliquée en 2010-2011, on avait annoncé le maintien, et on avait eu un coup de moins bien car lorsque l’on avait acquis ce maintien, les joueurs m’avaient dit que cela avait été compliqué se redonner un deuxième objectif. On a donc pensé qu’il était mieux d’être clair dès le départ. Après comment en est-on arrivé là ? On pourrait évidemment se retrancher derrière ce qui doit être le record de barres et de poteaux touchés dans une saison en Europe (26 fois sur la saison) ou encore derrière le nombre de penalties manqués, mais dans le sport de haut-niveau, il n’y a qu’une seule vérité, c’est la gagne et force est de constater que l’on n’a pas atteint l’objectif, plus pour des raisons mentales que par la qualité de l’effectif et des infrastructures.

A quel moment avez-vous senti que la saison basculait du mauvais côté ?

Alors c’est très bizarre, mais lors de cette première partie de saison, jusqu’à Noël, où on finit à la trêve en étant 2e du championnat, il y avait malgré tout un drôle de sentiment. On avait les points, mais on s’était fait souvent rejoindre en ayant mené au score ce qui n’est jamais un signe positif pour une équipe qui veut monter. Les victoires à domicile sur cette première partie saison n’étaient pas toujours acquises avec la manière et dans le jeu. On ne peut pas dire que l’on dominait notre sujet. A ce moment-là, j’ai pensé que quand on serait bien rodé et que tout le monde serait en harmonie, on ferait une deuxième partie de saison bien différente. C’est vrai parce qu’en terme de jeu, c’était beaucoup plus agréable que la première partie de saison, mais en terme de points, on n’y est pas arrivé. Et malgré tout, on s’est aperçu dans ce championnat que toutes les équipes se tenaient tellement, que l’on est resté dans le coup.

Mais où je pense que le ressort s’est cassé, c’est lorsque l’on manque ce penalty contre Strasbourg en fin de match. Et cela a été une erreur car on a vu qu’il aurait fallu y croire jusqu’au bout puisque le dénouement de ce championnat s’est joué à la 95e minute pour Amiens. Mais il s’est passé quelque chose ce jour-là et on l’a vu la semaine suivante à Laval où les joueurs ont le match en main avant de s’effondrer mentalement. Et c’est surement là qu’il aurait fallu faire quelque chose…

Mais à Laval, tout le monde a abdiqué… Après le match, vous-même mais aussi l’entraîneur affirmaient que c’était fini pour la montée alors qu’il restait 5 matches à disputer. Comme vous l’avez-dit, ce championnat s’est joué à la 95e minute, n’y-a-t-il pas eu une erreur de communication ce soir-là à Laval ?

Oui d’ailleurs il faut reconnaître que ce soir-là, seul Didier Perrin n’a pas compris que l’on ait déclaré que l’on y arriverait pas… Mais à partir du moment où le coach et le président le disent… Mais oui avec le recul, c’était une erreur de communication. C’est le principe de la communication, si on ne dit rien, on te fait dire tout, si tu dis rien, cela peut être mal compris. Et il y a parfois des choses maladroites qui sont dites à chaud. Mais sincèrement, si après avoir pris 5 à 2 chez une équipe qui n’avait quasiment jamais gagné chez elle, on avait dit « tout va bien, on va y arriver », on nous aurait pris pour des fous. Mais bon cette communication est un élément dont il faut s’enrichir pour la saison prochaine. Mais encore une fois, le mental est essentiel, et ce soir-là j’avais senti une équipe qui mentalement, était usée.

Et pourquoi était-elle usée ? Il y a eu des problèmes dans le vestiaire avec l’entraîneur ou d’autres personnes ? Michel Der Zakarian a d’ailleurs souvent répété qu’il avait trouvé une équipe encore traumatisée par la descente en Ligue 2…

C’est sa vision. Je pense encore une fois que - malgré tout ce qui n’a pas fonctionné - si on avait inscrit le penalty face à Strasbourg à la dernière minute, on ne serait pas en train d’analyser ce genre de chose. C’est facile de tirer des enseignements aussi clairs et aussi directs. Je veux bien entendre que des garçons présents la saison d’avant aient eu un peu de mal à se mettre en route. Je pense à Grejohn Kyei, Jaba Kankva ou Antoine Conte qui avaient dit ouvertement qu’ils voulaient partir l’été dernier mais que l’on n’avait pas souhaité transférer. Que pour eux ce soit plus difficile pourquoi pas, mais les autres, au contraire, étaient plutôt revanchards et on l’a vu sur les premiers matchs. Après, on avait aussi fait en sorte de recruter des joueurs aguerris à la Ligue 2, qui étaient capitaines dans leurs équipes comme Pablo Chavarria et Danilson Da Cruz, et qui savaient ce qu’étaient les matches de Ligue 2 et savaient aussi aller se battre sur des pelouses difficiles de ce championnat.

Michel Der Zakarian

Michel Der Zakarian dirigera le Montpellier-Hérault la saison prochaine. - Maxppp
Michel Der Zakarian dirigera le Montpellier-Hérault la saison prochaine. © Maxppp - maxppp

Michel Der Zakarian sera-t-il toujours l’entraîneur du Stade de Reims la saison prochaine ?

Non. Michel Der Zakarian a souhaité rejoindre un autre club. Par éthique et déontologie même si on a accepté son départ, il était convenu de parler des conditions matérielles de son transfert après la fin des championnats de Ligue 1 et Ligue 2. C’est-à-dire que dans les heures qui viennent, j’aurai au téléphone Laurent Nicollin (le vice-président de Montpellier) pour acter le fait qu’il pourra rejoindre le club de Montpellier-Hérault.

Comment sera négocié son départ ?

Il y aura une négociation mais dans la mesure où tout le monde est d’accord à savoir le club de Montpellier, Michel Der Zakarian et nous, ce n’est pas la négociation la plus difficile que l’on aura à mener cet été.

Qu’en est-il de son adjoint, Franck Rizzetto ?

Lorsque j’avais mené la négociation avec l’Olympique Lyonnais pour permettre à Hubert Fournier de rejoindre le club, j’avais exigé que l’on traite le dossier de l’adjoint Michel Audrain dans la même négociation. Là, ce sera la même chose. Franck Rizzetto va rejoindre le club de Montpellier, à priori, en tout cas il ne sera plus au Stade de Reims l’année prochaine.

Et le reste du staff ?

Jérôme Monnier (le deuxième adjoint) et Sébastien Hamel (l’entraîneur des gardiens) sont des serviteurs de l’institution. Après le nouvel entraîneur choisira son staff. Mais il y a suffisamment de postes à la formation ou à la préformation pour leur proposer de nouveaux challenges. Ils ne seront pas licenciés. Et même mieux que çà : Sébastien Hammel n’a aujourd’hui plus de contrat mais il y a la parole des hommes avant le contrat et il restera au club s’il le souhaite bien sûr. Par contre à l’heure où l’on parle, leur poste n’est pas défini et il faut regarder les choses en face : on est sur plusieurs échecs sportifs consécutifs, et pour repartir il ne suffit pas de changer un entraîneur et un adjoint. A un moment, il faut envoyer un nouveau souffle dans tout ça. Et cela marche aussi pour la cellule performance et le médical, il va y avoir une réflexion ensemble sans que je remette en question les hommes. Car lorsque l’on a intégré Michel Der Zakarian et Franck Rizzetto la saison dernière, on a peut-être fait l’erreur de ne pas remettre en question toute la partie sportive. Et aujourd’hui, on est dans une réflexion de remise en question de tout l’organigramme sportif y compris la cellule de recrutement.

Regrettez-vous d’avoir fait confiance à Michel Der Zakarian ?

Non car déjà, çà était une belle aventure humaine car Michel est quelqu’un de bien. Cela a été agréable de travailler avec lui et il était loin d’être l’entraîneur le plus désagréable que j’ai croisé depuis que je suis président. Après ça n’a pas fonctionné, c’est ainsi et c’est pour cela qu’à partir du moment où il a été approché sur d’autres projets, le club a pensé que ce n’était peut-être pas une mauvaise idée de repartir sur une nouvelle histoire.

Pourquoi n’a-t-il pas réussi au Stade de Reims ?

C’est plutôt à lui qu’il faut poser la question, pour qu’il identifie pourquoi il n’a pas réussi l’objectif qu’il avait accepté de relever. Moi je ne déplore qu’une chose, c’est qu’il ne l’ait pas atteint. Il est l’homme que l’on connaît avec ses qualités et ses défauts, après le nombre de jeunes joueurs que l’on avait, nécessitait peut-être un management différent. En tout cas, je ne critiquerai pas le travail qu’il a fourni au Stade de Reims.

Il a eu des difficultés dans le management et des problèmes relationnels avec Gaëtan Charbonnier, Atila Turan ou encore Jaba Kankava plus récemment…N’est-ce pas une illustration qu’il n’a pas pris la mesure de cet effectif ?

Sans doute mais c’est une aventure humaine et comme je le dis toujours aux joueurs en début de saison, on ne pourra réussir les objectifs qu’à partir du moment où il y aura un vrai raisonnement, un vrai groupe et une vraie volonté commune. Force est de constater que cette année, cela n’a pas marché.

L’avenir sportif

Le président Jean-Pierre Caillot. - Radio France
Le président Jean-Pierre Caillot. © Radio France - Alexandre AUDABRAM

Qui sera le prochain entraîneur du Stade de Reims ?

Le nom du nouvel entraîneur sera annoncé très prochainement.

Il est choisi ?

Il y a une grosse probabilité qu’il soit celui auquel vous pensez tous…

Ce sera le 4e entraîneur en 3 saisons, Hubert Fournier est resté en place 4 saisons avec réussite. N’est-ce pas là l’une des raisons de l’échec, ce manque de stabilité ? Et y-a-t-il un besoin urgent de retrouver cette stabilité ?

Ce n’est pas le genre de la maison de changer souvent d’entraîneur, après il faut s’adapter aux circonstances. Hubert Fournier est resté 5 saisons au club dont 4 comme entraîneur principal et il nous a quittés en trois jours. D’ailleurs, ses représentants nous ont récemment approché, comme quoi il a dû apprécier son passage ici comme beaucoup d’ailleurs. Après, ce sont des concours de circonstance qui ont fait que l’on ne s’est pas inscrit dans la durée avec les entraîneurs en place. Cette année, c’est la même chose puisque nôtre entraîneur souhaite partir. Donc oui notre volonté, c’est d’avoir un homme qui s’inscrit dans la durée en lui laissant les moyens et le temps de le faire.

Y aura-t-il d’autres évolutions dans le club ? On pense à Alexandre Barbier parfois contesté et qui s’est notamment investi dans des dossiers de recrutement. Sera-t-il toujours en place la saison prochaine ?

On n’a pas pour habitude dans le club de se séparer des gens avec lesquels on collabore, même si leur travail peut être soumis à discussion. Donc oui, la cellule de recrutement est remise en cause, pas les hommes, mais son fonctionnement. Avant de monter en Ligue 1, nous avions des scouts qui travaillaient pour le club. Il y avait Xavier Dablemont sur l’ouest ou Allan Petit-Jean sur le secteur sud. On n’aurait pas du arrêter de travailler avec ces gens-là et c’est sur cet axe là que l’on travaille aujourd’hui pour ramener de la compétence et des gens qui ont des réseaux afin d’être plus performants dans nos recrutements.

Quand on voit un joueur comme Ibrahima Baldé avec un salaire important et des joueurs comme Khalid Boutaïb à Strasbourg, Adama Niane à Troyes qui sont beaucoup moins bien payés mais avec un meilleur rendement, n’est-ce pas ce profil de joueur qu’il fallait trouver ?

Ibrahima Baldé a été une grosse erreur de recrutement. C’est pourtant un joueur qui était sollicité par plusieurs clubs de Ligue 1 en France et à l’étranger. C’est le seul joueur pour lequel on a eu une approche en décembre dernier pour une offre de transfert au mercato d’hiver. Avec le recul, on pourrait nous reprocher de ne pas l’avoir vendu mais on venait de jouer le match face à Troyes à Delaune où il avait pratiquement gagné le match à lui tout seul. On pensait alors qu’il allait faire une deuxième partie de saison au niveau où on l’attendait. Et aujourd’hui, il va signer en Liga en Espagne (NDRL : Eibar) la saison prochaine. Donc c’est une erreur de casting mais peut-être que ce garçon dans un autre contexte aurait été plus performant, donc on reste un peu sur notre faim. Oui, la cellule de recrutement s’est trompée en emmenant ce garçon, oui on aurait dû prendre des joueurs plus confirmés à la Ligue 2, mais d’un commun accord, on a décidé de ne pas aller vers des profils de ce type comme Ghislain Gimbert au Havre ou Faneva Andriatsima à Sochaux qui étaient libres pour prendre un top joueur, mais cela n’a pas fonctionné. Adama Niane (Troyes, meilleur buteur de Ligue 2 cette saison) avait fait deux ans à Nantes sous les yeux de Michel Der Zakarian…

L’effectif

Le président Jean-Pierre Caillot souhaite renouveler l’effectif.  - Radio France
Le président Jean-Pierre Caillot souhaite renouveler l’effectif. © Radio France - Alexandre Audabram

Il y a beaucoup de joueurs en fin de contrat ? Parmi eux, y en a-t-il qui vont être renouvelé ?

Il y aura 7 joueurs en fin de contrat qui ne seront pas renouvelés.

Anthony Weber quitte le club après 7 saisons passées au Stade de Reims. C’était certainement l’un des derniers joueurs de la génération Ligue 1 avec Diego peut-être. C’était un choix de ne pas le renouveler ?

Cela fait partie de la vie de tous sportifs de se fixer de nouveaux challenges. On a vécu des choses magnifiques avec Anthony mais il avait aussi besoin de voir de nouveaux horizons. Il avait exprimé le souhait de quitter le club au début de la saison dernière. On lui avait donné une fin de non-recevoir puisque Michel Der Zakarian comptait sur lui. On s’était engagé à lui faire une proposition de prolongation de contrat, ce que nous avons fait. On a eu une contre-proposition de son agent qui était déraisonnable comme s’il voulait que cela ne se fasse pas. Malgré tout, on a refait une proposition avant la trêve. Manifestement, l’agent n’en n’a pas fait part au joueur qui est venu nous voir un jour en disant que le club n’avait pas bougé. Mais il n’y a pas eu une vraie volonté de revenir vers nous. Désormais, on considère qu’il faut démarrer un nouveau cycle en emmenant du sang neuf dans l’équipe.

Y-aura-t-il des joueurs sous contrat qui vont partir ? On pense à Jaba Kankava ou Hamari Traoré ?

Il va falloir voir avec le nouvel entraîneur s’il compte sur certains et puis il va y avoir des joueurs qui vont être sollicités. Je pense que le dossier qui va être le plus chaud sera celui d’Hamari Traoré qui avait déjà eu des approches la saison dernière. Mais il quittera le Stade de Reims que si le club obtient le montant du transfert qu’il a défini. Quant aux autres joueurs, s’il y a des approches, on les étudiera mais il n’y a pas de volontés d’accepter d’autres transferts, ni une obligation financière.

Même Jaba Kankava ?

Aujourd’hui, il n’y a jamais eu aucune proposition sérieuse qui est arrivée sur mon bureau. Si demain il y a une proposition sérieuse qui l’intéresse, la porte ne sera pas fermée. Mais on l’a acheté et il a une valeur.

Il reste de jeunes joueurs qui n’ont pas beaucoup joué cette saison comme Oménuke Mfulu ou Aly Ndom. Ils pourraient être prêtés ?

Oui, après tous les cas seront étudiés par le nouvel entraîneur. Vous prenez l’exemple d’Aly Ndom. Si on décide de prêter Aly Ndom, cela peut-être quelque chose d’important comme cela été pour Jordan Siebatcheu qui est parti à Châteauroux à la trêve hivernale, qui a marqué 10 buts et qui a été sélectionné en Equipe de France espoir, et qui va nous revenir encore plus fort pour la saison prochaine. Si on venait à prêter Aly Ndom, Il faudrait d’abord le prolonger car il lui reste un an de contrat, et lui trouver un club pour le faire progresser avant de le récupérer car pour l’instant ce garçon n’a pas eu le rendu que ses formateurs espéraient.

Qu’en est-il de Grejohn Kyei qui voulait partir la saison dernière lui aussi ?

Sa saison a été un échec dont il est en grande partie responsable car il a fait un peu le « mauvais garçon » dans sa préparation et il a pris conscience que lorsque l’on fait une mauvaise préparation, on ne peut pas faire une bonne saison. C’est la raison pour laquelle Grejohn Kyei, qui est un super joueur, n’a pas confirmé cette année mais nous avons la volonté de le conserver et on pense qu’avec un autre staff, il aura peut-être plus envie de performer…

Est-ce que vous allez chercher des profils type de Ligue 2 comme ceux qui ont permis à des clubs comme Amiens de monter ?

Amiens et Strasbourg, ce sont deux profils d’équipe différents. Strasbourg est typiquement un effectif de joueurs confirmés pour la Ligue 2, des costauds avec beaucoup de qualité Ligue 2. A Amiens, ce sont des « revanchards », des garçons qui ont faim, qui se battent jusqu’au bout avec peut-être un peu moins de qualités footballistiques mais avec un gros mental et une grosse hargne. Un peu comme ceux que l’on avait lorsque nous sommes montés en Ligue 1. Mais pour moi ce sont deux cas de figure différents. Donc l’idée pour nous sera d’avoir des bons joueurs mais qui ont « faim ». L’histoire du Stade de Reims lorsque l’on est passé du National à la Ligue 1, c’était ça : des garçons qui chaque saison découvraient une nouvelle division et avaient l’ambition d’aller au-dessus. Quand on est arrivé en Ligue 1, on avait pratiquement le même effectif que la saison précédente en Ligue 2. Et même si cette première année a été difficile, on s’est maintenu car c’était une découverte pour ces joueurs. La deuxième et la troisième année, les mêmes joueurs, ils connaissaient, et ce n’était plus la même approche. L’intensité de l’effort n’était peut-être pas le même.

Un mot sur Antoine Conte. Il est encore sous contrat avec le club. Il va être jugé suite l’agression d’un jeune homme en décembre dernier à Reims, qu’elle décision avez-vous prise le concernant ?

Sur cette affaire, le club a réagit comme il devait réagir. On a pris nos responsabilités. Aujourd’hui, avec le recul, Il n’est pas imaginable de réintégrer un garçon comme Antoine Conté. Il a déclaré dans des medias qu’il n’avait pas senti le club derrière lui. Le club a montré par le passé qu’il était toujours derrière ses joueurs, encore faut-il que les joueurs ne se mettent pas dans des situations qui sont indéfendables. Ce qu’a fait Antoine Conté n’est pas acceptable. Alors, certains clubs français étaient visiblement prêt à l’accueillir chez eux, comme quoi tout le monde n’a pas les même valeurs, mais nous, on a décidé qu’Antoine Conté ne reviendrait pas au Stade de Reims.

Le budget

Vous aviez le plus gros budget de Ligue 2 cette saison, proche de 20 millions d’euros, à combien va-t-il s’élever la saison prochaine ?

Alors déjà, quand on parle de budget, c’est une vision globale. Chez certains de nos collègues, le budget correspond aux dépenses, et ils le dépassent souvent. C’est-à-dire qu’ils ont un déficit à l’arrivée. Nous, le budget cette année, c’est la somme que l’on aurait pu mettre en place et en réalité le club a travaillé avec un peu moins. Donc on peut considérer que l’on va boucler notre budget à 18 millions d’euros pour la saison écoulée. On aura la saison prochaine un budget estimé entre 16 et 17 millions d’euros. Aujourd’hui en football, il y a le risque sportif et le risque financier et nous, de par l’historique du Stade de Reims qui a été liquidé, on a toujours voulu maîtriser le risque financier.

Est-ce que cela va entraîner des licenciements, des réductions d’effectif sur le plan administratif notamment ?

Non, il n’y aura aucun licenciement et aucune baisse d’effectif. Après les effectifs pourront évoluer selon les besoins du nouvel entraîneur et un nouveau mode de fonctionnement. Mais il n’y aura pas de coupes sombres dans les services.

Les ambitions

Quelles seront les ambitions affichées la saison prochaine ?

C’est difficile aujourd’hui d’afficher la ligne directrice dans la mesure où l’entraîneur n’est pas encore en place. Mais on peut dire que l’on sera ambitieux. On peut dire que le Stade de Reims, de par ses infrastructures, son stade, ses services administratifs, sa formation, est un club de Ligue 1 et que notre objectif est de la rejoindre le plus vite possible. Après on ne mettra pas une pression exacerbée sur tout le monde parce que le championnat de Ligue 2 était compliqué cet année, et il le sera encore la saison prochaine. Donc ce sera encore un championnat très ouvert dans lequel on voudra faire bonne figure.

Dans une logique de reconstruction avec un nouvel entraîneur, autour de jeunes joueurs, êtes-vous prêt à ce que cela prenne un peu de temps pour retrouver la Ligue 1 ?

Si on était remonté cette saison , cela ne se serait pas senti dans le schéma de développement du club tel qu’il a été présenté dans Horizon 2020. Après le fait d’enchaîner une deuxième saison en Ligue 2 va nous conduire à revoir un peu la copie et les ambitions sur le terme. Mais pour le moment, pas de catastrophe. Après il est certain que rester plusieurs saisons en Ligue 2, là on pourrait commencer à s’affaiblir. Et à tous niveaux. Au niveau de la formation par exemple, on est plus attractif si on est en Ligue 1. Donc il est important de ne pas mettre la charrue avant les bœufs mais il est tout aussi important de ne pas trop tarder à rejoindre l’élite. Après comme on l’a évoqué, cela a été une erreur à l’intersaison dernière – sans manquer d’humilité – de penser que remonter immédiatement serait facile.

Les supporters

Les supporters rémois lors de l'hommage à Raymond Kopa. - Maxppp
Les supporters rémois lors de l'hommage à Raymond Kopa. © Maxppp - maxppp

Il y a évidemment beaucoup de déception et de colère parfois chez les supporters. Quel message avez-vous à leur faire passer ?

Si le Stade de Reims est en échec sur l’équipe professionnel, il ne faut pas perdre de vue que le club fonctionne bien. Que la réserve de CFA se maintien. Que la formation se porte bien. Que les équipes de 17 ans et 19 ans nationaux font bonne figure. Que les féminines ont atteint leur objectif. Le club, ce n’est pas qu’une équipe. Le club a des fondations fortes. Ce n’est pas parce que les résultats sportifs de l’équipe première ne sont pas au rendez-vous que le club ne grandit pas . Après c’est le propre du supporter d’être mécontent ou triste quand l’équipe ne gagne pas. Mais on a vu lorsque Lens et Strasbourg sont venus à Delaune que cela aide d’avoir des supporters derrière. On sait qu’à Reims il y a un « socle » de supporters qui quelque soit les résultats ou la division, sont toujours là. D’autres viennent en fonction de la division et des résultats. Tout le monde est d’accord pour dire que Reims est une terre de foot, tout le monde parle du club en ville, beaucoup de voitures ont des autocollants du Stade de Reims, et malgré tout on a du mal à faire venir les gens au Stade Delaune. Même si nos équipes ont fait un travail remarquable sur nos tribunes comme par exemple la tribune famille que beaucoup d’autres clubs nous envient. Nous sommes même candidats pour recevoir un prix de la LFP. Donc aux supporters d’être derrière nous, mais c’est aussi à nos joueurs d’aller les chercher. Mais après, il faut qu’ils nous soutiennent.

Certains supporters pensent au contraire que ces nouvelles tribunes comme la tribune famille ont un peu cassé l’ambiance au stade…

Par définition, que l’on fasse ou que l’on ne fasse pas, il y aura toujours un commentaire. Globalement, moi j’entends beaucoup de gens qui ont été très satisfait de la nouvelle organisation des tribunes qui a été mise en place. Quand on fait visiter la tribune famille aux dirigeants des autres clubs qui viennent à Reims, ils repartent tous avec l’idée de la mettre en place chez eux donc les idées de nos équipes ne sont pas si décalées que çà.

N’avez-vous pas peur que ces regrets suite à ce nouvel échec sportif aient un impact sur le renouvellement des abonnements ?

Il y a l’échec sportif, il y a la crise économique même si on essaye de faire des efforts pour faire en sorte que tout le monde puisse venir au stade. Il y a aussi le fait que le supporter veut des joueurs connus avant de s’abonner. Des noms. Mais dans un projet où l’on veut trouver des joueurs comme on l’a dit, qui ont « faim », ce n’est pas toujours évident. On verra et on fera avec s’il devait y avoir un frein au niveau des réabonnements, ce que je n’espère pas évidemment. Après, à l’équipe de réussir le lancement de la saison pour donner envie aux gens de venir à Delaune.