Retour
Provence-Alpes-Côte d'Azur Corse Auvergne-Rhône-Alpes Grand Est Bourgogne-Franche-Comté Occitanie Nouvelle-Aquitaine Centre-Val de Loire Île-de-France Hauts-de-France Normandie Pays de la Loire Bretagne
  • Toute la France
  • Auvergne-Rhône-Alpes
  • Bourgogne Franche-Comté
  • Bretagne
  • Centre-Val de Loire
  • Corse
  • Grand Est
  • Hauts-de-France
  • Île-de-France
  • Normandie
  • Nouvelle-Aquitaine
  • Occitanie
  • Pays de la Loire
  • Provence-Alpes-Côte d'Azur
Changer de région
Centre-Val de Loire
Changer de région
Corse
Changer de région
Hauts-de-France
Changer de région
Normandie
Retour

"Lev Yachine, un roman soviétique", Laurent Lasne nous raconte la trajectoire de l'araignée noire

-
Par , France Bleu Hérault

Journaliste et écrivain montpelliérain, père de Paul, ancien milieu de terrain du MHSC, Laurent Lasne sort un nouveau livre, "Lev Yachine, un roman soviétique". Il était l'invité de Bertrand Queneutte et Geoffrey Dernis, dans 100% Paillade, sur France Bleu Hérault.

Lev Yachine était surnommé l'araignée noire
Lev Yachine était surnommé l'araignée noire © AFP - Botashev.M / Sputnik

Dans son nouveau roman, publié aux éditions "Le tiers livre" et "Arbre bleu", Laurent Lasne nous raconte à la fois l'histoire de Lev Yachine, mais également celle de l'URSS, au début des années 90', dans laquelle est né, puis a grandi celui qui, à contre cœur au départ, est devenu le plus grand gardien du pays, l'un des plus forts au monde, et le seul portier à avoir décroché le fameux ballon d'or en 1963. 

Laurent Lasne était l'invité de Bertrand Queneutte et Geoffrey Dernis dans 100% Paillade, sur France Bleu Hérault. Extrait. 

Vous qualifiez votre dernier ouvrage de roman, car même s'il est très documenté, vous avez dû romancer une partie de la vie de Lev Yachine ? 

Oui, parce que quand on consulte les archives en France, on s'aperçoit finalement qu'il y a très peu de choses sur Yachine : ballon d'or, cent-cinquante penalties arrêtés, le gardien qu'il a été, la légende, etc. Mais on ne sait pas grand chose de plus. Donc il a fallu faire un travail de recherche qui m'a pris, en gros, un an et demi ou deux ans de travail pour savoir quelle avait été son enfance, sa jeunesse, comment il avait vécu ces années, qui sont des années particulières.

Il naît en 1929, et c'est le moment où Staline a éliminé toute opposition et où il est en train de prendre vraiment un pouvoir très important. Il a lancé le plan quinquennal et c'est vraiment le début d'une histoire soviétique qui devient très, très compliquée pour le peuple soviétique. 

Il né dans ce contexte, et très vite, à 6 ans, il perd sa mère. Il est orphelin de sa mère, donc c'est vraiment un démarrage dans la vie qui est très compliqué pour lui. Et il découvre à cet âge-là le football, qui devient une sorte d'échappatoire. Dans la petite cité ouvrière dans laquelle il vit, il a des copains, et c'est ce qui va lui permettre de mieux grandir pour essayer de surmonter le deuil de sa mère. 

Au début du livre, vous racontez la vie de ses parents, avant que Lev ne vienne au monde et notamment l'environnement dans lequel vit cette famille d'ouvriers, avec la bascule qui va s'opérer entre les tsars et le communisme ? 

Oui, je raconte ceci en essayant d'être au plus près de la vie des gens, parce qu'autrement, ça fait un bouquin un peu universitaire. Il ne faudrait pas que les lecteurs s'imaginent qu'ils vont tomber sur un truc un peu compliqué, avec des références historiques à n'en pas finir. Mon ambition, c'était précisément de montrer la vie des petites gens. En effet, Lev est fils d'Ivan Petrovich, qui est un ouvrier, sa mère est également ouvrière.

Et j'essaie de montrer la vie de ces petites gens pour embarquer le lecteur dans l'atmosphère russe. C'est quand même le pays de l'immensité. Joseph Kessel disait de la Russie que c'était le pays de l'illimité. Pour comprendre la Russie, il faut vraiment commencer par la géographie. Ce sont onze fuseaux horaires. La plupart des terres sont gelées.

C'est d'ailleurs un phénomène assez curieux que le football ait pu prendre racine en Russie, dans un pays qui n'est pas tellement favorable au développement du football. Il y a quelque chose qui est très particulier en Russie, qui m'a beaucoup intéressé, c'est le fait que dans l'éducation des jeunes Russes, et notamment Yachine quand il était enfant, il pratique le football avec les copains, l'été, alors que l'hiver, il fait du patin à glace.

Du coup, les athlètes soviétiques vont avoir cette particularité d'être forts à la fois en hockey ou en patin, et également en football. Mais surtout, ce qu'il faut retenir, et c'est l'idée de ce roman, c'est l'idée d'être immergé dans cette histoire russe. Je me suis inspiré un peu de mes souvenirs de môme quand je lisais Michel Strogoff. Ce livre m'a embarqué beaucoup plus loin que ce que j'imaginais, à vrai dire. 

Qu'est-ce qui vous a donné envie d'écrire sur Lev Yachine et sur l'URSS ?

Je vais vous raconter une anecdote. Vous savez, que la première fois qu'on va au stade avec son père, c'est un truc qui marque pour la vie. Le premier match que j'ai vu au Parc des Princes, j'étais tout môme en juin 1967. C'était un France - URSS. C'est marrant, parce que je me souviens surtout des tribunes.

Ce n'était pas du tout l'atmosphère actuelle du Parc des Princes. Aujourd'hui, on a l'impression d'être au théâtre. Dès qu'on se lève, il y a un mec qui vous fait signe pour vous asseoir. À l'époque, c'était cette espèce d'houle ouvrière, avec les ouvriers de Billancourt, d'Issy les Moulineaux et je me souviens que ça fumait. J'ai souvenir d'odeurs de cigarettes.

Mais une ambiance chaleureuse, presque fraternelle. Et je me souviens de ce grand type tout en noir. C'était quand même un truc qu'on ne voyait jamais. Lev Yachine dans les buts. Il était gardien de la sélection soviétique. Je crois qu'il était sorti à 80e ou 85e minute. Et ce qui m'a frappé, c'est qu'il avait été applaudi par le Parc des Princes.

Il est vrai qu'à l'époque, le Parti communiste en France n'était pas ce qu'il est aujourd'hui, il avait quand même dans la population ouvrière une emprise importante. Et Lev Yachine avait une popularité absolument invraisemblable.

Je rappelle dans le livre qu'en 1960, l'U.R.S.S. va gagner le Championnat d'Europe des Nations, et lors de la demi finale contre la Tchécoslovaquie à Marseille, il va être porté en triomphe par les supporteurs du stade Vélodrome. Vous vous rendez compte ? Yachine porté en triomphe par ce petit peuple de Marseille, des dockers, des gens des quartiers. L'anecdote marrante, c'est qu'il va en perdre sa fameuse casquette. 

Finalement, on en apprend autant voire plus sur l'histoire de l'U.R.S.S. que sur celle de Yachine ?

Ça a été la construction narrative qui n'a pas été tout à fait simple parce que je voulais à la fois que ce soit le personnage central du bouquin, mais en même temps raconter cette espèce d'épopée soviétique. Il faut voir qu'à l'époque, les grands intellectuels français, à commencer par Aragon et Eluard, étaient formidablement investis dans la propagande communiste.

C'était donc cet exercice un peu compliqué à la fois de raconter la vie des petites gens, de faire comme si on était à Moscou. J'avais cette ambition un peu folle. Et en même temps, être dans ce qu'on appelle la grande histoire. Mais montrer, surtout, je crois que c'est ça qui est important, que Yachine a révolutionné le poste de gardien de but, à l'époque.

Dans la tradition de l'école soviétique, mais comme dans la tradition des écoles de football, le gardien de but, il était sur sa ligne. Point. Et d'ailleurs, on se souvient tous quand on était gamin dans la cour de récréation, on disait au type qui n'était pas forcément très bon : tu iras dans les cages. Et la cage, c'est vraiment la métaphore de l'immobilité.

Et ce qu'a fait Yachine, c'est un truc absolument invraisemblable, absolument révolutionnaire. Lui, il est sorti de son but. Il a boxé des ballons à la main et de dernier défenseur, il est devenu le premier relanceur. À la main. 

Il se jetait dans les pieds des attaquants. C'est ça, vraiment, l'apport de Yachine. Et j'ai un copain qui me parlait de Neuer, des gardiens actuels. Et il est allé regarder des images qu'on voit sur YouTube. Il m'a dit : "mais ce mec, c'est incroyable, il est complètement moderne". 

Paradoxalement, vous racontez qu'on a failli ne jamais voir Lev Yachine dans les buts, n'est-ce pas ?

Pour deux raisons. La première, c'est que lui, il voulait être attaquant. Au début, il n'acceptait pas d'être gardien de but. Mais il mesurait 1m89, et quand il a commencé le foot dans l'équipe de l'usine, l'entraîneur lui a dit : 'Toi, t'es grand, tu seras gardien de but'. C'est comme ça qu'il est devenu gardien de but.

Et la deuxième, c'est que comme il sortait de ses buts et qu'il provoquait évidemment un désordre, puisque les défenseurs n'étaient pas habitués à ça, il a été exfiltré de l'équipe de football du Dynamo. Il a rejoint l'équipe de hockey pendant une ou deux saisons. Il est devenu un grand gardien de hockey. 

Son premier titre sportif, c'est d'ailleurs la Coupe d'Europe de hockey avec le Dynamo. Il a même été pressenti pour participer aux Championnats du monde de hockey. Et là, à la surprise générale, Yachine a annoncé qu'il ne voulait pas faire de hockey, mais qu'il voulait revenir au football. 

Choix de la station

À venir dansDanssecondess