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Laurent Nicollin, président du Montpellier Hérault : "Si je craignais l'avenir, je serais déjà mort"

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Par , France Bleu Hérault

Le président du Montpellier Hérault en Ligue 1 tire le bilan d'une année 2020 difficile et démentielle. Laurent Nicollin évoque, pour France Bleu Hérault, la pandémie, la crise économique, le fiasco Mediapro, mais aussi ses liens familiaux, ainsi que ses valeurs et son caractère.

Laurent Nicollin est président du MHSC en Ligue 1
Laurent Nicollin est président du MHSC en Ligue 1 © AFP - LOIC VENANCE

Aviez-vous déjà vécu une année aussi difficile, professionnellement ? 

Il y a eu des moments difficiles, mais le mode Covid, on ne l'avait jamais vécu. J'ai 47 ans, maintenant, et on a vécu des moments difficiles, comme toute personne vit des moments heureux, difficiles, compliqués ou des épreuves de la vie, notamment le décès d'un proche. Mais vivre une situation comme ça, rester confiné deux mois, non ! Je ne pensais jamais vivre ça et je n'ai jamais connu une chose aussi difficile. Maintenant, tout est relatif. C'est quelque chose de grave, un virus, mais par chance, on n'a pas vécu de guerre. On n'a pas été occupés par les Allemands. On n'a pas défendu nos couleurs, ni pris un bateau pour aller à Londres, rejoindre le Général-De-Gaulle. On n'a pas non plus vécu les tranchées de 14-18, ou reçu des bombes sur la gueule comme en Syrie ou en Libye. A un moment donné, tout est relatif, donc on souffre, bien entendu. Et je conçois que c'est très difficile. Mais bon, malgré tout, faire une guerre en restant chez soi, pour moi, ce n'est pas une guerre. 

Je ne pensais jamais vivre ça et je n'ai jamais connu une chose aussi difficile (...) mais faire une guerre en restant chez soi, pour moi ce n'est pas une guerre.

Etes-vous du genre à craindre l'avenir ? 

Non. On craint de perdre des êtres chers, on craint la maladie. Mais l'avenir, non. Je suis quelqu'un avec un naturel assez optimiste, donc même quand il y a des moments difficiles, j'essaye d'avancer et de positiver. C'est mon leitmotiv ! Heureusement, parce que sinon, il y a longtemps que j'aurais vendu mes affaires et que je serais parti au fin fond du monde. Je ne m'occuperais plus de rien parce que j'aurais eu un ulcère où que je serais déjà mort. Dans la vie, il faut relativiser beaucoup. Même si la vie est compliquée pour tout le monde, je suis de nature positive.

J'essaie d'avancer, de positiver, c'est mon leitmotiv. 

Laurent Nicollin espère la meilleure solution possible pour les droits tv avec le président de la LFP Vincent Labrune
Laurent Nicollin espère la meilleure solution possible pour les droits tv avec le président de la LFP Vincent Labrune © AFP - Bertrand Langlois

Le foot français et votre club sont en danger. Que faudrait-il en 2021 pour sauver les deux, ainsi que vos fonds propres ? 

Ce sera compliqué, je ne sais pas comment on pourra sauver nos fonds propres. Sauver le club, ça sera déjà quelque chose d'important. Et puis sauver les salaires et l'emploi, c'est ça qui est le plus important. J'avais toujours dit que la saison 2019-2020 était compliqué, parce qu'on a vécu la pandémie de plein fouet et qu'on a arrêté le championnat, mais je savais qu'avec nos ressources, on passerait l'année tranquillement. J'avais toujours dit que 2020-2021 serait beaucoup plus compliquée, ce qui est le cas. En revanche, je ne pensais pas que ce serait si compliqué, parce qu'il y a l'histoire de Mediapro, qui complique encore plus les choses. D'un déficit de début de saison qui était de X millions d'euros, ça va finalement être multiplié par trois ou par quatre. Donc c'est vrai que l'avenir financier est compliqué. 

On travaille dessus avec les gens du club, avec mon frère au niveau du groupe Nicollin, pour essayer de passer à travers. Il y aura certainement des réunions, début janvier, avec les joueurs pour évoquer le fait que quoi qu'il arrive, ce sera compliqué financièrement. On va discuter de ça calmement. Avant de partir dans toutes les directions en disant "il faut faire ci ou ça", attendons déjà de savoir ce qu'on va avoir et en fonction de ça, on se mettra autour d'une table, entre personnes intelligentes, on trouvera la solution. Comme je l'ai dit, il faut sauver l'emploi au club et sauver les salariés. 

Cela passera peut être par certains sacrifices, mais on en discutera entre nous tranquillement, on lavera notre linge en famille sans que personne ne soit soit lésé. Si on peut ne toucher personne, ce sera tant mieux. Je ne le pense pas, mais on va procéder par étapes et on verra début janvier. 

Le déficit va être multiplié par trois ou quatre (...) On va discuter calmement avec les joueurs (...) Il faut sauver l'emploi, cela passera peut-être par des sacrifices"

Avec Olivier, vous vous conseillez mutuellement ? 

Tous les matins, je suis au bureau avec lui, au groupe. On se voit tous les matins, on boit un café. Enfin, moi je ne bois pas de café, mais on discute, on échange quand il y a besoin.  On se voit aussi en dehors du bureau. Donc oui, il y a un échange permanent. Même si je suis plus au club, je suis quand même au groupe, et quand je peux aider à mon petit niveau, j'essaye d'aider, on échange. Maintenant, on est tous les deux à la tête de la holding Nicollin, notre père n'est plus là, il nous a laissé de bonnes bases. On essaie d'avancer. Le club fait totalement partie de l'entité de la holding, donc Olivier s'en inquiète aussi. On travaille là dessus. C'est pour cela que pour les finances du club, on a fait des réunions avec mon frère, avec le DG du groupe Nicollin, avec le secrétaire du groupe et le DG du club pour essayer de trouver des solutions, pour essayer de tenir en janvier et février, pour voir jusqu'où on pourrait aller en trésorerie, pour augmenter le PGE qui avait été acté par l'État, et puis pour voir où on peut récupérer de l'argent. 

Il faut croiser les doigts pour que ça continue sportivement et qu'on ne soit pas obligé de vendre des joueurs en janvier, parce qu'il y a quelque chose à jouer en championnat, et qu'on veut le jouer à fond. Cela passera inévitablement par un soutien de la holding familiale. Mais avant de faire tout ça, il faut qu'on sache comment on va être mangé et quels sont les droits qu'on va avoir, si une télé reprend les droits de Mediapro. 

Croiser les doigts pour que ça continue sportivement et qu'on ne soit pas obligé de vendre des joueurs en janvier (...) Cela passera inévitablement par un soutien de la holding familiale.

Vous avez toujours eu une relation très étroite avec votre frère  ?

Je ne sais pas ce que veut dire le mot étroit (sourire), mais après, c'est comme tout frères et soeurs. Parfois, on est à mille lieux, on est très, très loin, l'un de l'autre. Et puis des fois, on est très proches. Après, on est dans une famille où on n'a pas beaucoup besoin de parler pour se comprendre. On va dire qu'avec mon père, on n'était pas non plus tous les jours à se parler pour se dire qu'on s'aime ou qu'on ne s'aime pas. Mais on se comprend avec un regard. On a des intérêts en commun. Maintenant, la holding est gérée par lui et moi, on gère tout le groupe Nicollin, le club et d'autres entités. C'est maintenant notre vie à nous, nos revenus à nous. Si un truc est en danger, on met dedans pour soutenir une entreprise familiale qui a été créée à l'époque par mon grand-père et ma grand-mère. 

On essaie de faire au mieux pour la pérenniser, pour la faire grandir et pour lui donner beaucoup plus d'assurance. C'est vrai qu'on n'avait pas prévu pour le club tant de difficultés financières, parce que ça fait quand même 12 ans qu'on gagne toujours l'argent, à part une année où on a du perdre 50.000 ou 100.000 euros. Là, quand on regarde le bilan actuel, après la réunion qu'on a faite il y a quelques jours avec l'expert comptable, c'est vrai qu'on prend peur. Je ne vais pas vous dire le montant, mais ce sont des pertes à deux chiffres très, très élevés. Mais bon, on va attendre d'avoir tous les éléments pour voir ce qu'on peut faire. Et en fonction, on se serrera les coudes pour se soutenir mutuellement. 

Faire grandir l'entreprise familiale créée par mon grand-père et ma grand-mère

Quel rôle joue votre maman, Colette, dans tout ça ? 

Les décisions, on les prend moi et Olivier. Après, elle a grandi aussi avec mon père. Elle a été au début de l'aventure, même si elle a pris en cours de route l'histoire de mes grands parents. Elle connaît tous les tenants et les aboutissants. Elle est toujours là. Elle est toujours au groupe, elle a un rôle important. Donc on discute, on échange. Mais bon, après, on va dire que c'est comme à l'époque de mon père, il prenait ses décisions tout seul, même si ça discute. Elle n'est pas là quotidiennement pour savoir la gestion des choses, mais elle a un œil averti, elle nous écoute. Quand on fait des repas de famille le dimanche, on discute de ce qu'on peut faire ou ne pas faire. Elle donne son avis, on échange. On n'est pas toujours d'accord... mais ça, c'est normal, ce sont des générations différentes. Il y a un décalage de génération, mais elle a un œil attentif et elle espère surtout que qu'on soit en bonne santé et que tout se passe pour le mieux. 

Ma mère a un œil averti (...) on discute, on échange, elle a un rôle important.

Quelles qualités et quels défauts vous a transmis votre père ?

Je n'en sais rien, parce que je ne sais pas si c'est ce qu'il m'a transmis ou si c'est mon caractère à moi. En fait, je ne sais pas ce qu'il a pu me transmettre. Disons que dans la transmission, ce sont surtout des valeurs de travail, de respect. Le respect des gens et de se lever tôt le matin. Et puis quand tu te lèves le matin, tu salues les gens, tu dis bonjour, comme j'essaie de l'inculquer à mes enfants. Après, il a du transmettre beaucoup d'autres choses. Comme on fait les poubelles, il a dû transmettre beaucoup de vices. 

Mais les choses, tu les fais parce que tu côtoies quelqu'un au quotidien, que tu le vois faire les choses et que tu apprends. D'ailleurs, tu apprends des échecs, tu apprends des déceptions, tu apprends des défaites. C'est comme ça, c'est la vie. Tu n'apprends pas dans la victoire, tu n'apprends pas dans la réussite. C'est ce qu'il est arrivé à mon père, car même s'il y a eu des belles choses, il a vécu des mauvais moments, comme on en vivra avec mon frère, et comme on en a vécus tout au long de notre vie. Parce qu'on a beau dire : c'est le fils Nicollin, il a tout. Nan, on vit des échecs, des déceptions, comme tout le monde. 

Quand tu gères entre 5.000 et 10.000 personnes, tu te réveilles des fois la nuit à 4h du matin. Tu réfléchis parce qu'il y a un directeur, à Lens, qui ne va pas bien. Parce qu'il y a des employés à Lyon qui ne sont pas bien, parce que le club de foot ne marche pas, parce que tu penses aux féminines, aux juniors, aux cadets et aux plus jeunes. On a beaucoup plus de choses à penser qu'une personne lambda qui se lève le matin et fait son boulot. Nous, on a une vision qui est très, très grande. Donc c'est vrai que ce n'est pas évident. Mais mon père a transmis l'amour de travailler, le respect des gens, tout simplement. 

On a beau dire : c'est le fils Nicollin, il a tout. Nan, on vit des échecs, des déceptions, comme tout le monde.

Laurent Nicollin a pris la relève de son père, avec son frère Olivier
Laurent Nicollin a pris la relève de son père, avec son frère Olivier © Getty - Philippe Caron

Ça fait chaud au cœur de parler de mon père.

Qu'on vous parle sans cesse de votre père : c'est saoulant ou c'est plaisant ?

C'est l'un et l'autre. Égoïstement, tu as envie qu'on passe à autre chose et qu'on avance sur autre chose. Et puis après, au niveau du cœur, ça fait toujours plaisir que les gens puissent évoquer Louis Nicollin. Ça prouve qu'il a marqué sa période et qu'il manque aux gens. C'est un sentiment ambivalent. Mais ça dépend comment je suis luné. Soit je prends ça avec curiosité, parce que je me dis que ça fait quand même un certains temps. Soit je trouve ça émouvant. Parce que même si on y pense tous les jours, ça montre que d'autres personnes y pensent aussi. Et ça fait chaud au coeur de parler de mon père. Après, ce qui peut choquer, c'est de vouloir comparer, c'est de vouloir opposer, c'est de se demander ce qu'il y a de bien, de mieux. Il n'y aura qu'un seul Louis Nicollin. Et nous, on est derrière avec mon frère pour faire du mieux possible avec ce qu'on a.  On crée notre propre histoire, comme on nous a toujours appris et comme nous a éduqués notre mère. Pour que chacun grandisse, que chacun évolue et progresse par soi-même, grâce bien sûr aux apports de mon père et des gens proches autour. Chacun son chemin, mais il sera toujours là dans notre cœur et il a fait ce qu'il a fait. 

Gérer cette entreprise, ce club et l'une des plus grosses fortunes de France, c'est surtout du plaisir ou des emmerdes ?

Fortune de quoi ? C'est des conneries en boîtes, ce classement ! Je serai riche quand on aura vendu. Et puis, de toute façon, on est deux. Donc il faudra partager. Mais bon, disons que je suis riche, tout va bien. Alléluia ! Plus sérieusement, il faut prendre du plaisir, il faut positiver. Après, c'est sûr qu'il y a plus de soucis et de maux de tête quand tu es dirigeant, quand il faut décider, quand il faut trancher, quand il faut prendre une décision qui ne fait pas plaisir à tout le monde. Donc, automatiquement, c'est plus compliqué. C'est sûr que la personne qui se lève le matin et qui n'a aucune décision à prendre, il est peut-être plus malheureux dans sa vie pour certaines choses, mais au moins, il n'a pas de mal de tête. Donc oui, il faut couper, il faut trancher, il faut décider. C'est pas facile, mais bon... Nous, le plaisir, puisqu'on est dans les poubelles, on le prend quand on gagne des marchés. Là, on est heureux. Et au foot, quand on gagne des matchs, on est heureux, on positive. On prend le bon. Ensuite, la vie est faite de joies et de déceptions. Mais il faut positiver, et mettre la joie en avant. Tout simplement. 

C'était vraiment une année de merde. 

En 2020, justement, avez-vous connu des moments de joie ? 

Cette année, pas spécialement non (il réfléchit). Non, je n'ai pas vécu de choses positives qui me font sauter au plafond. Si, la seule chose positive, c'est qu'il n'y a pas eu des gens proches de moi qui ont été touchés par le Covid, à part bien sûr Guy Elfassi, qui était au club et qui nous a quittés. Cela m'a beaucoup peiné et cela a beaucoup peiné les gens du club parce qu'on n'a pas pu, malheureusement, être avec lui jusqu'au bout. Mais vous me demandez des moments de joie et... il n'y en a pas ! Il y a plus de moments de déception. Des moments où il fallait que le temps passe, pour qu'on passe à autre chose. On va dire "vivement 2021 !" en espérant que l'année 2021 soit mieux que 2020, même si je n'en suis pas sûr. Mais bon, vu ce qu'on a vécu, ça ne peut pas être pire. L'année 2020, c'était vraiment une année de merde. 

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