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Football

Ligue 1 : avec la vidéo, "on ne ratera plus la main de Dieu" dit l'arbitre bordelais Amaury Delerue

vendredi 10 août 2018 à 18:50 Par Thomas Coignac, France Bleu Gironde

L'arbitre bordelais Amaury Delerue attaque sa septième saison en Ligue 1, ce samedi, au sifflet lors de Saint-Etienne - Guingamp. Celui qui est également professeur au STAPS de Bordeaux explique son rôle, et revient sur l'instauration de la vidéo, nouveauté cette saison. Interview.

Amaury Delerue, lors d'un match entre Lorient et Bastia en août 2016.
Amaury Delerue, lors d'un match entre Lorient et Bastia en août 2016. © Maxppp - Maxppp

Bordeaux, France

France Bleu Gironde : Comment aborde-t-on une 7e saison de Ligue 1 ? Toujours avec de l'excitation, ou comme une routine ?

Amaury Delerue : Avec une vraie excitation de rentrée des classes ! Il y avait un vrai besoin de couper, certes, puis une préparation physique, comme les joueurs, de 7 à 8 semaines. Et quand on aborde la dernière ligne droite, on se dit qu'il est temps d'entrer dans le vif du sujet. 

En plus c'est une belle saison qui redémarre, une saison post-coupe du monde très intéressante et exposée pour le football français. Donc on se dit qu'il y a plein de belles choses à vivre. 

Vous êtes le même arbitre qu'il y a sept ans ? 

Pas du tout ! Avec l'expérience, on change, forcément. Le jour de mon premier match de Ligue 1, en 2012, il y avait beaucoup d'appréhension, pour savoir si j'allais être à la hauteur.  Aujourd'hui, il y a toujours autant d'envie, de bien faire, de performer. Mais, après une centaine de matchs de Ligue 1, j'ai une bien meilleure connaissance des stades, des staffs. J'ai progressé dans le management des hommes. Et beaucoup de choses ont changé dans mon arbitrage. 

Et quel est votre meilleur souvenir ?

Mon premier match est l'un de mes meilleurs souvenirs. Les anciens m'avaient dit qu'il allait me marquer, et ils avaient bien raison. C'était un Valenciennes-Nice, en août 2012, ça s'était fini sur un 0-0. Mais ça s'était très bien passé ! Je me souviens parfaitement de mon premier coup de sifflet, de mon coup de sifflet final... Le match s'était bien passé, il faisait très très chaud. Donc c'est l'un de mes meilleurs souvenirs. 

Et puis, je suis allé au stade de France plusieurs fois, pour des finales de coupe, en tant qu'arbitre additionnel ou arbitre vidéo. Ce sont des très beaux souvenirs, parce que l'on sent que c'est une fête pour les clubs, les régions... C'est une belle récompense de fin de saison. 

Amaury Delerue expulse Steve Mandanda, lors de la 37e journée la saison dernière contre Guingamp. Il retrouvera les Bretons ce samedi, les Marseillais, samedi prochain, comme arbitre vidéo. - Maxppp
Amaury Delerue expulse Steve Mandanda, lors de la 37e journée la saison dernière contre Guingamp. Il retrouvera les Bretons ce samedi, les Marseillais, samedi prochain, comme arbitre vidéo. © Maxppp - Maxppp

Et la Ligue 1 a aussi pas mal changé...

Bien sûr, avec tous les nouveaux investisseurs, les grandes stars qui affluent... Cela a un impact sur nous, puisque ça nous oblige à élever notre niveau d'arbitrage. On se confronte à un football différent, une culture football différente qui est apportée par les joueurs étrangers. On est obligé de se mettre dans une situation comme avant un match de Coupe d'Europe. 

Cela vous met davantage de pression aussi ? 

La pression est toujours là. Mais comme pour tous les sportifs, si la pression devient négative, elle empêche d'être performant. La pression est positive, dans le sens où l'on a envie de bien faire au milieu de toutes ces stars. Donc c'est plutôt motivant qu'inhibiteur. 

Parfois, on sort du terrain la tête basse, parfois on en sort revigoré 

Quand vous entrez sur le terrain, vous avez envie que l'on ne parle pas de vous à la sortie ?

Ou qu'en en parle en bien ! On dit souvent qu'un arbitre est content quand il est passé sous silence. Mais parfois, les remarques positives sont les bienvenues. Même si elles sont assez rares...

Mais alors comment trouvez vous une certaine reconnaissance, quand vous avez fait un bon match ?

Quand on a participé au spectacle. En ayant protégé le jeu, en donnant un minimum de coups de sifflet, si l'état d'esprit des joueurs est au rendez-vous. Avoir aussi protégé les joueurs, évidemment, qu'il n'y ait pas de blessé grave. Et puis, être performant sur les grosses décisions. Sur un penalty, un hors-jeu limite...

La performance arbitrale est au rendez-vous lorsque l'équité du résultat est préservée. Et on en a vite un sentiment assez précis quand on sort du terrain. Parfois on baisse la tête, parce que l'on sait que l'on s'est raté. Et parfois, on sort du terrain revigoré et on est bien contents d'avoir participé à l’événement. 

"Parfois avec les collègues, on se chambre sur les notes que nous a attribuées la presse.  - Maxppp
"Parfois avec les collègues, on se chambre sur les notes que nous a attribuées la presse. © Maxppp - Maxppp

Est-ce que vous lisez ce qui se dit, dans les journaux, sur les réseaux sociaux, ce qui se dit sur vos prestations ?

Je lis la presse sportive, oui, mais je ne suis sur aucun réseau social. J'évite d'aller chercher trop profondément, je cherche une forme de sérénité. Après, c'est enrichissant aussi de lire ce qui se dit sur nous. Et puis on en rigole aussi avec les collègues, quand on voit les notes qui nous sont attribuées. Mais on y attache pas trop importance. 

Quand j'ai vu que Kylian Mbappé avait été flashé à 37 km/h, pendant la coupe du monde, je me suis dit que j'allais devoir lui courir après

Samedi, c'est donc Saint-Etienne - Guingamp. Comment avez-vous préparé le match ?

Pour cela on a des outils, avec une plateforme vidéo sur laquelle on a accès à tous les matchs de la planète. Donc, je fais une synthèse des matchs des deux équipes. Je l’utilise lors du briefing que je vais faire à mes assistants et aux arbitres vidéo. 

Ensuite on se prépare physiquement, bien sûr. Quand j'ai vu que Kylian Mbappé avait été flashé à 37 km/h, pendant la coupe du monde, je me suis dit que j'allais devoir lui courir après dès la rentrée (rires). Le jeu va très vite, les joueurs sont de plus en plus préparés, donc il faut que les arbitres soient au rendez-vous.  

Et puis, je sais ce que représente le premier match de la saison, je regarde la dynamique des équipes, s'il y a eu beaucoup de changements au mercato... Pour savoir où je mets les pieds. 

La VAR est dans le fruit 

La nouveauté de la saison, c'est l'installation de la VAR, l'assistance vidéo. Qu'est ce que ça va changer pour vous ?

C'est la bouée de sauvetage ultime. Il n'y a pas un seul arbitre qui n'ai pas cauchemardé sur une erreur flagrante qu'il ait faite, et qui a changé le résultat du match. La vidéo apporte cette sécurité là. On peut se dire que la main de Dieu de Maradona (contre l'Angleterre en 1986, NDLR), ne nous échappera plus. Alors, c'est peut être un peu moins romantique, mais pour notre corporation, et pour la justice sportive, c'est fondamentale. La vidéo, on sait qu'elle est là, mais on arbitre pas avec pour autant. 

Imaginons samedi, une action litigieuse dans la surface, où il y a peut-être penalty. Que se passe-t-il ?

Très clairement, ce qui ne change pas, c'est que je dois arbitrer. Je dois prendre la décision que j'estime juste à vitesse réelle. Et dans l'oreillette, je dis à mon arbitre vidéo "il y a penalty, parce que...", ou "il n'y a pas penalty, parce que...".  

Et par rapport à ma première décision, l'arbitre vidéo va pouvoir analyser les images au ralenti. Et il décidera si ce que je lui ai décrit est une erreur grotesque, ou pas. Et uniquement dans ce cas là, il a la possibilité de me faire visionner les images pour me faire rectifier ma décision. 

Amaury Delerue teste la vidéo lors d'un match de Coupe de la Ligue entre Nice et Monaco. - Maxppp
Amaury Delerue teste la vidéo lors d'un match de Coupe de la Ligue entre Nice et Monaco. © Maxppp - Maxppp

Il y a un peu de crainte quand même, par rapport à ce nouveau système ?

Pas fondamentalement, non. En France, on expérimente la vidéo depuis deux ans. Le plus important, c'est que l'on arrive à trouver une uniformité entre l'arbitre principal, qui est sur le terrain, et l'arbitre vidéo, dans le bus. Et puis que d'un match à l'autre, d'une semaine à l'autre, il y ait cette uniformité. 

Donc pas de crainte. Je suis plutôt content que l'outil soit là et que l'on puisse le faire fonctionner. Il y aura certainement des périodes de flou, le temps que les joueurs, les staffs, les supporters s'y habituent. Mais on a une grosse envie de fonctionner avec.