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Dossier : La saison 2019-2020 du Racing Club de Strasbourg

Ligue 1 : les secrets du recrutement au Racing Club de Strasbourg

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Par , France Bleu Alsace, France Bleu Elsass

Avec son responsable Loïc Désiré, France Bleu Alsace décrypte le fonctionnement de la cellule de recrutement du Racing Club de Strasbourg. Forte de huit membres, elle a permis de dénicher les Ajorque, Sels, Sissoko ou encore Djiku qui font les beaux jours du club alsacien.

Le responsable de la cellule de recrutement du Racing Loïc Désiré, avec le président Marc Keller, lors de l'officialisation du transfert d'Adrien Thomasson
Le responsable de la cellule de recrutement du Racing Loïc Désiré, avec le président Marc Keller, lors de l'officialisation du transfert d'Adrien Thomasson - RCSA

Attaquant en équipe de France de jeunes, Loïc Désiré a ensuite été milieu de terrain à Brest, puis à Vannes. Il n’est pas passé professionnel et n’a pas joué plus haut qu’en National. Le Castelroussin d’origine (« tout le monde croit que je suis Breton », sourit-il) a occupé ensuite les fonctions d’entraîneur adjoint et de directeur sportif dans le club du Morbihan. En parallèle, il a aussi été recruteur pour le prestigieux Ajax d’Amsterdam pendant douze ans («on était un des premiers clubs sur Franck Ribéry qui jouait à Brest, mais Jean Fernandez avait été plus rapide et l’avait fait signer à Metz »). Depuis cinq ans, il dirige le recrutement du Racing Club de Strasbourg. Entretien avec ce passionné de 44 ans.

L'intégralité de l'entretien avec Loïc Désiré, le responsable de la cellule de recrutement du Racing

C'est quoi une cellule de recrutement ?

Combien de personnes travaillent aujourd’hui à la cellule de recrutement du Racing ?

On est sept personnes sur le terrain, dont cinq à temps plein, deux sont à mi-temps. Et puis la huitième, c’est Yann Koch, qui a été embauché en juin dernier en tant qu’analyste vidéo de la cellule pro. Il est chargé de créer une base de données internes au Racing, d'assurer le suivi des joueurs et de faire des montages vidéo pour les potentielles recrues. 

Ces recruteurs sont répartis par zones géographiques, par pays ?

Oui, il y en a trois qui sont essentiellement sur la France, Ali Bouafia est en Bretagne (ancien attaquant du Racing et du FC Mulhouse), René Charnet est sur Clermont, qui fait le sud-est et le sud. Bruno Paterno (ancien entraîneur notamment de Sarre-Union) fait la France sur l’Est avec Laurent Oberlé. Nicolas Di Fraya, qui vit à Londres, fait tout l’Europe du Nord, les pays de l’Est et aussi les championnats U 23 en Angleterre. Les clubs anglais ont beaucoup de moyens. C’est l’Ajax qui m’avait donné cette idée, en disant qu’il y avait beaucoup de « recalés »  sur les gros clubs anglais et qu’il y avait de la place pour les clubs comme Strasbourg. On a aussi engagé il y a un an un scout portugais, qui vit en dessous de Porto. Il fait le Portugal et l’Espagne et sera amené à faire quelques missions sur l’Amérique du Sud.

Après même les « recruteurs français », Ali Bouafia par exemple, a trois quatre pays réservés à lui. Il doit connaître tous les joueurs, il a des contacts là-bas pour faciliter les contacts et les infos, quand un jeune débute en Pologne ou en République Tchèque par exemple. Bruno Paterno est responsable du continent africain. Ali Bouafia va faire un peu l’Asie, on voudrait développer un peu le marché asiatique, que ça soit sur le Japon, la Corée, voire la Chine. Nicolas Di Fraya va faire un peu l’Amérique centrale. 

En France, évidemment tout est épluché sur toutes les divisions. Au bout de trois mois, je change les yeux, celui qui était sur la Pologne et la République Tchèque, c’est un autre qui va y aller pour changer un peu les regards.

Jusqu'à 14 matchs par semaine

Aujourd’hui comment travaille-t-on pour recruter un joueur ?

On s’est fait un réseau. Le Racing est revenu en Ligue 1 et il y a des contacts qui se font naturellement avec des agents qui appellent. Après il y a le passé, Ali Bouafia connaît des joueurs qui sont maintenant dirigeants dans certains pays, ça facilite un peu les échanges. Mais la première des choses, c’est le terrain, se déplacer. Un recruteur a une vie un peu particulière, on passe beaucoup de temps dans les hôtels, dans les déplacements. On est seul, il faut aimer ça, parce que ça n’est pas facile, les heures de route, le train, ça fait partie du job. Pour moi, le premier critère pour un recruteur, c’est ça, ne pas rester dans un bureau tous les weekends, se déplacer. Naturellement, on commence à connaître les joueurs, ça nous permet de cibler quand on a besoin d’un gardien, d’un défenseur, d’un milieu ou d’un attaquant, ben on sait que l’année dernière on a vu ça et parfois les supervisions, ça n’est pas au bout d’un an qu’on va faire le dossier, mais au bout de deux ans, c’est parfois une question de timing. 

Donc c’est le réseau et puis l’arrivée de Yann Koch, au niveau de l’analyse vidéo. Au début, surtout quand on est arrivés en Ligue 1, il y avait des appels qui arrivaient de partout. J’avais calculé une année, c’était toutes les trente à quarante secondes, où j’avais un mail, un WhatsApp, un message. Il fallait absolument quelqu’un pour rassembler les informations qui venaient de l’extérieur, mais aussi centraliser les infos de nos recruteurs. J’ai une énorme confiance en eux, ils me ramènent les noms, après je fais le choix d’aller plus loin ou pas. Il fallait un moyen de rassembler ces idées, de diminuer la pyramide, de partir d’une base avec beaucoup de joueurs, et puis par rapport à différents critères, l’aspect financier, technique, tactique, de réduire tout ça.

Combien regardez-vous de matchs en moyenne par semaine ?

Je me déplace un peu moins que les recruteurs, je peaufine un peu plus en vidéo. Je regarde huit à dix matchs par semaine en vidéo, plus du terrain, je vois trois, quatre matchs par weekend en direct.

Le reportage sur la cellule de recrutement du Racing

Comment se finalise un recrutement entre les besoins du coach et les contraintes financières qui sont du ressort du président ?

Quand on parle de recrutement, c’est compliqué dans certains clubs. Nous, la structure du club fait qu’il n’y a pas de directeur sportif. Il y a le président, le coach et moi derrière. Du coup, les décisions quand on voit un joueur, ça va très vite. On connaît les besoins du coach et on lui amène les profils par rapport à ce qu’il recherche. Dans certains clubs, il y a un chef de recrutement, un directeur sportif, un directeur général et c’est « une usine à gaz ». Des clubs comme Strasbourg, on se doit d’être réactifs, rapides quand on veut faire un dossier, car il y a beaucoup de concurrence. Tous les clubs étrangers sont là tous les weekends, que ça soit sur le National, la Ligue 2, la Ligue 1, je n’en parle même pas. Le schéma au niveau du Racing fait qu’on fait les dossiers tous les trois, comme ça, ça rassemble les aspects sportif et financier.

Si vous cherchez par exemple un défenseur latéral droit, vous avez plusieurs noms à proposer ?

Il y a quatre cinq noms sur chaque poste, qu’on va peaufiner, sur des dossiers « faisables ». Parce que c’est facile de mettre quatre cinq noms, mais si c’est un latéral droit qui coûte 15 millions d’euros, ça n’est pas pour le Racing. Ça, tout le monde peut le faire. C’est plus ma partie où je dois dégrossir sur l’aspect tactique et technique, mais aussi financier. Si j’amène cinq dossiers infaisables, je n’ai pas fait mon boulot correctement.

Vous étudiez l’aspect sportif, mais est-ce que vous allez plus loin ? Étudiez-vous aussi le profil psychologique du joueur ?

Psychologique, le mot est un peu fort. Mais sur tous les dossiers qu’on a faits, je rencontre  les joueurs. Je vais manger avec eux trois quatre mois avant. Ça permet de voir leur personnalité, de parler de leur situation familiale, des enfants, de leur femme, de leur passé. De voir avec qui il va venir à table, est-ce que c’est le papa, le frère, les copains ? Je me déplace pour discuter pas forcément de football, mais de choses et d’autres, voir comment il situe le club de Strasbourg dans le monde du football. C’est devenu important et on le fait.

Medhi Chahiri, un joueur qu'on observe depuis deux ans"

Quel est le recrutement dont vous êtes le plus fier depuis que vous êtes au Racing ?

Oh, c’est un ensemble. On pourrait parler de ventes de joueurs, ce qui a été fait avec Aholou et Fofana, on est contents, fiers pour le club. Mais on a une vision plus globale, de maintenir le club et le faire monter, c’est encore plus une fierté que la vente d’un joueur. On est là pour trouver un équilibre dans l’équipe, dans le groupe, pour que le coach soit satisfait des joueurs mis à sa disposition. 

Après, j’avais bien aimé le recrutement de Denis Bouanga à l’époque. J’aime bien prendre les joueurs pas trop connus et qui y arrivent. Là, on a fait Mehdi Chahiri. C’est un joueur qu’on observe depuis deux ans. On trouvait qu’après Dunkerque, il lui manquait encore un petit quelque chose. On a travaillé sur le dossier jusqu’en décembre et après on a décidé.

D’une façon globale, quand le club est bien, qu’on se maintient, les résultats d’aujourd’hui, c’est une fierté d’avoir participé, à notre niveau, nous la cellule, sur ce qui se passe aujourd’hui.

Ludovic Ajorque, par exemple, on le connaît depuis son prêt au Poiré-sur-Vie. Il est venu jouer ici avec le Poiré et Luçon après. Les gens ne s’en rappellent peut-être pas. Ludo a évolué à la manière du Racing, son parcours est un peu le même que le club. Je l’identifie bien à la progression du Racing ces dernières années.

Qu’est-ce qui vous plaît dans ce métier de recruteur ?

C’est de découvrir des joueurs qu’on ne connaît pas. C’est d’aller aussi dans certains pays, de découvrir la culture de certains pays, puisqu’on fait le tour du monde. Ça c’est l’aspect hors sportif. Mais sur le plan purement sportif, c’est de découvrir des joueurs, non connus du grand public, qui vont éclore après.

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