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Dossier : 100% DFCO

Ligue 1 : un économiste dijonnais préconise une baisse des salaires des joueurs de 30%

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Par , France Bleu Bourgogne

Baisser le salaire des footballeurs de Ligue 1, une piste évoquée pour juguler la crise qui touche les clubs. "Une première étape" pour Matthieu Llorca, maître de conférence à l'Université de Dijon, spécialisé dans l'économie du sport. Il nous parle aussi du DFCO, en danger "à moyen-terme".

Le football français est en crise, entre covid et droits tv
Le football français est en crise, entre covid et droits tv © Radio France - Xavier Grumeau

Comment sauver le football français de la crise qui guette ? Entre les huis clos à cause de la crise sanitaire et le fiasco Mediapro, la situation économique des clubs français inquiète. Dans l'attente d'un repreneur, alors que la LFP a validé jeudi 14 janvier 2021 le principe d'un nouvel appel d'offre, une piste a été évoquée, notamment lors d'une réunion entre le syndicat des joueurs, l'UNFP, et les présidents de clubs : une baisse des salaires. Un bon début, mais pas suffisant pour juguler la crise estime Matthieu Llorca, maître de conférence à l'Université de Bourgogne à Dijon, spécialisé dans l'économie du sport. 

Matthieu Llorca, est-ce que baisser les salaires des joueurs, c'est une solution suffisante ? 

Baisser les salaires des joueurs, c'est une première étape. Il faudrait une baisse autour des 30%, puisque les clubs se retrouvent avec des pertes considérables de leurs recettes, que ce soit en billetterie ou liées aux droits TV suite au retrait de Médiapro. Donc, c'est une première étape de réduire les salaires, mais il faudrait aller beaucoup plus loin, et évoquer un changement du modèle économique des clubs, pour avoir un modèle beaucoup plus sain financièrement. 

Pourquoi 30% ? 

C'est l'estimation de l'impact de la crise, entre 30% et 50% de pertes selon les clubs. Du côté des joueurs, il faut aussi qu’ils acceptent cette baisse. Ils ne peuvent pas accepter 70%. Donc on essaye de trancher. 

Si la baisse des salaires est une "étape", quelles sont les étapes suivantes pour faire face à la crise ? 

Il faudrait aider le football amateur, qu'on oublie en se focalisant sur le football professionnel. On pourrait évoquer des taxes sur les salaires ou des taxes sur les transferts, qui iraient directement au football amateur. Il y a une autre étape, législative, au niveau des droits TV : lutter contre le piratage, c'est un gros problème qui se pose. Une autre solution pour les clubs, ce serait l'exonération de charges de la part de l'Etat, mais conditionnée à la baisse des salaires. Tout s'ajoute, tout va en même temps, mais une autre solution serait de réduire le train de vie des clubs, par exemple en déplacement, en voyage, d'avoir moins de dépenses superflues. 

Par exemple ? 

Par exemple le PSG qui s'est déplacé en avion pour aller à Lens (pour jouer le Trophée des Champions face à l'OM, mercredi 13 janvier 2020 NDLR). Ils auraient très bien pu y aller en train ou en bus. Ce type de dépenses. 

Si les joueurs n'acceptent pas de baisser leurs salaires, quels sont les risques pour le football français ? 

On estime les pertes à 800 millions pour la Ligue 1 pour l'année 2020. On a trois catégories de clubs : ceux qui dépendent de leurs actionnaires, comme le PSG, donc là il n'y a pas trop de problèmes, même s'ils ont des pertes. On a des clubs qui avaient une trésorerie solide, et donc qui vont être à la limite. Et puis on a des clubs qui étaient déjà en difficulté et qui se retrouvent encore plus contraints. Dans ce cas-là ils vont devoir vendre des joueurs si les salaires ne sont pas baissés, pour récupérer des nouvelles recettes. Elles vont venir des transferts, du mercato, même s'il est assez calme.  

Et dans le cas du DFCO ? 

On a plutôt une bonne gestion, puisque le DFCO avait dégagé un résultat net positif l'année dernière de plus d'un million d'euros (1,389 millions selon les comptes publiés pour la saison 2018/2019 par la DNCG). La masse salariale constitue plus de 50% des recettes du club (autour de 60% selon le président Olivier Delcourt, NDLR). Avec la chute des droits TV, estimés à 20 millions d'euros pour le DFCO,  il y a un manque à gagner important, sans compter les recettes billetterie, sur lesquelles on ne peut pas du tout se baser cette année, qui représentent environ 8% du budget du DFCO. Si les joueurs n'acceptent pas de baisse de salaires, il faudra se séparer des plus gros salaires des joueurs, automatiquement. 

Si les joueurs n'acceptent pas de baisse de salaires, il faudra se séparer des plus gros salaires des joueurs, automatiquement

Il y a un trou à combler, qui passe soit par la recherche de sponsors, mais qui eux-aussi sont affectés par la crise, soit par le trading de joueurs, la vente de joueurs, mais là-aussi le mercato est atone, est très calme. Finalement, on se retrouve dans un blocage, dans un casse-tête, pour sortir de cette position. 

Peut-on vraiment compter sur le mercato, puisque tous les clubs sont touchés par la crise, et pas seulement en France ? 

On a une déflation sur les prix des joueurs. Les prix ont largement baissé. Il faut aussi compter le paiement des honoraires des agents. Je ne suis pas sûr qu'ils aient diminué dans le même temps. Donc ça réduit les marges de manœuvre. 

Est-ce que le DFCO est en danger ? 

Le DFCO a une trésorerie solide, puisque le club a dégagé des résultats positifs. Il y a un danger à moyen-terme, dans les deux-trois ans à venir, si on n'a pas de solutions, si les droits TV baissent et que le mercato n'est pas dynamisé, par des clubs anglais par exemple. 

A propos des droits TV, qui sera le repreneur selon vous ? 

Mediapro s'est retiré, il reste Canal +, qui essaye de gagner du temps et de payer le moins cher possible la Ligue 1, en affirmant qu'elle ne vaut pas plus d'un milliard d'euros. 

Peut-on envisager une arrivée des GAFAs, les "géants du web" ? 

Des plateformes de streaming, qui existent déjà, pourraient racheter en pay per view des matchs à l'unité. On pense notamment à Facebook, ou Amazon, qui a déjà fait des premiers essais dans le football, en Angleterre en particulier, ou dans le tennis sur Roland Garros, même si ce n'était que pour quelques matchs. 

Quel est l'intérêt pour ces acteurs d'acheter un Lorient-Dijon par exemple ? 

Comme ce sont des nouveaux entrants, et que personne ne souhaite diffuser ce match, ils peuvent obtenir un prix spécifique, et peut-être fidéliser une nouvelle base de clientèle avec un bon rapport qualité/prix. Cela peut être une stratégie : ne pas payer le prix le plus élevé pour un PSG - OM mais plutôt de se focaliser sur le reste et le payer moins cher. Comme il y a un "effet nouveauté" qui peut se mettre en place, ils peuvent fidéliser une partie de la clientèle, en sachant que ce n'est pas une stratégie de long-terme par exemple concernant Amazon, ce sont des essais à court-terme. 

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