Football

Philippe Clément : "Le SU Dives, c'est la moitié de ma vie"

Par Pierre Coquelin, France Bleu Normandie (Calvados - Orne) mercredi 19 avril 2017 à 16:23

L'entraîneur divais Philippe Clément (à droite sur la photo) et son ancien président Jean-Paul Lechevalier
L'entraîneur divais Philippe Clément (à droite sur la photo) et son ancien président Jean-Paul Lechevalier © Radio France - Pierre Coquelin

Samedi, l'ancien Caennais Philippe Clément, 46 ans, va fêter son 800e match sur le banc du SU Dives face à la réserve de Saint-Etienne. 23 ans où l'entraîneur a tout connu : de la PH à la CFA2, en passant par un 32e de finale de Coupe de France en 1999, entretien avec le coach des Rouges.

"ça fait 23 ans que je suis ici. J'en ai 46 aujourd'hui. Dives, c'est la moitié de ma vie". Au stade Heurtematte, dans le bureau de Philippe Clément, ces 23 ans de services rejaillissent sur les murs : les photos des différentes équipes, celle de l'ancien entraîneur lillois Vahid Halilhodzic lors d'un 32e de finale de Coupe de France en 1999, en passant par les cartes routières d'une équipe de CFA2 qui multiplie les kilomètres cette saison, tant de souvenirs remontent à la tête de l'ancien Caennais.

Arrivé grâce à une petite annonce

Après la Butte, où il est repéré par son "mentor" Pascal Théault, Philippe Clément passe par le Stade Malherbe de Caen, Vire, puis débarque à Granville, en Division 4, où il reste un an. On est alors en 1994. Le milieu défensif est à la recherche d'un nouveau challenge. Son souhait : entraîner. Et il a du culot ce "gamin" de 23 ans. C'est alors qu'il tombe par hasard sur une petite annonce du journal Ouest-France : le club de Dives, en PH, cherche un entraîneur-joueur. Il appelle le président, Jean-Paul Lechevalier. "A la base, on ne devait pas changer d'entraîneur. On était un petit club, mais les joueurs voulaient monter".

Au départ, ce n'est pas simple : j'avais des joueurs qui avaient 30-35 ans. A 23 ans, il fallait trouver du crédit

L'ancien président divais se souvient très bien de l'arrivée de Philippe Clément. "Il avait des béquilles : il s'était blessé au genou. Mais, c'est passé tout de suite. On était sur la même longueur d'onde : on souhaitait bâtir un club sur la partie humaine". Le début de 6 ans d'une relation très forte entre le président et son entraîneur. "Au départ, ce n'est pas simple : j'avais des joueurs qui avaient 30-35 ans. A 23 ans, il fallait trouver du crédit", explique Philippe Clément.

1999 : l'euphorie de la Coupe de France à Heurtematte

Dans le club de cette cité ouvrière de 6000 habitants, le discours passe tout de suite. La méthode Clément porte ses fruits dès la première saison, couronnée par une montée en DHR. Depuis son arrivée, l'entraîneur a fait grimper le club de PH (9e division) à la CFA2 (5e division).

Parmi les hauts, il y a bien sûr cette épopée en Coupe de France en 1999 : alors en DH, les Rouges jouent les 32es de finale face à Lille (D2) à Venoix devant 5000 personnes, après avoir battu les Bretons de Pontivy (CFA) dans un stade Heurtematte en folie ! Ce but de Régis Petit dans la prolongation, le tirage au sort à Paris avec Aimé Jacquet et Thierry Rolland, "toutes les boutiques qui étaient à l'effigie du club, on était les Petit Poucet de DH !", se souvient Jean-Paul Lechevalier. De son côté, Philippe Clément reste admiratif du parcours : "au premier tour, on gagne 9-6 contre Hermanville après avoir été menés 6-3 à 20 minutes de la fin. Je ne donnais pas cher de notre peau..."

Dix-huit heures de bus

Aujourd'hui, c'est le marathon de CFA2. Dans le club house, un petit écriteau le rappelle. Tous les 15 jours, le club doit multiplier les kilomètres. "Parfois 1500 kilomètres dans le week-end", confie Philippe Clément. "On a pris le train en marche depuis début octobre. On a joué Bourgoin 3 jours après notre élimination frustrante à Viry-Chatillon en Coupe de France. 18 heures de bus. J'ai aussi conduit lors du déplacement à Saint-Priest, près de Lyon. A chaque déplacement, c'est un peu comme si je partais en vacances, qu'arrivé là-bas je m'aperçois que j'ai oublié le mobil-home et que je repars", ironise l'entraîneur divais.

A chaque déplacement, c'est un peu comme si je partais en vacances, qu'arrivé là-bas je m'aperçois que j'ai oublié le mobil-home et que je repars

Le SU Dives, et ses 220 000 euros de budget, loin des autres clubs du championnat. "On est tellement fiers de ce qui nous arrive. Je vous rappelle qu'on termine champions de DH avec 10 points d'avance : cette place en CFA2, on la mérite. Donc, on croque à pleines dents. Mais il était hors de question de ne pas réussir. Là, on va se maintenir (le club est 11e de CFA2). On n'est pas les plus riches, on n'est pas les meilleurs, on ne se prend pas au sérieux, mais on est sérieux !", explique ce fils de conducteur de train.

Former des hommes

Un club avec des valeurs de solidarité, symbole de l'histoire divaise. "Il y a un respect du maillot, du club... autant pour le dirigeant qui s'occupe des frites que celui qui arrive avec sa cravate. Ici, l'humain passe avant le joueur", commente Philippe Clément. Un entraîneur qui va savourer sa 800e ce samedi face à la réserve de Saint-Etienne. "C'est fabuleux, 800 matchs... Parfois, j'ai des anciens qui me demandent : 'c'est qui l'entraîneur ? C'est toujours Philippe ? Non, c'est pas vrai ?'. Bah si, c'est toujours Philippe", sourit l'ancien président.

En 2010, j'ai reçu la médaille de la ville alors qu'on descendait : c'était pour me récompenser de nos 9 ans en CFA2

Une histoire d'amour qui dure. "En 2010, j'ai reçu la médaille de la ville alors qu'on descendait : c'était pour me récompenser de nos 9 ans en CFA2", se souvient le coach. Un championnat retrouvé 6 ans plus tard. Mais il reste encore bien des pages à écrire selon Philippe Clément. "Il y a de grandes chances qu'il y ait un 1000e match à fêter".