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Mauricio Pochettino sur France Bleu : "L'objectif principal du PSG est la Ligue des Champions"

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France Bleu Paris a réuni sur un canapé son consultant Eric Rabesandratana et le coach du PSG Mauricio Pochettino. Anciens coéquipiers, les deux hommes ont discuté à bâtons rompus de tactique, de Messi, des jeunes du PSG ou de leurs souvenirs communs. Un entretien diffusé dans 100% PSG Le Mag.

Entretien sur canapé Entretien sur canapé
Entretien sur canapé © Radio France - Bruno Salomon

Depuis qu'il est arrivé au PSG en janvier 2021, Mauricio Pochettino s'est assez peu confié aux médias français. Le coach argentin a pourtant accepté l'invitation de France Bleu Paris à retrouver devant un micro son ancien coéquipier au club, Eric Rabesandratana, aujourd'hui consultant France Bleu Paris et sélectionneur de l'Equipe nationale malgache.

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Des retrouvailles chaleureuses et souriantes. Confortablement installés dans un salon du Camp des Loges, le centre d'entraînement du club de la capitale, "Rabé" et "Poche" ont discuté en tête à tête pendant une quarantaine de minutes. Fait rare : l'entraîneur parisien a même accepté de répondre à certaines questions... en français.

Tu te souviens de la tactique de Luis ?...

Eric Rabesandratana - On n’a pas beaucoup joué ensemble au PSG, puisque tu avais été recruté pour jouer à ma place normalement ! [Rires]

Mauricio Pochettino - [Il répond en français] Mais on a joué ensemble à Marseille [le 17 février 2001]…

Oui, avec George Weah.

Incroyable…. C’était un match nul, non ?

Non, non, on a perdu 1-0. Tu sais, quand tu t’es fait dribbler par… [Rires] Non, ce n’est pas vrai…

Tu te souviens de la tactique de Luis [Fernandez, entraîneur de l’époque] ? C’était costaud l’équipe…

Oui, Luis ne voulait pas perdre là-bas, c’est normal. 

On a joué à 5 derrière. En 5-6 ! [Rires] 

C’était presque ça oui ! Et tu perds 1-0 sur une action. En même temps, si tu ne joues pas, c’est compliqué ! Mais finalement, on n’a pas joué beaucoup ensemble. 

Parce qu’en 2001, je suis arrivée en janvier…

Mais tu étais blessé, non ?

Non, c’est parce qu’en Coupe d’Europe, je n’étais pas qualifié [pour être dans le groupe inscrit par le PSG]. Et après, avec la famille à Barcelone, mon fils qui était né… C’était une période très difficile. J’habitais ici à l’hôtel. C’était très difficile.

Rabe et Poche à la lutte finale...

Le retour des supporters, ça change tout. L’état d’esprit, la joie...

Et aujourd’hui, en 2021… Tu n’es plus à l’hôtel ? Tout va bien ?

Oui, tout va bien. Maintenant c’est beaucoup mieux que quand nous sommes arrivés en janvier dernier. Là aussi, c’était une période très difficile. Avec le Covid…

Tu es resté les six premiers mois à l’hôtel ?

Oui, on est resté à l’hôtel.  Ca a été très, très, très difficile de trouver une maison. Maintenant, nous sommes mieux. Beaucoup mieux. Et avec du public dans les stades ! Ca, c’est pareil. Le football, c’est avec les supporters. 

Ca change tout. Quand on voit l’ambiance d’hier [contre Lyon] et le stade plein, ça n’a rien à voir. Et tu vois aussi l’attitude des joueurs qui change. Neymar transcendé parce qu’il y a du monde dans le stade, mais oui, ça change tout !

Ca change tout. L’état d’esprit, la joie… C’est complètement différent. L’atmosphère. L’ambiance. 

Oui, c’est ce qui peut changer un match quand tu es dans la difficulté. Tu sais que le public peut te réveiller. 

Dans un match comme hier contre Lyon, avec le public, les fans, les supporters, c’est plus facile de revenir au score. 

Sans public, tu penses que ça aurait été plus dur de revenir ?

Plus dur. Plus dur. Plus dur. Parce que l’adversaire sent la pression. 

Maintenant, toute ta famille est là ?

Non, ma famille n’est pas encore ici. Elle est en Angleterre. Ca, c’est la mauvaise chose. Mais c’est ma responsabilité de rester de bonne humeur et toujours optimiste.

Dans le travail, mon fils n'est pas mon fils.

Comment vis-tu le fait de travailler avec ton fils [Sebastiano Pochettino, préparateur physique du PSG] ?

Ce n’est pas mon fils, dans le staff ! C’est le travail. C’est mon fils, mais pas quand nous travaillons. C’est le disciple de Jesus [Perez, entraîneur adjoint]. Il est très professionnel. Avec la capacité de faire le job. 

Ca a été un choix naturel de le recruter ?

Un choix naturel. Il a les compétences, et il est compatible avec les autres membres du staff. 

Son travail n’est pas facile parce que les saisons précédentes, il y a eu beaucoup de blessés. Là, il y en a beaucoup moins. Tout ça, c’est aussi grâce à lui ?

Grâce à tout le monde. Nous travaillons tous ensemble pour mettre les joueurs dans les meilleures dispositions. Ce n’est pas seulement Sebastiano, Jesus ou Miguel. 

Justement, tu peux nous présenter le travail de tout le monde ?

Jesus [Perez] est le coordinateur des secteurs médical, sportif et de la performance. 

Et du secteur administratif, aussi ?

Non. Tous les secteurs qui concernent le sportif. Ensuite, Micky [Miguel d’Agostino, entraîneur adjoint], c’est mon traducteur officiel. Et il est en charge de l’analyse avec le secteur de l’analyse vidéo et tactique. Toni Jiménez, avec Gianluca Spinelli, est l’entraîneur des gardiens. Nous avons beaucoup de personnes, et des personnes impliquées. 

C’était la même organisation à Tottenham ?

Ce n’était pas pareil. La culture du club était complètement différente. Mais ici aussi, on a besoin de travailler pour développer le projet sur le chemin que nous voulons prendre, avec une philosophie et une culture de club. 

Chaque joueur a besoin de se sentir important.

En termes d’idée collective et de jeu, es-tu satisfait de ce qui se fait en ce moment ou as-tu encore besoin de temps pour mettre les choses en place, que ce soit tactiquement, dans le recrutement, dans l’orientation des joueurs que tu as ici ? Un 3-5-2, c’est plus facile pour toi ? Plus logique ? 

[En espagnol] Ce n’est pas facile d’assembler des joueurs qui ont joué à des moments et à des niveaux  différents. Ils doivent apprendre à se connaître, pas seulement dans le travail quotidien d’entraînement mais aussi dans la compétition, en match officiel. 

C’est la compétition qui va donner le liant que tu as envie de trouver ?

[En français] Exactement. C’est comme ça, parce qu’on n’a pas de temps pour travailler sur le terrain. Mais la compétition arrive, et il faut jouer. 

Ton groupe a été renforcé par de grandes individualités. Est-ce que ça change quelque chose dans ta façon de travailler, dans l’approche que tu avais à Tottenham ? Des joueurs comme Messi, Neymar, Mbappé, Di Maria ou d’autres… C’est plus dur de coacher des joueurs comme ça, dans l’état d’esprit, à l’intérieur du vestiaire ? Ou c’est pareil ?

[En espagnol] C’est important de comprendre que chaque joueur est différent. Il faut les prendre de façon individuelle pour les comprendre. Savoir aussi qu’il y a des états de forme dans une saison qui font qu’il y a des hauts et des bas. Chaque joueur a besoin de se sentir important. On espère qu’avec une saison longue, tout le monde aura ce sentiment et se sentira important dans le jeu. 

Le fait de ne pas avoir ces joueurs importants pendant la préparation, ça retarde l’application de ton idée de jeu ?

Non, on doit s’adapter, comme on doit s’adapter aux arrivées récentes de joueurs. On doit trouver la meilleure formule pour nous approcher au plus près de la victoire. Aujourd’hui, plus que de performances, on a besoin de résultats pour nous y amener. 

C’est difficile pour les jeunes de trouver la place de se développer, montrer leur qualité, s’intégrer et jouer.

Beaucoup de jeunes ont joué pendant la préparation. Dans un groupe avec de fortes individualités,  les jeunes ont-ils la place de s’intégrer ? 

[En français] Ce n’est pas facile pour les jeunes de trouver leur place. Nous sommes 35 joueurs professionnels. C’est donc difficile pour les jeunes de trouver la place de se développer, montrer leur qualité, s’intégrer et jouer. Ce n’est pas facile. 

Certains jeunes ont-ils déjà la capacité à s’intégrer dans l’équipe ? Ou ont-ils besoin de plus de temps et de travail ?

Ils ont besoin de plus de temps. Ils sont très jeunes. Ils ont 17, 18, 19 ans. C’est trop jeune. Ils doivent être patients, travailler pour s’améliorer, mais ce n’est pas facile pour eux de trouver leur place. 

Tu avais plus de possibilités de faire jouer les jeunes à Tottenham ?

[En espagnol] L’effectif pro était plus réduit. On avait 21 ou 22 joueurs seniors, et on pouvait compléter en intégrant des jeunes. 

En tant que joueur, j’ai eu la chance de côtoyer de grands joueurs sur le terrain, comme Maradona ou Ronaldinho.

Avec l’effectif dont tu disposes, est-ce que le 3-5-2 ne pourrait pas être une bonne option pour la suite de la saison ?

C’est une option. Pour le moment, nous ne l’avons pas beaucoup utilisée. Mais dans le passé, dans d’autres clubs, nous l’avions fait. Et c’est vrai qu’au vu des joueurs que nous avons à disposition, ça pourrait être une bonne option. 

Pour entraîner Messi, Neymar, Mbappé… Tu leur fais confiance dans leur relation sur le terrain, ou tu les diriges un peu pour accélérer le retour de la relation Neymar-Messi [à Barcelone] et l’intégration de Mbappé dans cette relation ?

Grâce à l’organisation sur le terrain, à l’animation offensive, on peut trouver ce type de complicité, d’affinité. Après, on peut inciter, favoriser de l’extérieur, mais ça vient surtout du terrain. 

Donc le talent naturel, la relation naturelle au football a sa place sur le terrain. Tu as ton schéma, mais c’est quand même aussi à eux de trouver ce liant, comme de grands joueurs.  

Oui. 

Et entraîner de tels joueurs, ça t’apprend des choses sur le métier ?

On apprend toujours, de tous les joueurs. Il faut être ouvert à ces apprentissages. L’apprentissage est continu en football. De différents joueurs, on apprend des choses différentes. En tant que joueur, j’ai eu la chance de côtoyer de grands joueurs sur le terrain, comme Maradona ou Ronaldinho. 

Oui, ces relations que tu as pu avoir avec eux en tant que joueur t’aident dans l’approche et dans la discussion avec tes grands joueurs aujourd’hui. Tu fonctionnes de la même façon avec les joueurs stars et les autres, ou ton discours est différent ?

Il y a un discours général qui dirige le travail. Mais ensuite, la relation personnelle est différente avec chacun car chaque joueur est différent. 

Il y a le joueur de foot et l’humain. Mais tu as forcément des attaches avec certains plus qu’avec d’autres.  

Exactement.

Personne n’a de doutes sur la qualité de Leo. Il est l’un des meilleurs joueurs du monde, de l’histoire. Il n’y a aucun doute. Et donc, il n’y a aucun problème.

Sur le cas Messi, le fait qu’il soit argentin comme toi, ça joue sur votre rapport ?

Oui, nous avons beaucoup de choses en commun, avec nos racines, notre culture, notre nationalité. Mais un Argentin ne s’entend pas forcément bien avec tous les Argentins, de même qu’un Français ne s’entend pas avec tous les Français ! Après, les choses se cultivent dans la relation quotidienne pour que la confiance grandisse. 

Messi était un peu énervé hier soir [de sortir à la 76ème minute de jeu]. Par rapport à ta culture, c’est plus facile pour toi de comprendre sa réaction ? Ou c’est juste un joueur qui sort et qui n’a pas envie de sortir ?

Hé ! C’est un champion, un gagnant, un compétiteur. Il est clair qu’un joueur n’aime sortir. 

Là, on sent la presse qui essaye de faire naître une affaire alors qu’il n’y en a pas. C’est simplement un joueur qui n’a pas envie de sortir et qui a envie de jouer et de retrouver son rythme. En tout cas, c’est plus ça que j’ai observé !

Oui ! C’est la responsabilité de l’entraîneur, avec les informations dont il dispose, de prendre les meilleures décisions pour l’équipe et ses joueurs. Personne n’a de doutes sur la qualité de Leo. Il est l’un des meilleurs joueurs du monde, de l’histoire. Il n’y a aucun doute. Et donc, il n’y a aucun problème.  

En Ligue 1, le jeu est physique, avec beaucoup de transitions. C’est un jeu très attractif.

Tu es satisfait de votre début de saison en championnat ?

Oui, je suis content de ces six victoires en six matchs, et de ce début de championnat. C’est important parce que la Ligue 1 est importante à nos yeux. Après, on sait que notre objectif principal est la Ligue des Champions. Et ce type de résultats nous donne de la confiance pour affronter les matchs qui arrivent. 

Tu as connu la Premier League. Tu connais aujourd’hui la Ligue 1. Les matchs de Premier League préparent-ils mieux à disputer la Ligue des Champions ?

Je ne sais pas. Les deux ligues sont très compétitives. Il y a des similitudes dans la façon dont les matchs de championnat préparent à la compétition européenne. Les deux ligues sont très intéressantes au niveau physique, avec des matchs très compétitifs. En Ligue 1, le jeu est physique, avec beaucoup de transitions. C’est un jeu très attractif. C’est peut-être la différence que je note avec d’autres championnats. 

Moi, j’étais sous contrat. Si des clubs étaient intéressés, ils devaient se mettre en relation avec le PSG.

Cet été, on évoquait ton potentiel retour à Tottenham. Je me disais que ce n’était pas possible, alors que tu étais arrivé seulement six mois plus tôt à Paris. Ça t’a traversé l’esprit de partir ? Ou c’étaient seulement des rumeurs de journalistes ?

Je l’ai expliqué en conférence de presse. Dans le football, il y a beaucoup de rumeurs. Je n’ai pas eu le sentiment que je devais démentir n’importe quel type de rumeur. Moi, j’étais sous contrat. Si des clubs étaient intéressés, ils devaient se mettre en relation avec le PSG. Mais concernant ma relation avec Leonardo et le Président [Nasser al-Khelaïfi], nous avons travaillé étroitement pendant la trêve pour  trouver les meilleures solutions aboutissant à l’effectif que nous avons aujourd’hui. J’étais très tranquille et je n’avais aucun intérêt à réagir aux rumeurs.

Qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter pour la suite, à toi et l’équipe ?

D’atteindre les objectifs que nous avons en tête. De pouvoir arriver au bout de compétitions comme la Ligue 1 et la Coupe de France. Mais aussi d’arriver le plus loin possible en Ligue des Champions. C’est ce qu’espèrent tous les supporters, tous les gens qui aiment le club et tous les joueurs.

Moi aussi, j’en ai envie ! Je nous le souhaite à tous ! Merci beaucoup et bonne saison à tous. 

Merci. J’ai été très content de te voir.

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