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Ligue 1. Savidan : "Arrêter de vendre des entrecôtes et des Coupes de Champagne et retourner sur un banc"

Par Olivier Duc, France Bleu Normandie (Calvados - Orne) et France Bleu Nord jeudi 7 janvier 2016 à 7:00

Steve Savidan, dans son établissement, le K9
Steve Savidan, dans son établissement, le K9 © Radio France - Olivier Duc

La 20e journée de Ligue 1 verra samedi Angers SCO recevoir le Stade Malherbe de Caen. Steve Savidan connaît bien les deux formations. L'une l'a formé, l'autre a été son dernier club. Sept ans après avoir stoppé brutalement sa carrière à Caen, l'ex international se verrait bien devenir entraîneur.

Samedi, Angers SCO reçoit le Stade Malherbe de Caen. C’est un match un peu particulier pour vous ?

Très particulier puisque c’est mon premier club professionnel (Angers) et mon dernier club professionnel (Caen). C’est d’autant plus particulier qu’en tant que supporter de football, aimant le football d’un certain niveau, je suis agréablement surpris de leur performance en tout cas pendant le Ier semestre.

Question piège, lequel des deux a le plus compté pour vous ?

Honnêtement, je ne peux pas choisir puisqu’ils ont été dans deux périodes de ma vie totalement différentes. L'un, où j’ai rêvé d’être international et l’autre où je le suis devenu. Donc je n’ai pas de comparaison à avoir, les deux ont été importants.

"Le club où j'ai commencé ma carrière (Angers) face au club où je l'ai terminée (Caen)"

Vous irez voir le match ?

Oui, je serai avec des amis qui arrivent de Normandie samedi après-midi. On va aller voir ça d’une façon très conviviale et essayer d’apprécier un très beau spectacle.

Votre saison à Caen a été paradoxale dans votre carrière. C’est l’année où vous avez marqué le plus de but en Ligue 1 (14), c’est une équipe où vous avez connu votre sélection en équipe de France mais c’est également le moment où votre carrière s’est brusquement arrêtée et en plus sur une relégation du Stade Malherbe.

Oui, comme quoi ma vie est faite de paradoxe, faite de hauts et de bas. En tout cas, pendant un an j’ai tout eu, j’ai tout connu. Je dirai que mon plus beau souvenir a été l’équipe de France au mois de novembre 2008. Et puis l’un de mes plus mauvais souvenirs, c’est cette descente avec Caen parce que même si je partais à l’époque pour Monaco, je ne trouvais pas trop intéressant de quitter un club qui descend. Je n’étais pas forcément pour partir mais c’est vrai que cela arrangeait un peu tout le monde.

Cet arrêt brutal de votre carrière a été un moment dur.

Oui, d’ailleurs je remercie mes amis de Caen qui nous ont aidé à supporter les quelques semaines où on est resté à Caen, Jean François Fortin aussi nous a aidé avec son épouse à l’époque. Franck Dumas nous a aidé et quelques joueurs nous ont soutenu justement le temps que l’on puisse se retourner et essayer de digérer la pilule qui était difficile à avaler.

Son départ de Caen "J'aurais pu prétendre à 3 millions d'euros."

Comment s’est justement terminée l’histoire avec le Stade Malherbe de Caen ? Êtes-vous parti en bon terme ou est-ce que vous avez une image brouillée par rapport au Stade Malherbe de Caen ?

Alors tout de suite, je vais faire un rectificatif. Oui, on a cassé un contrat, oui au Prud’hommes. Non, je n’ai pas touché un million d’euros puisque la négociation s’était faite avec Jean François Fortin. Et non elle ne s’est pas faite à un million d’euros ni à trois millions d’euros. Elle s’est faîte tout simplement à 400.000 euros. Tout le monde y a retrouvé son compte. Moi, je voulais régler l’affaire assez rapidement. A l’époque, le club descendait et devait passer devant la DNCG donc c’était utile à tout le monde que chacun fasse un effort.

Vous avez besoin d’apporter ce rectificatif ? Vous pensez qu’à l’époque cela a terni votre image ?

Abîmé, je ne sais pas. En tout cas, enjolivé dans le mauvais sens. J’ai eu écho ou le sentiment d’être parti comme un voleur. Ce n’est pas du tout l’image de ma vie et en tout cas ce que je veux en faire. Donc oui, rectifier, c’est toujours intéressant même si c’est six ans après. Je n’ai jamais eu l’occasion non plus d’en parler, je n’ai jamais eu non plus l’envie d’en parler. Cela n’a jamais été le moment. En plus, c’est entre deux personnes, Jean François et même lui ça pouvait le travailler parce qu’à l’époque on en avait vraiment discuté et même rigolé, que la spéculation pouvait se faire. Mais c’était plus une dévaluation qu’autre chose pour nous.

Steve Savidan n'aura joué qu'une saison au Stade Malherbe de Caen (14 buts) - Maxppp
Steve Savidan n'aura joué qu'une saison au Stade Malherbe de Caen (14 buts) © Maxppp - Jean Yves Desfoux

400.000 euros, pour les gens cela peut paraître énorme.

C'est tout simplement un contrat de travail, j’aurais pu prétendre à 3 millions d’euros si j’avais été au bout du combat parce que oui à un moment cela aurait été un combat, un rapport de force entre un club et un joueur, ce qui arrive tous les jours. On le voit dans les médias. Donc j’aurais pu prétendre à 3 millions d’euros mais avec Jean François on est tombé très rapidement d’accord et honnêtement c’était satisfaisant pour tout le monde que cela s’arrête. Parce que le club était aussi dans la merde, il ne savait pas quoi faire du cas Savidan. Ils devaient me replacer dans la structure. Ils m’ont proposé d’être secrétaire, ce que j’ai refusé (rire). Ce n’est pas que je sache compter ni écrire mais ce n’était pas forcément un poste que je voulais et puis ce n’était pas du tout compatible. Intendant, c’était aussi incompatible avec mes préconisations médicales j’en rigole aujourd’hui parce que ce n’est plus le cas….

...parce que vous n’étiez pas autorisé à porter plus de dix kilos à l'époque

Oui. C’est vrai que 350.000 -400.000 euros c’est énorme pour le quidam mais il faut savoir que c’est l’arrêt d’une carrière à 30 ans et il n’y a pas forcément de perspectives d’avenir derrière donc il faut aussi se reconstruire. Faute à pas de chance que cela arrive à moi et à Caen à ce moment-là.

La gestion de son établissement : "C'est même plus dur que lorsque j'étais footballeur."

Aujourd’hui vous tenez un établissement, le K9, vous êtes également bénévole dans le club de foot de Beaucouzé.

Oui. La Ire étape a été de se reconstruire après quinze ans de carrière, un arrêt très brutal. On pourrait même dire un échec. Ca a été de se reconstruire très rapidement parce que je me voyais très mal tourner donc il a fallu que je me replonge sur un projet d’une grosse ampleur. Ça a été de partir dans quelque chose que je maîtrise et que je connais, le commerce. Je suis parti dans la restauration-bar. Cela fait six ans que cela existe. Ça marche pas trop mal. C’est un effort de tous les jours, c’est même plus dur que lorsque j’étais footballeur. Je suis avec mon épouse, mon équipe, ma petite sœur qui est directrice donc on travaille aussi un peu en famille en plein centre-ville d’Angers. Je me suis positionné sur les élections municipales avec le maire actuel où l’on a gagné en tant que colistier. C’était aussi important que quelqu’un venant des quartiers d’Angers se montre, s’affirme et revendique aussi certaines choses pour sa ville et ses concitoyens. Et puis en même temps j’ai repris goût - parce que ce n’était pas une obligation - j’ai repris goût au terrain grâce à mon 2e fils qui évoluait en U6. On m’a proposé de les accompagner et de les entraîner la semaine et l’appétence est en moi. Derrière, j’ai vu un peu plus gros, j’ai retrouvé gout au terrain. Je suis parti faire mes formations, faire mes diplômes à la Zinédine Zidane. Cela m’a énormément plu. J’ai pris vraiment gout à ça. Cette année je passe mon DES (Diplôme d’état supérieur) à Clairefontaine et donc toujours bénévole et en charge de l’équipe des U19 DH à Beaucouzé.

"Avoir mes diplômes, continuer ma formation et pourquoi pas se positionner et démarcher. Pourquoi pas Caen?

On pourrait vous voir sur le banc d’une équipe Pro ?

En tout cas je fais tout pour. Après, le délai…je vais faire exactement comme Zidane je vais dire que je vais prendre le temps de me former. Je vais prendre aussi le temps de me positionner professionnellement puisque je suis chef d’entreprise. Cela ne se fait pas comme cela un changement de vie. Je vais attendre le burn-out des 40 ans pour changer de vie professionnelle. Mais peut-être déjà avoir étape par étape mes diplômes, continuer ma formation en club et l’expérience en club qui me permettra aussi d’avoir des acquis et des expériences diverses et pourquoi pas un moment donné se positionner et démarcher.... Pourquoi pas Caen ?

"Ce qui m'intéresserait ce serait de retravailler avec Jean François Fortin"

Cela vous intéresserait de revenir en Normandie ?

Ce qui m’intéresserait ce serait de retravailler avec Jean-François Fortin parce que c’est quelqu’un que j’estime énormément. C’est un stade que je trouve très agréable et des supporters qui sont toujours derrière leur équipe et la ville, oui c'est très agréable.

Sur les différents clubs, justement, cela pourrait être Angers, Caen, retravailler avec le Nord à Valenciennes ?

Oui, Valenciennes parce que la-haut je suis piqué à vie avec le Nord de la France et particulièrement Valenciennes. J’aime bien parce que cela fait de dix ans maintenant qu’on m’appelle le chtimi alors que je suis né dans le 49, dans le Maine et Loire, qui est assez loin du Nord-Pas-de-Calais. Donc j’ai vraiment cette identité en moi, j’ai ce club en moi et je sais qu’un jour j’y retournerai.

Quand vous dites « pourquoi pas retourner à Caen », c’est une boutade ou une vraie envie ?

J’ai vraiment gardé de bons contacts avec des Caennais, avec des gens aussi de la région et des supporters de Caen que j’ai rencontré et qui sont devenus amis aujourd’hui. C’est vrai qu’aujourd’hui, dans tous les clubs où je suis passé, j’ai gardé un affecte et puis je suis toujours intéressé à retourner où je maîtrise un peu, où je connais, avant de partir un peu dans le flou donc Caen fait partie de ces perspectives.

"Certaines personnes m'ont attribué la descente de Caen en Ligue 2. C'est quelque chose qui m'a toujours affecté"

Est-ce que cela vous chagrine que votre fin de carrière soit le moment le plus fort d’un point de vue professionnel avec votre sélection et en même temps de la voir entachée par cette descente en Ligue 2?

Non, le plus décevant, c’est que certaines personnes du club m’ont attribué la responsabilité de la ligue 2. C’est vrai que c’est quelque chose qui m’a toujours affecté puisqu’on me l’a reproché assez longtemps après.

Pas publiquement

Pas publiquement mais des fois cela fait encore plus mal quand c’est en petit comité. Je l’ai toujours en mémoire. Ce qui m’a permis aussi au départ de ne pas forcément aimer Caen parce que je pensais que c’était un jugement global. Mais comme quoi le temps fait aussi tourner les choses puisqu'aujourd’hui j’ai eu aussi des témoignages avec le temps des gens de Caen qui m’ont dit « mais non, Steve, tu faisais parti d’un collectif. Oui, tu as eu une incidence sur la descente mais tu n’en es aucunement seul responsable.»

"Arrêter de vendre des entrecôtes et des Coupes de Champagne et retourner sur un banc"

Vous touchez encore le ballon ?

J’essaye parce que je n’ai pas envie de prendre de poids (rire). Donc je fais énormément de sport, plus que conseillé mais ce n’est pas bien grave, c’est dans la tête. Je fais énormément de sports, je fais énormément de foot en salle et j’ai la chance d’avoir une catégorie de U19 qui me laisse un petit peu jouer avec eux et j’en rigole pas mal.

Vous parliez du burn-out des 40 ans. Dans 3 ans, où vous voyez-vous et dans quelle carrière professionnelle ?

Et bien arrêter de vendre des entrecôtes et des coupes de champagne et surtout retourner sur un banc d’un certain niveau de football. Pas forcément sur Angers, pas forcément sur Caen ni Valenciennes mais en tout cas, pourquoi pas que cela soit mon métier à temps plein.