Football

Les dix saisons les plus folles du Stade Malherbe de Caen

Par Boris Letondeur, France Bleu Normandie (Calvados - Orne) et France Bleu Cotentin dimanche 22 janvier 2017 à 23:21

Des supporters du Stade Malherbe de Caen en partance pour la finale de la Coupe de la Ligue en 2005.
Des supporters du Stade Malherbe de Caen en partance pour la finale de la Coupe de la Ligue en 2005. © Maxppp - F Laguet

Déjà quatre matchs reportés depuis le début de la saison, un nouveau record pour le Stade Malherbe de Caen. Suivre le club normand, comme supporter passionné, simple spectateur ou journaliste, c'est l'assurance de ne (presque) jamais s'ennuyer. Plongeon dans l'histoire rocambolesque du SMC.

Matchs reportés, pénalties concédés, affaires extra-sportives, exploits retentissants, montées en Ligue 1, descentes en Ligue 2... Difficile de vivre une saison "normale" en Normandie. Sur le terrain, ou en coulisses, de son propre gré ou à son insu, le Stade Malherbe de Caen collectionne les anecdotes extraordinaires. Les fans Rouges et Bleus ne comptent plus les ascenseurs émotionnels, ils vivent aux rythmes des hauts et des bas de leur club de cœur avec l'impression d'avancer dans le chariot d'une montagne russe. Retour sur dix saisons marquantes du SMC.

Exploits sur le terrain, valse des présidents

1987-1988 : Accession à l'élite et agitation en coulisse. Après avoir manqué la montée en barrage en 1987, Caen ne rate pas la marche la saison suivante. Premier, à égalité avec Strasbourg à l'issue de la saison régulière, Malherbe élimine Lyon, puis Niort en barrage pour accéder à la D1 pour la première fois de son histoire. Alors que tout va bien sur le terrain, c'est mouvementé en coulisse. Au cours de la saison, le président Serge Viard est remplacé par Jean-Jacques Fiolet, et l'entraineur Pierre Mankovski annonce qu'il part entrainer Le Havre la saison suivante.

1991-1992 : La peur de la faillite, la récompense Coupe d'Europe. Malgré un début de saison poussif et de très gros problèmes financiers, le Stade Malherbe décroche la 5ème place de Division 1. En principe, cette position n'est pas qualificative pour une coupe d'Europe mais le drame de Furiani "profite" aux Caennais. La demi-finale entre Bastia et Marseille ne se joue pas, la coupe de France n'a pas de vainqueur. La Fédération et la Ligue s'entendent pour donner le ticket pour l'Europe au 5ème de D1 : bingo pour Caen, qui peut remercier son maire Jean-Marie Giraud, son nouveau président Guy Chambily et la solidarité normande des entrepreneurs locaux qui parviennent à combler le déficit du club. En parallèle, la première pierre du stade d'Ornano est posée.

1992-1993 : Saragosse, Gravelaine et le Bayern. Qualifié pour la première fois de son histoire en Coupe d'Europe (C3), Caen écope du Real Saragosse, l'équipe qui monte en Espagne. Au terme d'une double-confrontation aux scénarios improbables, l'équipe de Daniel Jeandupeux est éliminée dès son entrée en lice (3-2, 0-2). En championnat, la saison est moyenne. Caen brille par intermittence sous les exploits de sa pépite Xavier Gravelaine, 22 buts toutes compétitions confondues. Au terme de la saison, le SMC dit adieu au stade de Venoix et inaugure le stade d'Ornano par une victoire étincelante contre le Bayern Munich (4-1).

Le début de l'ascenseur

2003-2004 : Des montagnes russes et la remontée tant espérée. Descendu en 1997, le SMC peine à retrouver l'élite malgré le beau jeu prôné par Pascal Théault. Patrick Remy le remplace et parvient à emmener le club en Ligue 1 au terme de sa deuxième saison sur le banc malherbiste. Après un départ catastrophique (3 défaites, 2 nuls) et une place de lanterne rouge, Caen enchaine seize matchs sans défaites, dont dix victoires. Comme souvent, l'hiver est rude au SMC qui ne gagne que deux matchs sur sept en janvier-février, mais encore une fois, le sprint final sera royal avec neuf victoires en douze matchs, Caen retrouve la L1. Pour l'anecdote, le 27 septembre 2003, Caen bat Saint-Etienne pour un double-anniversaire : les 10 ans du stade d'Ornano et les 90 ans de la création du club.

2004-2005 : Une finale qui coûte cher. Caen retrouve la Ligue 1 après huit ans à l'échelon inférieur. Avec une équipe inexpérimentée, Malherbe ne remporte que quatre matchs lors de la phase aller. Pire, le club normand ne gagne que deux fois entre la 15ème et la 32ème journée, même si Lyon, futur champion, Monaco (3ème) et Marseille (5ème) figurent au tableau de chasse des Normands. Ce parcours contraste avec l'épopée en Coupe de la Ligue où Caen s'incline en finale contre Strasbourg. L'entraineur, Patrick Remy est limogé, remplacé par Franck Dumas, devenu entre temps directeur sportif. Donnés condamnés à quatre matchs de la fin, les Caennais retrouvent espoir en alignant trois victoires consécutives mais trébuchent finalement à Istres, pourtant déjà relégué, lors de la dernière journée, et redescendent en Ligue 2.

La déception des Caennais après la défaite en finale de la Coupe de la Ligue face à Strasbourg (1-2). - Maxppp
La déception des Caennais après la défaite en finale de la Coupe de la Ligue face à Strasbourg (1-2). © Maxppp - Stéphane Geufroi

2008-2009 : L'imbroglio Savidan, la descente et Gouffran. A l'intersaison, Caen perd sa pépite Yoann Gouffran qui est remplacé par l'un des attaquants vedettes de L1, Steve Savidan. L'ex-Valenciennois marque 16 buts en 41 matchs sous le maillot rouge et bleu et obtient sa première et unique sélection en équipe de France, une première pour un Malherbiste depuis Fabrice Divert en 1991. La suite est moins glorieuse pour l'attaquant qui se signale plus par son comportement que par ses performances. Caen enchaine quinze macths consécutifs sans victoire mais peut toujours se maintenir lors de la dernière journée. Malherbe doit battre Bordeaux, qui de son côté, serait sacré champion en cas de victoire. Les Girondins s'imposent 1-0 grâce à un but de Gouffran. Caen redescend en L2 et Steve Savidan voit sa carrière s'arrêter brutalement. Alors qu'il doit signer à Monaco, et rapporter un beau pactole au SMC, on lui détecte une anomalie cardiaque. Le transfert ne se fera jamais.

Une remontée, un projet et des saisons folles

2013-2014 : Une remontée venue de nulle part pour le Centenaire. En octobre 2013, le SMC célèbre ses 100 ans par une belle victoire 3-0 contre l'AC Milan mais le lendemain de fête est difficile à digérer car Caen ne remporte que deux de ses huit matchs avant la trêve. Seulement 8ème après 23 journées, avec six points de retard sur le podium, le Stade Malherbe réalise un superbe sprint final symbolisé par une invincibilité de douze matchs dont huit victoires. Anecdote marquante de la saison : l'imbroglio du match Caen - Nîmes. Le brouillard au dessus de la Normandie empêche les Crocodiles d'arriver à temps à d'Ornano. D'abord gagné, logiquement sur tapis vert, le match est donné à rejouer. Caen fait plusieurs fois appel mais doit finalement disputer la rencontre entre les deux dernières journées de championnat, une décision pourtant contraire au règlement. Terminé sur une score nul (1-1), ce match valide la montée du Stade Malherbe.

Fajr, Duhamel, Kanté et Calvé célèbre la victoire de Caen face au Milan AC de Nocerino lors du match du centenaire du club normand. - Maxppp
Fajr, Duhamel, Kanté et Calvé célèbre la victoire de Caen face au Milan AC de Nocerino lors du match du centenaire du club normand. © Maxppp - Jean-Yves Desfoux

2015-2016 : La meilleure saison à d'Ornano. L'année 2015 est un cru exceptionnel au SMC. Sur la lancée d'un maintien extraordinaire, Caen reprend la saison en marchant sur la Ligue 1. Avec une solide base défensive et l'apport du trio offensif Rodelin-Bessat-Delort, Malherbe manie l'art du contre et récolte neuf victoires en quinze matchs. A la trêve, Caen est 4ème et même si la phase retour est moins aboutie, le club normand termine à la 7ème place de Ligue 1, le meilleur classement de son histoire au stade d'Ornano.

2016-2017 : Les caprices météorologiques. Lors du dévoilement du calendrier de la saison, au mois de juin, on avait déjà un mauvais pressentiment sur la saison de Caen. La disposition des matchs n'était pas pour favoriser le club normand mais nous étions loin de penser que la météo y ajouterait de la complication. Quatre matchs reportés pour cause de brouillard ou de gel, cela ne s'était encore jamais vu. Et ce n'est peut-être pas fini...

L'incroyable saison 2014-2015

Après deux années au purgatoire, Caen est de retour dans l'élite du football français, bien décidé à s'y installer durablement. A l'intersaison, Xavier Gravelaine est revenu au club dans le costume de directeur général, avec le Projet 2020 dans la mallette. Première originalité, le SMC doit disputer ses deux premiers match "à domicile" au Mans, dans le MMArena à cause des Jeux Equestres Mondiaux organisé en Normandie : deux défaites.

Malgré deux victoires à l'extérieur pour entamer la saison, Caen n'est pas au niveau et termine la phase aller avec seulement 15 points au compteur, soit cinq de retard sur le premier non relégable. Mis à part Sochaux en 2008/2009, aucun club n'avait réussi à se sortir de pareil bourbier, d'autant plus qu'en coulisse, la justice s'en prend au SMC, le soupçonnant d'avoir arrangé le "match de la montée" contre Nîmes la saison précédente.

Nicolas Benezet, auteur d'un doublé, a largement contribué à l'exploit caennais face à Lyon en mai 2015.  - Maxppp
Nicolas Benezet, auteur d'un doublé, a largement contribué à l'exploit caennais face à Lyon en mai 2015. © Maxppp - Jean-Yves Desfoux

En plus de cela, les Malherbistes collectionnent les pénalties concédés : 15 en 28 matchs, record d'Europe ! Pourtant, malgré cette guigne, Malherbe se sauve, faisant appel à Gérard Baglin, un coach mental, ramenant notamment une victoire du Vélodrome malgré deux buts de retard (3-2) et un nul du Parc des Princes (2-2) avec le même handicap et une fin de match à 11 contre 9 alors qu'aucun joueur parisien ne voit rouge. L'apothéose de cette saison formidable étant la victoire 3-0 contre Lyon, alors encore en course pour le titre.