Rugby

"C'est un essai qui est resté dans toutes les mémoires" : Guy Accoceberry 20 ans après l'essai du bout du monde

Par Aurélie Bambuck, France Bleu Gironde mercredi 2 juillet 2014 à 22:57

"C'est un essai qui est resté dans toutes les mémoires" : Guy Accoceberry 20 ans après l'essai du bout du monde

Le 3 juillet 1994, le XV de France remportait pour la première fois de son histoire une série de test-matches en Nouvelle-Zélande. La France s'est imposée 23-20 dans le dernier match à Auckland, en inscrivant à la dernière minute "l'essai du bout du monde". Une action lancée depuis les 80 mètres néo-zélandais. C'est le bordelais Guy Accoceberry qui a fait la dernière passe à Jean-Luc Sadourny.

Il a fait partie du XV de France qui remporta pour la première fois de son histoire la tournée en Nouvelle Zélande : Guy Accoceberry revient sur une action mythique. Entretien.

Guy Accoceberry : L'essai du bout du monde c'est parce qu'il y a cette action de 80 mètres , elle nous permet surtout de gagner la série de test en Nouvelle-Zélande, chose qui n'est arrivée qu'une seule fois pour l'équipe de France.

Des All Blacks revanchards

Les Néo-Zélandais sentent qu'on est quand même à portée de fusil, il reste quelques minutes, mais ils jouent le score. Donc sur l'action précédente, déjà l'ouvreur néo-zélandais avait occupé le terrain en tapant loin dans nos 22 mètres. Jean-Luc Sadourny avait récupéré le ballon, avait hésité à relancer, et avait dégagé en touche. C'est Philippe Saint-André , sélectionneur actuel et capitaine de l'époque qui l'avait repris de volée en lui disant "Jean-Luc il faut la jouer, dans deux minutes c'est fini il faut tenter quelque chose" .  Et donc sur la touche suivante le Néo-Zélandais retape dans les 22 et là ça tombe dans les mains de Philippe Saint-André. Il hésite à dégager lui aussi et puis je pense qu'il se rappelle de ce qu'il venait de dire à Jean-Luc donc il tente la relance qui est un peu suicidaire au début parce que les All Blacks étaient bien remontés, donc il part d'assez loin, un peu dans l'inconnu , mais après tout s'enchaîne .

Une préparation au diapason

On était parti pratiquement sept semaines pendant cette tournée. On était passé par le Canada, et l'équipe montait en puissance toutes les semaines. On avait battu trois semaines avant l'équipe B des All Blacks, on avait battu la semaine avant les blacks sur le premier test, donc là tout s'est enchaîné presque normalement , dans le tempo.

Les ballons sont sortis comme il fallait. Sur la première action, le premier regroupement, quand Philippe Saint-André est pris, c'est Jean-Michel Gonzalez, le talonneur de l'époque qui arrive juste avant moi, au lieu de prendre le ballon et de percuter, il ouvre comme un vrai demi de mêlée. Derrière Christophe Deylaud lance bien l'attaque, Abdelatif Benazzi se trouve en position de trois-quarts centre et fait le geste juste, il permet à Ntamak de griller Jonah Lomu qui était en face de lui .

Ça me fait penser à une partition de musique tout est juste dans le tempo, on arrive tous et moi je suis l'action dans l'axe du terrain, et je vois que ça va rebondir, ça va revenir dans le milieu du terrain, donc je garde cette course et  je prends le ballon pour aller marquer. Ma première idée c'était : je prends, il n'y a plus personne, j'y vais, il est pour moi, et je marque pas parce qu'il reste une petite trentaine de mètres et je vois jamais arriver cette ligne et là après c'est en regardant à droite, j'aperçois les adversaires qui arrivent comme des flèches . Ils me faisaient penser à deux vaches landaises qui arrivent en travers pour m'encorner. Donc je regarde vite à gauche et là il reste Jean-Luc Sadourny pas très loin et Philippe Saint-André. Quand je les vois j'ai même pas essayé de voir si j'étais loin de la ligne, instinctivement j'ai fait la passe pour sauver le ballon le mettre loin des adversaires all blacks qui revenaient, et Jean-Luc conclut l'essai.

C'est la période de ma carrière où je me sens le mieux physiquement. Le rugby n'était pas encore professionnel, on s'entrainait deux à trois fois par semaine et là en partant sur une tournée aussi longue, on était rentré dans des rythmes de deux entrainements par jour. On n'a jamais été aussi bien physiquement. On a tous fini cette tournée plus affuté, les plus lourds ont perdu 8 kilos. On a à ce moment là les capacités physiques et techniques pour réaliser cet essai et on le fait. C'est une action qui n'a pas vieilli même 20 ans après, il y a de la technique, de la rapidité, de la fluidité.

Guy Accoceberry redécouvre les images de l'essai du bout du monde - Radio France
Guy Accoceberry redécouvre les images de l'essai du bout du monde © Radio France