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Dossier : Coronavirus

Confinement : le Stade Montois Rugby boit du maté

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Par , , France Bleu Gascogne

Agustin Ormaechea, demi-de-mêlée uruguayen du Stade Montois, prend son mal en patience. Au chômage partiel comme les autres joueurs du club, il ne broie pas du noir pour autant et avait même prévu le confinement. Portrait d’un optimiste.

Agustin Ormaechea, demi-de-mêlée uruguayen du Stade Montois
Agustin Ormaechea, demi-de-mêlée uruguayen du Stade Montois - © Romain Tastet - SMR Pro

Il y a plus de 10.000 kilomètres entre Mont-de-Marsan et Montevideo, entre le stade André et Guy Boniface et le Stadium Camino Carrasco. Deux mondes et un océan au milieu. Et pour liaison, un ballon ovale dont les rebonds capricieux font, défont et refont son existence. Les deux univers d’Agustin Ormaechea. Le petit demi-de-mêlée de poche montois est partagé ainsi depuis son arrivée à l’été 2009 dans la préfecture des Landes. 

Entre racines et adaptation indispensable. Il fallait oser. Les adieux, d’un tout jeune homme de 23 ans alors, au Rio de la Plata pour rejoindre une terre inconnue et les bords de Midouze. Sacré grand écart. "Le rugby moderne", lâche t- il, "ses obligations, si tu veux exister, chez moi, il faut partir". 

Loin de la Plata, en bord de Midouze

Oggy, son surnom, est garçon jovial, enjoué, bouille de farce attrapes, le genre de gamin heureux qui aime la vie, et chope le bonheur dès qu’il passe à portée. A son arrivée dans les Landes, il savait dire bonjour, il a appris le reste. Vite. Étrange destin encore une fois d’un "rubypède" des terres australes venu courir la fortune sur les près de l’hémisphère nord. 

Quand il est arrivé à Mont-de-Marsan, son père l’accompagnait. Une légende, l’Ormaechea majeur. Le senior est une sorte de mythe en pays d’ovalie de gauchos. C’est lui qui a déterminé le fiston à s’habiller en jaune et noir. Pour la culture particulière du jeu local dont la réputation a traversé l’Atlantique, pour l’histoire du club préfectoral, par respect pour les grands anciens du Stade que le patriarche admire. Agustin tient de son père l’amour de l’aventure, la passion du rugby. Il faut rappeler en effet que le géniteur d’Oggy est un sacré phénomène.

Il sort comme son rejeton d’un club illustre en Amérique latine, le Carrasaco Polo, organisation omnisports prestigieuse et référente de la capitale uruguayenne. Le club bleu et noir a envoyé son équipe à 24 reprises au titre national. Le quinze, discipline d’élite bien plus que le football, importée par les émigrés britanniques et basques. Diego Ormaechea, l’incitateur, a été rugueux troisième ligne centre dans les années 80 et 90, ardent, puissant, roublard. Ensuite, capitaine des "Teros",  65 sélections, la coupe du monde 1999 et enfin sélectionneur national puis désormais entraîneur de son club natal. Une légende. A 40 ans, le Diego avait été le doyen de la coupe du monde 99 en étant aligné à son poste contre l’Espagne et l’Ecosse, l’Uruguay terminant à la troisième place de sa poule qualificative. 

Le sang du vétérinaire de Montevideo fait battre les artères d‘Agustin : "Je suis arrivé à Mont-de-Marsan sans trop savoir sur le rugby français en dehors de ce que mon père m’avait raconté. Je connaissais les grands joueurs et je savais entrer dans un club historique." Oggy passe quatre saisons dans la cité aux trois rivières puis signe à Strasbourg en Fédérale Une. "Il faisait trop froid l’hiver là-bas, les gens sont gentils, mais la vie est très différente de celle que j’avais connu dans les Landes, ici ce sont des latins, nous sommes de cultures proches, l’Alsace c’est tellement différent". 

Agustin Ormaechea revient en Gascogne dans la pépinière montoise en 2018. L’occasion aussi pour lui de disputer son deuxième Mondial avec l’Uruguay à l’automne dernier, de signer sa quarante-deuxième sélection et son cent cinquantième point.

Le confinement sans état d’âme d’un coureur de gazon

Oggy ne s’ennuie pas. La maison dans laquelle il vit en plein centre de la préfecture est voisine d’un grand parc arboré et dispose d’un petit jardin. "J’avais vu venir le confinement, quand l’Italie a été touchée je me suis dit que nous allions nous aussi être condamnés à rester chez nous. Je suis donc allé tout de suite acheter de quoi me monter une salle de de sport dans mon garage. J’ai de quoi faire. Deux fois deux heures quotidiennes de musculation et de foncier. Un peu de course. Je n’ai pas à me plaindre. J’ai aussi pour me défouler un sac de boxe dans lequel je cogne quand le temps me semble trop long". 

Agustin Ormaechea bosse aussi son diplôme de moniteur de sports, de culturisme et de préparateur physique, pour après le rugby. Il a eu 29 ans le 8 mars. Il espère laisser du temps à son temps ovale sur l’herbe avant de voir venir, autrement. Ailleurs. 

Un mal pour un bien, comme d’autres, il a redécouvert les bonheurs de la lecture, il lit comme jamais Oggy, de tout, pour ouvrir son esprit à des horizons neufs que son quotidien rugbystique fixé à répétitions l’empêchait d’entrevoir jusqu’alors. Il partage ainsi ses journées sans ballon avec sa fiancée, une américaine de San Francisco, rencontrée il y a cinq ans lors de vacances en Grèce. Il discute en ligne, bien sûr aussi, avec ses copains du monde, avec ses camarades stadistes comme lui reclus dans un coin de France, "où l’on vit la situation bien moins mal qu’ailleurs".

C’est loin l’Amérique ! 

Les vacances à Mar del Plata, de l’autre côté de l’estuaire, ou Punta del Este, les "asados" de la fin de semaine avec la famille, oubliés pour l’instant. Les quartiers de bœuf grillés sur le feu brûlant avec frères et cousins attendront des jours meilleurs. 

Pour tromper la frustration, Agustín Ormaechea discute régulièrement avec ses parents de la situation en Uruguay, où la tension n’est pas aussi forte qu’ici. Sa mère diététicienne a cependant fermé son cabinet. Il raconte aux siens la crise vue d’Europe. Et puis en sirotant son "maté", sa tisane d’herbe qu’il laisse infuser dans sa "bombilla", il échange sur là-bas avec Juan Capiello et Carlos Muzzio, les deux cousins argentins du Stade Montois. En jetant un œil aux consignes d’hygiène et aux recommandations de ses entraîneurs avec lesquels, comme les autres, il est en contact constant. 

Oggy, joueur toujours qui galope pour l’heure dans sa tête, des fourmis dans les jambes. Augustin Ormaechea qui regarde ses crampons inutiles en songeant, bientôt il l’espère, retrouver sa troupe, se retrouver au milieu de sa horde ovale. Bientôt.

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