Rugby

La France contre la Nouvelle-Zélande : les entraîneurs du Top 14 et de Pro D2 sont sceptiques

Par Yves Maugue, France Bleu Paris Région, France Bleu Béarn, France Bleu Gironde, France Bleu Isère, France Bleu La Rochelle, France Bleu Pays d'Auvergne, France Bleu Provence et France Bleu vendredi 16 octobre 2015 à 14:56

Bernard Laporte fait partie des entraîneurs qui veulent y croire.
Bernard Laporte fait partie des entraîneurs qui veulent y croire. © Maxppp

Faut-il croire aux chances du XV de France contre la Nouvelle-Zélande ce samedi soir (Cardiff, 21h) en quart de finale de la Coupe du monde. Les reporters de France Bleu ont posé la question partout en France aux entraîneurs du Top 14 et du Pro D2. Voici leurs pronostics.

La France du rugby croit-elle aux chances des Bleus ce samedi soir en quart de finale de la Coupe du monde face aux All Blacks. Dans l'entourage de l'équipe de France, on se veut optimiste à l'image d'un Serge Blanco qui estime que le meilleur atout des Bleus est d'être français. Mais qu'en est-il dans les clubs qui accueillent au quotidien les joueurs de l'équipe de France. Les techniciens des clubs e Top 14 et de Pro D2 ne sont pas très optimistes sur le résultat final.

La théorie de la réactivité

Franck Azéma est l'entraîneur de Clermont. Il connait le haut niveau, finaliste de la Coupe d'Europe et du Top 14 la saison dernière avec l'ASM. "Tu joues les champions du monde, la motivation sera forcément là. Après, il faudra suffisamment de clarté et de précision pour les faire douter et faire basculer le match. Les Français ont cette réputation d'être en réaction. Tu viens de prendre une claque ce week-end, c'est le meilleur contexte pour jouer les Blacks en suivant, même si les joueurs auraient préféré avoir un peu plus de certitudes".

Franck Azéma : "Les Français ont la réputation d'être en réaction".

Franck Azéma, alors adjoint de Jacques Brunel à Perpignan, a travaillé avec la star des All Blacks, l'ouvreur néo-zélandais Dan Carter. C'était en 2009. Carter s'était rapidement blessé mais il était resté au club jusqu'à la finale du Top 14 remportée cette année là par l'USAP. "L'expérience a été très enrichissante. Dan Carter a fait preuve de beaucoup de simplicité. Il avait l'envie de partager et de faire progresser les gens autour de lui. Avec le recul, maintenant que j'ai rencontré d'autres Néo-Zélandais comme Benson Stanley ou Hosea Gear, tu vois que c'est culturel. Mais non seulement Dan Carter est un très bon joueur, tout le monde le sait, mais c'est aussi un bon mec".

Un match trop long

Entraîneur du Stade Français champion de France en titre, Gonzalo Quesada a joué 38 matches avec l'équipe d'Argentine. Il a disputé deux Coupes du monde en 1999 et 2003. Il s'occupait aussi des buteurs du XV de France lors de la dernière Coupe du monde en Nouvelle-Zélande. "Ça va être très difficile pour les Bleus. La France a les moyens de bloquer les attaques néo-zelandaises, de les mettre en difficulté. Mais il faudra énormément de mental pour tenir 80 minutes sans que des doutes s'installent alors que le XV de France ne parait pas en pleine confiance. 80 minutes contre les Blacks c'est vraiment très long"

Gonzalo Quesada : "80 minutes contre les Blacks, c'est très long."

Le plus néo-zélandais

Simon Mannix est le manager de la Section Paloise. L'ancien ouvreur a joué avec Philippe Saint-André dans le club anglais de Gloucester. Il a porté le maillot des Blacks une fois, en 1994. Il accueillera après la Coupe du monde Conrad Smith et Colin Slade. Il est très réservé sur les chances des Bleus. "Je sens que pour les Français ça va être compliqué. Physiquement, ils sont vraiment bien dans cette Coupe du monde. Mais contre les Blacks tu as besoin d'être fort physiquement, techniquement et tactiquement. Si la France est légère sur ces domaines technique et tactique, ce sera très compliqué. Mais sur 80 minutes, tout est possible."

Simon Mannix : "Compliqué pour les Français."

Réaliste avant tout

François Gelez est l'entraîneur des lignes arrières de Perpignan. L'ancien ouvreur 8 fois international et qui a participé au Grand Chelem en 2002 n'y croit pas vraiment. "Je le sens mal, mais je crois ne pas être le seul. J'ai peur qu'on n'ait pas les armes offensives pour répondre aux Blacks. Si on passe 80 minutes à défendre, on va y laisser des plumes. C'est ce qui s'est passé contre les Irlandais qui nous ont eu à l'usure. Et puis je pense que les Blacks ont de la mémoire et qu'ils n'ont pas oublié ce qui s'est passé il y a huit ans. Maintenant, on espère une surprise. Le joueurs n'ont plus rien à perdre. Ça peut éveiller une prise de conscience chez les joueurs. Mais objectivement, ça va être très difficile".

François Gelez : "J'ai peur qu'on n'ait pas les armes"

Le plus patriote

Sylvain Bégon est l'entraîneur des avants de Grenoble. Il connait la difficulté de la tâche du XV de France mais va pousser derrière les Français. "On voit ce que l'équipe de France a fait depuis le début de cette Coupe du monde. On sent une équipe un peu en difficulté. En face, les Blacks déroulent leur rugby et n'ont pas eu à forcer leur talent. La surprise peut venir de là, du fait qu'il s'agira du premier match compliqué pour la Nouvelle-Zélande. Quand on voit les forces en présence, on n'est pas rassuré. Les Français sont irréprochables dans leur investissement mais ils manquent de repères collectifs. Et contre les Blacks, il faudra plus que de l'énergie et de l'envie. Ce sera sans doute compliqué mais on sera devant notre poste de télé et on sera habillé en bleu".

Sylvain Bégon : "Quand on voit les forces en présence, on n'est pas rassuré."

Optimiste malgré tout

Patrice Collazo est l'entraîneur de La Rochelle qui vit sa deuxième saison de Top 14. L'ancien pilier se veut résolument positif et il est à fond derrière les joueurs du XV de France. "J'ai tendance à croire au choc psychologique. Peut-être qu'il va se produire sur ce match contre la Nouvelle-Zélande. Ils peuvent le faire oui mais c'est un avis personnel. Plutôt que les tailler, mieux vaut les encourager. Les Français présents sur la feuille de match vont prendre conscience de l'importance du moment et du privilège qu'ils ont".

Patrice Collazo : "Ils peuvent le faire."

Supporter à la télé

Bernard Laporte, l'entraîneur de Toulon, sera dans les tribunes du Millenium de Cardiff pour commenter la rencontre sur TF1 aux côtés de Christian Jeanpierre. : "Moi je suis supporter, tu le sens bien à l'antenne. Je pleure quand ils perdent. Et je m'énerve aussi. Il y a dix pour cent de chance, vingt, peut-être trente. Je ne sais pas. Il y a des chances. Ce n'est pas parce que personne ne va miser 5 euros sur le XV de France qu'il ne peut pas l'emporter. Cela s'est déjà passé plusieurs fois. Donc on n'est pas favori, mais il y a une chance de gagner".

Bernard Laporte : "Il y a une chance de gagner."

►►► Retrouvez notre dossier spécial Coupe du monde ici

►►► A lire aussi : Cinq choses que vous ne savez pas sur les All Blacks