Rugby

Lionel Beauxis : "en 2007, on avait qu'une envie : marcher sur les Blacks"

Par Jérémy Marillier, France Bleu Gironde et France Bleu vendredi 16 octobre 2015 à 8:22

Lionel Beauxis
Lionel Beauxis © Radio France

C'était il y a huit ans. La France créait l'exploit en battant la Nouvelle-Zélande (20-18) en quarts de finale de Coupe du monde, à Cardiff. L'ouvreur de l'UBB Lionel Beauxis était titulaire ce jour-là. Il témoigne à quelques heures d'un nouveau quarts entre les deux nations, toujours à Cardiff.

France Bleu : Il y a huit ans, vous étiez titulaire à l'ouverture lors de ce quart de finale entre la France et la Nouvelle-Zélande. C'était déjà au Millennium de Cardiff. Vous arrive-t-il d'y repenser ?

Lionel Beauxis : Bien sûr que je repense à ce match. Quelques images sont ressorties dernièrement à la télévision, donc on y pense. Ce match là, il restera à jamais gravé dans ma mémoire.

Qu’est ce qui avait fait la différence ce jour-là ?

C’est un tout. Déjà, contre les Blacks, la motivation vient toute seule, pas besoin de la chercher. L’ambiance qu’il y avait ce soir-là au Millennium était impressionnante, surtout que le toit était fermé. Cette rencontre, on l’avait bien préparé. On savait qu’il ne fallait pas les laisser jouer, qu’il ne fallait pas les regarder. Au contraire, on savait qu’il fallait aller les chercher en défense, être très bon sur nos bases et marquer des points quand ils se présentaient.

Pour moi, cette année, c'est du 50/50.

Le choix de Bernard Laporte (le sélectionneur de l'époque) de vous titulariser à l’ouverture, cela faisait partie de cette stratégie ?

Bien sûr, ça faisait partie de notre stratégie, celle d’aller jouer chez eux. Ce jeu au pied long, ça faisait partie des plans pour leur mettre une grosse pression pour ne pas qu’ils campent trop dans notre moitié de terrain. Cette tactique a plutôt bien marché. Et l’essai de Yannick Jauzion, avec cette percée de Frédéric Michalak, nous a fait le plus grand bien. J’insiste encore là-dessus, mais il ne faut pas les laisser jouer, ne pas leur donner de points gratuits. 

Une stratégie à reproduire aujourd'hui ?

Par rapport à ce que j’ai vécu en 2007, si j’ai un conseil à donner au XV de France, c’est bien ça. Cette année, les Blacks ne sont pas excessivement impressionnants, ils font pas mal de fautes de main. En les prenant à la gorge, en leur mettant de la pression, ça peut le faire. Pour moi, cette année, c'est du 50/50 entre la France et la Nouvelle-Zélande. Ces matchs couperet, tant qu'ils ne sont pas joués, ils ne sont jamais gagnés. Les Bleus devront être très forts sur les bases et prendre les points dès qu'ils se présenteront à eux.

Notre réponse au haka en 2007 ? Ça s'est fait naturellement, c'était une sorte de défi.

Le quart de finale France-Nouvelle-Zélande en 2007, c’est aussi ce haka. Une équipe de France avec des tee-shirts bleu-blanc-rouge, venue au contact des Blacks. Cette mise en scène, vous aviez mis du temps à la préparer ?

Non, ça s’est fait naturellement, c’était une sorte de défi. Pareil pour les tee-shirts, il n’y a qu’une partie du vestiaire qui était au courant, on nous les a distribués dans les vestiaires. Personnellement, je ne savais pas que l’on allait faire ça. Avec le recul, je pense que ça nous a mis un coup de pression supplémentaire pour répondre présent. Pendant le haka, le défi du regard était plein d’émotions (Lionel Beauxis a défié l'arrière Leon Macdonald, ndlr). On passe par tous les états. On avait qu’une seule envie, c’était de leur "passer dessus". Tout ça nous a encore plus motivé.

Huit ans après ce quart de finale, quels souvenirs précis avez-vous gardé de votre prestation ?

C’est compliqué, je ne me souviens pas de tout avec précision. Le match, je l’ai regardé il y a deux semaines, je ne l’avais pas revu depuis des lustres. Il y a des flashs qui ressurgissent, par exemple la course de Jean-Baptiste Elissalde qui part en touche et on lui saute tous dessus après. Je me souviens aussi des pénalités, de la transformation où le ballon touche le poteau avant de rentrer. Plein de moments comme ça reviennent à la surface de temps en temps.

Cette transformation avec le poteau rentrant, elle remettait définitivement les Bleus dans le match. Qu'avez-vous ressenti en voyant la trajectoire du ballon à ce moment-là ?

Je m’en souviens très bien. La trajectoire était bonne et tout d’un coup je vois le ballon qui se met à fuir de plus en plus vers le poteau. J’ai serré les dents, il y a eu poteau rentrant. Forcément, il y a eu un grand soulagement.

Quand on bat les Blacks en quart de finale, ce que l'on souhaite au XV de France ce samedi, est-ce facile de se replonger après dans la suite de la compétition, comme vous en 2007 ?

Non, c’est vraiment difficile. On ne s’en rend pas compte sur le moment, mais on laisse beaucoup d’énergie quand on joue contre la Nouvelle-Zélande. On y laisse un influx nerveux vraiment très important. En plus, j’étais très jeune (21 ans à l’époque) et je pense en avoir laissé beaucoup plus que les autres. Après une victoire contre eux, il faut savoir se remettre en route, j’espère que le XV de France pourra expérimenter ça cette année.

Quel pronostic pour le quart de finale de cette année, justement ?

Une victoire étriquée, 25-20 pour la France. Ce serait bien.

France - Nouvelle-Zélande, le résumé de la victoire des Bleus en 2007

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