Rugby

Michael Cheika, entraîneur de l'Australie : "je ne veux pas être le meilleur du monde, mais être fier de mon équipe"

Par Yves Maugue et Arnaud Carré, France Bleu Gironde et France Bleu mardi 20 octobre 2015 à 12:39

Michael Cheika, le sélectionneur des Wallabies.
Michael Cheika, le sélectionneur des Wallabies. © Maxppp

Après la qualification arrachée contre l'Écosse, les Australiens entament la préparation de leur demi-finale contre l'Argentine (dimanche, 17h) dans la banlieue chic de Londres, sur les bords de la Tamise. C'est au Lensbury Hôtel que le sélectionneur Michael Cheika s'est confié France Bleu.

France Bleu : Vous avez frôlé l’élimination face à l’Ecosse et vous affrontez une équipe argentine qui n’a rien à perdre ?

Michael Cheika : Nous non plus. A ce point là, c’est presque comme un nouveau tournoi. On laisse tout derrière et on a un match pour arriver en finale de coupe du monde. On va attaquer ce match en se concentrant surtout sur nous-mêmes. Il y a un an, les gens ne pensaient pas qu’on allait arriver jusqu’ici. Donc il faut prendre l’opportunité, faire le maximum pour ne pas avoir de regrets et être sûr de ce qu’on va faire dimanche. Après, on verra.

Les gens se lèvent à 3h du matin et peuvent se recoucher en étant content de leur équipe.

Comment votre parcours est-il vécu en Australie ?

Ça fait un moment qu’on est parti donc j’ai presque oublié. On a eu quelques années de désillusions pas seulement dans la performance mais aussi hors du terrain. Nos supporters n’étaient pas contents. Ce qu’on voulait faire c’est de les rendre fiers de nous avec un certain style de jeu et avec un engagement total dans chaque match. Comme ça, les gens qui se lèvent à 3h du matin, ils peuvent se recoucher ou aller travailler en étant contents de leur équipe de rugby. Changer les gens qui espéraient en des gens qui croient. Ca c’était notre objectif. Et comme on est resté dans le tournoi malgré une poule difficile, ils croient un peu plus en nous. On veut leur donner encore deux semaines de ça.

Michael Cheika : "Les gens espéraient, maintenant ils croient en notre équipe"

En fait, tout ce que n’a pas réussi l’équipe de France…

Avant de venir dans cette équipe, en tant que supporter de l’Australie, c’est ce que je voulais. Pas être la meilleure équipe du monde mais être fier de mon équipe. Ce ne sont pas les résultats qui font ça mais la manière, le comportement hors du terrain comme représentant de l’équipe d’Australie. La joie qu’ils ont quand on joue, c’est ça le rugby. C’est l’opportunité de donner du plaisir aux gens qui vivent dans un monde difficile où ils n’en ont pas beaucoup.

Cette demi-finale, c’est aussi un match spécial pour votre spécialiste de la mêlée, l’Argentin Mario Ledesma ?

On a eu la possibilité de jouer l’Argentine en Rugby Championship et c’était déjà des émotions pour Mario. Mais je ne veux pas qu’il change de nationalité. Son métier avec nous c’est de faire le maximum et on sait toujours que lui donne 120% à chaque fois qu’il entraîne l’équipe. Je sais que dimanche son émotion sera pour que notre pack soit très performant.

Le feeling joueurs-entraîneurs est très important pour une équipe.

Pourquoi l’avez-vous fait venir et comment l’avait vous convaincu ?

Quand j’étais au Stade Français, j’ai vu Mario comme joueur à Clermont. C’était la coupe du monde 2011 et je voulais l’emmener ainsi que Gonzalo Quesada. Mais ils étaient tous les deux engagés, Mario avec l’Argentine et Gonzalo comme technicien chargé des buteurs avec l’équipe de France. J’aimais la combinaison de ses mecs. Pour moi, Mario a surtout la connaissance, il connaît la technique, la philosophie. C’est quelqu’un qui est très efficace dans son métier. Il fait son travail, il prend le temps pour comprendre exactement ce qu’il doit faire. Il a une très bonne relation individuelle avec les joueurs et ça c’est très important. Il a un côté humain, il touche les joueurs de manière très positive et il veut réussir.

Il fait aussi pleurer les joueurs australiens ?

(rires) Les Australiens sont un peu différents. Quand on a une vraie connexion à l’équipe, au résultat, à la performance, les joueurs voient qu’il n’est pas là pour gagner de l’argent. Il est là pour que ses avants soient performants et arrivent au maximum de leur talent. Le feeling entre les joueurs et les entraîneurs, c’est très important pour une équipe. 

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