Rugby

USAP - Dax : le premier match de madame l'arbitre

Par Cyrille Manière, France Bleu Roussillon lundi 21 septembre 2015 à 10:59

Christine Hanizet ordonne une mêlée entre l'USAP et Dax
Christine Hanizet ordonne une mêlée entre l'USAP et Dax - ZEBULON NOG

Ce samedi à Aimé-Giral, Christine Hanizet a été la première femme à arbitrer un match professionnel de rugby. Le public et les joueurs ont apprécié et elle aussi.

Elle a été copieusement applaudie à sa sortie, preuve que la nouveauté et l'événement ne sont pas passés inaperçus. 

A la fin du match,  bien sûr comme souvent, les acteurs des deux camps trouvaient à redire sur la prestation de l’arbitre, madame ou pas. Une pénalité sifflée contre Dax qui prive les miraculés landais d'un bonus défensif. Les Catalans, eux, lui reprochent de ne pas avoir sifflé une pénalité en leur faveur sur une mêlée qui a finalement conduit à un essai dacquois de cent mètres. 

Au-delà de ces deux erreurs (ou non) qui relèvent de la critique habituelle, tous s'accordaient à signaler* l'importance de voir Christine Hanizet au sifflet*, comme le troisième ligne usapiste Yohan Vivalda : "Je trouve ça très bien pour notre sport, il faudrait même plus de femmes.

Le pilier Christophe David ne voyait aucun changement de ton ou de façon de mener le match entre elle et les arbitres masculins : "Elle a fait son job, elle a su se faire respecter, c'est très bien."

Christine Hanizet première femme arbitre d'un match pro. France Bleu Roussillon

A la fin de la rencontre, Christine Hanizet était tout sourire, heureuse tout simplement, ce mot revient souvent. "Je suis très heureuse de la conduite du match et très heureuse de la fin du match. Tout a été très bien". 

Satisfaite et réjouie d'une première désignation dans un temple du rugby : "Oui, ça c'est magnifique pour une première d'arbitrer à Aimé-Giral. Honnêtement, j'étais très heureuse d'être désignée ici."

"Les joueurs de rugby sont chouettes."

Cette policière municipale de Revel a 43 ans, c'est tard pour un arbitre pour commencer l'arbitrage professionnel. Elle préfère en sourire : "Oui ça fait tard." (Sourire, hésitation) Pourquoi si tard ? Je ne sais pas. Joker"

Elle finit quand même par délivrer le fond de sa pensée : "Sincèrement, je mentirais si je disais qu'être une femme arbitre a toujours été facile. ca a été compliqué, ça a été dur, il a fallu faire ses preuves et encore ses preuves mais aujourd'hui c'est la récompense du travail fourni depuis des années et c'est ça l'essentiel."

Christine Hanizet : "je ressens le respect des joueurs" - Radio France
Christine Hanizet : "je ressens le respect des joueurs" © Radio France - Cyrille Manière

Christine Hanizet n'est pas du tout issue d'une famille de sportifs. Elle jouait aussi au handball et non au rugby. Elle a eu un déclic pour l'arbitrage il y a près de quinze ans : "Je regardais les matches et je critiquais comme tout le monde l'arbitre. Un jour je me suis demandée de quel droit je le critiquais et si j'étais capable de faire mieux, alors j'ai décidé de tenter et de m'y mettre. Ça a été un défi quelque part."

"Si je me fais remarquée en tant qu'arbitre et pas uniquement en tant que femme, c'est l'essentiel."

Après plusieurs saisons en fédérale, elle a donc intégré cette année le panel des arbitres de PRO D2 En deux ans, il lui sera compliqué d'atteindre le Top 14, puisqu'elle atteint la limite d'âge pour un arbitre pro. Alors, elle savoure, elle se fait respecter tout en gardant le sourire.

Yohan Vivalda rajoute : "On respecte toujours l'arbitre mais le fait que ce soit une femme nous incite à être encore plus respectueux, on fait plus attention à ce qu'on dit". Ce n'est pas la première fois que Christine Hanizet entend ce discours : "C'est vrai que ce respect est ressenti. Si on ne respecte encore plus parce que je suis une femme et bien tant mieux ça veut dire que les joueurs de rugby sont chouettes. Et j'en suis convaincue qu'ils le sont.".

Respectée en tant que femme mais considérée comme arbitre, tout simplement. Durant le match  Aimé-Giral, le demi-de-mêlée dacquois y est allé d'un petit geste ordinaire sur un terrain. Le rugbyman étant très tactile, il a l'habitude des petites tapes sur les fesses pour marquer une fin de discussion courtoise. 

Madame l'arbitre y a eu droit samedi et elle commente en rigolant : "Hé bien tant mieux s'il a fait ça, ça veut dire que je me suis faite remarquer en tant qu'arbitre et pas uniquement en tant que femme et c'est l'essentiel pour moi."