Rugby

Rugby : "Les Bleus sont très courageux, mais ça ne suffit pas face aux grandes nations du monde"

Par Noémie Bonnin, France Bleu Gironde vendredi 16 octobre 2015 à 11:32

Olivier Brouzet est aujourd'hui directeur du développement à l'UBB.
Olivier Brouzet est aujourd'hui directeur du développement à l'UBB. © Radio France

A la veille du quart de finale de coupe du monde de rugby entre la France et la Nouvelle-Zélande, l'invité de France Gironde est Olivier Brouzet, qui fait partie du staff de l'UBB, et qui a justement joué avec le XV de France en 1999, quand les les Bleus avaient réussi à battre les Blacks.

France Bleu Gironde : vous avez gagné les Blacks en 1999, on imagine que vous vous souvenez bien de ce type de match ?

Olivier Brouzet : Evidemment ! On arrivait de très loin, on sortait d'une phase poule aussi délicate que celle des Français aujourd'hui, et personne ne nous attendait là. On s'est dit ce jour là qu'on pouvait peut-être créer l'exploit, on y a cru et on y est arrivé.

Que vous reste-t-il aujourd'hui, une émotion, ou des moments en particulier ? 

C'est la préparation d'un grand match, d'un grand rendez-vous, une demie-finale de coupe du monde, mais ensuite la victoire on ne s'est pas trop rendu compte de l'exploit qu'on avait accompli ce jour-là, ce sont nos familles qui nous l'ont raconté quand on est rentré en France ensuite, après avoir perdu la finale contre l'Australie. Il a fallu du temps pour se rendre compte, car on a du se replonger directement dans le match d'après, donc on n'a pas eu le temps de le digérer.Mais on avait quand même la sentation du travail bien fait.

La France avait gagné 43 à 31, certains ont qualifié cette rencontre de match de rêve, est-ce le plus grand souvenir de toute votre carrière ?

Oui, très certainement, c'est celui qui a été le plus médiatisé et puis surtout il est resté dans la conscience collective comme l'un des grands moments du rugby français.

On savait qu'on avait les armes si on donnait tout sur ce terrain pour l'emporter, et c'est ce qu'on a fait le jour du match.

Comment aviez-vous préparé cette rencontre ? 

On s'était dit qu'on était au pied de ce mur immense qu'était la meilleure équipe du monde, déjà à l'époque, et qu'il allait falloir se décupler sur le terrain pour pouvoir résister aux assauts notamment de Jonah Lomu et des autres All Blacks. On ne s'était pas préparé dans un stress extraordinaire, on avait été serein sur la préparation, parce qu'encore une fois on arrivait de très loin, on savait qu'on avait les armes si on donnait tout sur ce terrain pour l'emporter, et c'est ce qu'on a fait le jour du match.

C'est dans la tête ou dans les jambes que ça se passe à ce niveau-là ? 

Le mental est important, mais si le physique ne suit pas, on n'est pas grand chose sur un terrain. Mais effectivement quand on est au coude à coude, c'est le mental qui gagne finalement et puis l'envie de se dépasser, l'envie de se faire mal, de se sacrifier pour l'autre, mais ça c'est l'histoire du rugby.

Les néo-zélandais sont connus pour le Haka. Que ressent-on quand on fait face à ça en début de match, et y a-t-il une bonne manière de réagir ? 

Il y a deux solutions quand vous vous trouvez devant le Haka : soit vous rentrez dans les vestiaires et vous abandonnez vos copains...soit vous emmagasinez toute l'énergie que dégagent les Blacks. Le Haka, ce n'est pas forcément une façon d'impressionner l'adversaire, c'est surtout que pour eux, ça leur permet de se réunir une dernière fois avant le combat, de se motiver. Après, ça a été un peu scénarisé par les médias, mais il faut se servir de cette énergie.

Mais ce n'est pas intimidant ?

Non, faut par que ça le soit, sinon on perd ses moyens ! Et puis vous savez que cinq minutes après, eux, par contre, on sait qu'ils sont prêts à vous combattre, donc si on n'est pas prêt, on va ramasser...

Le 15 de France actuel laisse beaucoup de monde sceptique, est-ce que vous y croyez, vous, peut-on faire un coup cette année ? 

Je crois qu'on n'a pas assez d'armes offensives pour rivaliser contre les Blacks. Mais tout est possible !

Ça va être compliqué ! Mais l'équipe de France l'a déjà fait. On ne la voyait pas en finale en 2011, elle aurait du être championne du monde. Elle a gagné une très belle victoire après un début difficile en 2007, et en 1999 n'en parlons pas. Donc elle est toujours capable, mais je sens les Blacks monter en puissance depuis le début de ce tournoi, et je sens les Français sans solution. Effectivement ils ont prouvé qu'ils avaient du cœur, face aux Irlandais, ils se sont donnés corps et âmes, mais je crois qu'on n'a pas assez d'armes offensives pour rivaliser contre les Blacks. Mais encore une fois tout est possible !

Le dernier match des Bleus contre l'Irlande, justement, ne vous a pas convaincu ? 

Pas du tout ! On est très limité offensivement ! Quand on a une équipe en face qui a la même densité physique, qui nous ramène le même nombre de centimètres et de kilos, il faut à un moment être un peu plus offensif et essayer d'aller créer des déséquilibres, et je ne crois pas qu'on soit capable de le faire. On a un jeu très restrictif. Alors les joueurs sont très courageux, on ne peut pas leur enlever ça, mais ça ne suffit pas face aux grandes nations du monde.

Mon pronostic : défaite des Français 23 à 13.

Votre pronostic pour le match de demain ?

Il ne va pas forcément plaire aux auditeurs... Je verrais les Blacks gagner, avec la même physionomie du match que contre les Irlandais, c'est à dire une équipe de France très généreuse, qui va aller au bout, aller au bout de ses forces mais qui va malheureusement être défaite. Je dirais 23 à 13 contre les All Blacks.

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