Rugby

Stade Français | ITW Jérémy Sinzelle : "Il faut avoir un peu la bêtise pour être ailier"

Par Fanny Lechevestrier, France Bleu Paris jeudi 14 janvier 2016 à 21:36

Jérémy Sinzelle, l'un des ailiers du Stade Français Paris
Jérémy Sinzelle, l'un des ailiers du Stade Français Paris - ©stade.fr/photo Stéphane Hamel

Il est l'un des joueurs les plus utilisés par Gonzalo Quesada depuis le début de la saison. Rencontre avec Jérémy Sinzelle, l'un des ailiers du Stade Français Paris et un joueur attachant, qui ne manie pas la langue de bois comme quand il évoque un éventuel rêve tricolore.

C'est après une séance de musculation et de course supplémentaire que nous avons rencontré Jérémy Sinzelle, mercredi midi, au stade Jean-Bouin. A 25 ans, l'ailier, originaire du Sud de la France, passé par Toulon, en est désormais à sa quatrième saison au Stade Français. Toujours le sourire au lèvres, simple, l'ailier parisien se livre sans calcul, sincère quand on lui parle de l''équipe de France, lui qui a pourtant connu les sélections jeunes entre 17 et 20 ans. Rencontre avec un joueur attachant, une des valeurs sûres également au Stade Français au point d'être l'un des plus utilisés depuis le début de la saison. Discret, Jérémy Synzelle gagne à être connu. Il était l'invité de Stade Français & Co ce jeudi, à deux jours du déplacement à Limerick pour défier le Munster.

"Ce match, c'est un peu un 16e de finale, dans un sublime stade"

Jérémy Sinzelle, blessé lors du match face au Stade Toulousain le 3 janvier dernier, de retour dans le groupe parisien avec l'envie de vivre l'ambiance si particulière de Thomond Park, l'ambiance aussi des grands matches européens. "C'est sûr, ce ne sera pas le même match qu'à Jean-Bouin. C'est un peu un seizième de finale pour nous. C'est vraiment un beau challenge qui nous attend, dans un sublime stade. Thomond Park, oui, ça fait vraiment rêver. J'ai eu la chance d'y aller une année avec Toulon, je n'avais pas joué mais c'est quelque chose de mythique". 

"On est encore en course pour les deux compétitions. Le championnat, ce n'est pas mort!"

Interrogé sur une équipe peut être plus motivée en Champions Cup qu'en Top 14, Jérémy Sinzelle n'est pas tout à fait d'accord et rappelle : "on est encore en course pour les deux compétitions. C'est vrai, on est un peu mieux en Champions Cup. C'est vrai que les quarts de finale, ça fait rêver. Mais on va aussi essayer de se qualifier dans le Top 6 en championnat."

"Il faut avoir de la bêtise, c'est important, c'est comme cela qu'on prend du plaisir sur le terrain"

Jérémy Sinzelle incontournable au Stade Français? Il est en tout cas l'un des joueurs les plus utilisés depuis le début de la saison mais pas question de se mettre en avant même quand on lui fait remarquer qu'on ne parle quasiment jamais de ses prestations dans la presse : "ça ne m'agace pas du tout. Je n'aime pas me mettre en avant." (...) et "comme on dit, à l'aile, la vie est belle. C'est vrai qu'il y a des matches où c'est compliqué, où on ne touche pas beaucoup de ballons. Mais je trouve qu'au Stade, les ailiers sont assez disponibles et on essaie de toucher pas mal de ballons et de s'amuser surtout. Prendre du plaisir dans notre sport, c'est le plus important. Ailier, c'est un peu un électron libre". (...) Le rôle d'ailier, le jeu et la mentalité particulière peut-être à ce poste qu'on a longuement évoqué aussi avec le Parisien : "oui, c'est vrai, je pense qu'il faut être un peu fou-fou" concède-t-il avant d'ajouter "il faut avoir la bêtise, c'est surtout cela. C'est important d'avoir la bêtise car c'est comme cela que l'on prend du plaisir sur le terrain, qu'on tente des coups même s'il ne faut pas faire n'importe quoi non plus." Autre particularité de Jérémy Sinzelle : amusez-vous à le regarder des tribunes ou à la télévision, vous le verrez toujours s'agiter dans tous les sens et lever le bras le long de la ligne de touche. Il s'explique : "Il y a beaucoup de gens qui me disent que je lève tout le temps les bras au ciel, que je râle tout le temps mais parfois, c'est qu'on aimerait toucher le ballon parce que l'on sait qu'il y a une bonne situation et puis...le ballon n'arrive jamais (...) Mon modèle, c'est Julien Dupuy, mais bon c'est vrai qu'il râle beaucoup aussi" ajoutant d'une petite voix 'mais oui, c'est vrai, j'aime beaucoup Julien". (...) "Après, il faut dire ce qui est, parfois c'est chiant quand même de  toujours râler, j'ai cette spécialité de souvent râler et c'est vrai que cela peut agacer un peu les partenaires. De temps en temps, il faut savoir rester à sa place".

Des envies d'équipe de France comme ses jeunes coéquipiers?

Bien sûr, avec de jeunes coéquipiers et de plus en plus de Parisiens convoqués en équipe de France, on lui pose la question si lui aussi en rêve, a des ambitions de ce coté-là et la réponse fuse : "pas du tout. Je pense qu'il y a un cap à franchir. Pour l'instant, ce cap, je ne le franchis pas, je n'arrive pas à le franchir. (...) Je pense que pour aller en équipe de France, il faut avoir ce côté folie, pouvoir traverser le terrain et ce n'est pas du tout mon profil. Je pense que je manque un peu de cannes pour aller jouer au plus haut niveau. C'est un constat. Quand je vois Hugo traverser le terrain, moi je suis incapable de cela."

"On est vraiment une belle bande de copains. C'est ce qui fait notre force"

Jérémy Sinzelle, intarissable en revanche dès qu'on lui parle de l'équipe, de son esprit et de son intégration à Paris, lui l'ancien Toulonnais, d'origine niçoise. "C'est vrai que je me suis bien adapté. On est vraiment une belle bande de copains, on est souvent ensemble, on mange tout le temps ensemble. Après les matches, on se retrouve tout le temps. C'est top. C'est vraiment ce qui fait notre force, je pense. Ca m'a fait du bien de trouver des mecs comme ça et jouer et prendre Du plaisir avec des mecs comme ça. C'est vrai que quand je suis monté, en tant que Sudiste, j'avais un peu l'appréhension du Parisien mais en fait pas du tout, mon intégration s'est fait naturellement, dans un super groupe et je me sens super bien dans ma vie parisienne". De là à dire que le groupe vit trop bien? "Le groupe vit bien, c'est sûr, mais il reste tout une deuxième partie de championnat, la saison n'est pas morte, il faut quand même le souligner. En ce moment, c'est un peu compliqué mais on peut encore remonter." 

"On est grand! On est capable, je pense, de prendre un ballon, de descendre au gymnase et de se faire des passes"

L'ailier parisien à qui on a demandé si Jeff Dubois ne manquait pas trop. Certains ont soulevé le fait que depuis son départ, il y avait moins d'ateliers spécifiques, moins de travail de passes. Là encore, Jérémy Sinzelle ne tourne pas autour du pot et remet les pendules à l'heure : "C'est vrai qu'on travaille moins en séparé pour les trois-quarts, qu'il y a moins de skills, cela c'est vrai" mais tout de suite de préciser "on est grand, on est capable de prendre un ballon, de descendre au gymnase au -3 et se faire des passes à 4-5. On n'a pas besoin de l'entraîneur pour pouvoir travailler nos points faibles. Je pense que c'est trop facile de dire que c'est parce que Jeff est parti. On fait quand même un sport de haut niveau. A ce niveau-là, il faut absolument se prendre en main, ça doit venir de nous!"

Jérémy Sinzelle que l'on retrouve dès samedi, en Champions Cup, avec Munster/Stade Français. Un match à vivre en direct et en intégralité sur France Bleu 107.1 à partir de 14 heures.

L'intégralité de notre entretien avec Jérémy Sinzelle sur France Bleu 107.1