Rugby

Top 14 - UBB : "Hors de question que Clermont vienne à nouveau gagner chez nous" avertit Laurent Marti

Par Arnaud Carré, France Bleu Gironde lundi 23 janvier 2017 à 7:00

Laurent Marti et l'UBB se disent prêts pour le sprint final du championnat
Laurent Marti et l'UBB se disent prêts pour le sprint final du championnat © Radio France - Justine Hamon

Après le succès à Belfast, le président de l'Union Bordeaux-Bègles dresse le bilan de la campagne européenne, se projette sur le match capital dimanche face à l'ASM en championnat et réclame de la patience à l'égard d'un club qui veut continuer à grandir. Mais pas n'importe comment. Entretien.

France Bleu : Soulagé de voir votre UBB renouer avec la victoire à Belfast ?

Laurent Marti : On est très heureux. Pour les joueurs et le staff qui se sont accrochés. Heureux aussi pour les supporters qu'on a croisés en Irlande, ça fait chaud au cœur. Et pour tous ceux qui nous soutiennent à Bordeaux parce qu'on traversait une période difficile. Je rappelle que trois ou quatre des matches qu'on a perdus dernièrement étaient tout à fait à notre portée. Et on les a perdus comme on a gagné celui-ci, en ne déméritant pas et en gagnant de peu. Et face à une très belle équipe de l'Ulster, sur un terrain où Clermont avait pris une rouste.

Quel bilan tirez-vous de cette campagne européenne ?

C'est notre deuxième campagne de Champions Cup où on était complètement novices et où certains nous promettaient l'enfer. Je constate qu'on finit l'an dernier deuxième d'une poule relevée et on réédite cette performance cette année. Il faut rappeler qu'Exeter est troisième du championnat anglais, que l'Ulster a beaucoup d'internationaux. Donc ce n'est pas un mince exploit de s’inscrire une nouvelle fois dans les dix premiers européens.

Il faut bien se dire que le Clermont qu'on va affronter dimanche sera aussi fort que celui qui nous a battus à Chaban. Mais c'est nous qui devons avoir la rage. Clermont avait soit-disant un esprit de revanche par rapport à ce qu'on leur avait fait l'année dernière. Cette fois, c'est nous qui avons l'esprit de revanche. Je crois que cette férocité, les joueurs et le staff la partagent aussi.

Prêts pour le retour au championnat avec un match capital face à Clermont ?

C'est un rendez-vous majeure pour l'UBB. Pour son histoire, pour sa saison. Clermont, c'est le démarrage d'une nouvelle saison. Une victoire et on se remet la tête à l'endroit, on peut regarder le classement vers le haut. On va se mettre au vert la veille, on va avoir une semaine très studieuse. Je compte sur tous les Girondins pour venir nous aider. C'est dans les moments difficiles comme ceux qu'on a traversés qu'on a besoin d'un grand soutien. Je lance un appel au peuple girondin. Il faut venir au Matmut Atlantique dimanche, on besoin de vous.

L'UBB reste sur quatre revers de rang face au Clermont de Morgan Parra - Radio France
L'UBB reste sur quatre revers de rang face au Clermont de Morgan Parra © Radio France - Justine Hamon

C'est un vrai tournant pour vous ?

Oui car il arrive derrière un cycle qui a été difficile pour nous. Ensuite parce qu'on va être privé de nos internationaux. Mais ce match est capital et je sens qu'il y a une féroce envie dans le club d'arracher la victoire contre Clermont.

Le fait d'avoir perdu récemment face à l'ASM est-il un handicap ?

Non. On voulait absolument gagner contre Clermont en Champions Cup car on savait qu'on viendrait du coup jouer notre qualif en Ulster. Et on a gagné en Irlande. En battant Clermont, et franchement sur le match il n'y aurait rien eu à dire, on serait qualifiés pour les quarts de finale. Clermont l'a dit, il veut jouer tous les matches pour les gagner. On sent que ce club ne veut plus faire d'impasse et ils ont les moyens de ne plus en faire. Ils vont avoir quelques absents mais quand vous voyez les noms des remplaçants, il faut bien se dire que le Clermont qu'on va affronter dimanche sera aussi fort que celui qui nous a battus à Chaban. Mais c'est nous qui devons avoir la rage. Clermont avait soit-disant un esprit de revanche par rapport à ce qu'on leur avait fait l'année dernière (ndlr : l'UBB avait privé l'ASM de quart de finale en s'imposant en Auvergne). Cette fois, c'est nous qui avons l'esprit de revanche. Il est hors de question que Clermont vienne à nouveau gagner chez nous. Je crois que cette férocité, les joueurs et le staff la partagent aussi.

Dagg, Hogg, Haylett-Petty et Timani ont dit non à l'UBB

Vous restez sur deux saisons frustrantes, est-ce qu'une bonne surprise peut arriver alors qu'on vous attend peut-être moins cette année ?

Il faut être réaliste et pragmatique. Le seul tort qu'on a eu c'est de dire qu'on visait la qualification. D'autres clubs qui disposent d'autant de moyens que nous font croire qu'ils jouent le maintien. Tout ça c'est de la parlotte. Il faut parler de masse salariale brute car les budgets c'est du maquillage et du grand n'importe. On a depuis trois ans, une masse salariale brute comprise entre la huitième et le neuvième place. On surperforme et donc on donne de l'espoir aux gens. Mais il ne faut pas inverser la tendance. Ce n'est pas parce qu'on surperforme qu'il faut ensuite nous reprocher de ne pas être dans les six. Evidemment qu'on reste ambitieux, qu'on veut se qualifier et qu'on espère un jour disputer le titre. Mais on ne peut pas nous demander d'aller plus vite que la musique ni de rouler plus vite que les Porsche et les Ferrari qui sont alignées à côté de nous. Etape par étape, on est en train de construire le club. Il y a des trucs qui se passent chez les jeunes, on a eu des résultats incroyables l'année dernière, ça continue cette année, il y a un recrutement très fort qu'on est en train de réaliser avec les jeunes joueurs. Ce qu'il faut apprendre, c'est la patience et ce n'est pas ma qualité première mais il faut être réaliste même si vous pouvez compter sur nous pour nous battre jusqu'à la fin et essayer de faire encore un peu mieux que ce qu'on a pu faire par le passé.

Laurent Marti et Hugh Chalmers ont connu l'UBB en Pro D2 - Radio France
Laurent Marti et Hugh Chalmers ont connu l'UBB en Pro D2 © Radio France - Justine Hamon

Comment atteindre ce palier supplémentaire ?

On sait qu'on a construit un club hyper solide. Il ne repose pas sur un président mécène, il ne repose pas sur une aide incroyable des collectivités ni sur une multinationale. Si vous reprenez ces trois critères vous allez trouver sept à huit clubs du Top 14 qui n'existent que comme ça. Ce n'est pas le cas de l'UBB, ni du Stade Toulousain ou de La Rochelle par exemple. Alors c'est compliqué pour nous mais je me dis, qu'au moins, on a bâti sur du sûr et sur du solide.

J'ai repris ce club au fond de ma Pro D2, j'ai beaucoup payé de ma vie à tous les niveaux pour remonter ce club. Je suis un chef d'entreprise qui a démarré à vingt ans, je ne vais pas mettre en péril tout ce que j'ai construit, j'en ai déjà beaucoup perdu, pour essayer d'aller encore plus vite. Quand je vous dis que j'ai tenté de gros coups sur le recrutement, je savais que ce serait certainement sur mes fonds personnels. Si quelqu'un veut se lever et qu'il a d'autres solutions, il est le bienvenu.

Cela vous pénalise-t-il aujourd'hui en matière de recrutement ?

On a une effectif avec de la qualité et de la quantité mais on voit tous qu'il nous faudrait deux ou trois mecs qui font des différences incroyables. Il y a en a dans toutes les grosses équipes. Aujourd’hui, l'UBB pratique un jeu qui est certainement le plus léché, le plus organisé du Top 14. Mais on n'obtient pas plus de résultats. On a essayé, on a échoué. Depuis fin août, on s'est mis sur de très gros dossiers (Israel Dagg, Stuart Hogg, Dane Haylett-Petty, Lopeti Timani. Ces garçons n'ont pas voulu nous rejoindre. C'est comme ça. On a quand même fait entre -temps deux ou trois coups qui seront des bonnes surprises, des jeunes, et puis jusqu'au bout bout on va s'accrocher pour voir si on ne peut pas décrocher un ou deux joueurs qui amèneraient un vrai plus.

Vous comprenez l'attente de ceux qui voudraient vous voir accélérer ?

Je peux les comprendre parce que nous aussi on est impatients, frustrés et on voudrait aller plus vite. J'"ai mis quatre millions d'euros dans ce club et je n'ai pas forcément envie de les remettre et peut-être qu'à un moment donné, si les gens sont trop impatients, je leur dirai qu'il est temps que je passe la main à quelqu'un qui va apporter d'autres solutions. J'ai repris ce club au fond de ma Pro D2, j'ai beaucoup payé de ma vie à tous les niveaux pour remonter ce club. Les gens nous l'ont rendu parce qu'on a le premier public d'Europe. Je suis un chef d'entreprise qui a démarré à vingt ans, je ne vais pas mettre en péril tout ce que j'ai construit, j'en ai déjà beaucoup perdu, pour essayer d'aller encore plus vite. Quand je vous dis que j'ai tenté de gros coups sur le recrutement, je savais que ce serait certainement sur mes fonds personnels. Cette année on va certainement équilibrer le budget mais ce n'est pas gagné. On sait que l'année prochaine, ça va être encore un peu plus difficile. J'étais prêt à prendre un risque mais je ne ferai pas n'importe quoi non plus. Si quelqu'un veut se lever et qu'il a d'autres solutions, il est le bienvenu.