Rugby

Top 14 : "On va de rebondissements en rebondissements, il va y en avoir d'autres"

Par Thibault Vincent, France Bleu Pays Basque dimanche 19 mars 2017 à 23:26

Le président du conseil d'administration de l'Aviron Bayonnais Rugby Pro, Francis Salagoïty
Le président du conseil d'administration de l'Aviron Bayonnais Rugby Pro, Francis Salagoïty © Maxppp -

Annonce surprise de la fusion Racing 92/Stade Français, grève des joueurs qui conduit la LNR à reporter 24h avant les matchs des 2 clubs, et finalement projet abandonné ce dimanche. Le rugby français sort meurtri de cette semaine folle et ce n'est pas fini pense le coprésident de l'Aviron Bayonnais

► Extraits de l'interview accordée à France Bleu Pays Basque par Francis Salagoïty, en direct dans le Mag des Sports ce dimanche 19 mars à 17h

Francis Salagoïty, président de l'Aviron Bayonnais, s'insurge contre l'équité bafouée dans le Top 14, le non respect des hommes et plaide pour le Top 16

France Bleu Pays Basque : En tant que président d'un club de Top 14 et membre du comité directeur de la Ligue Nationale de Rugby (LNR) vous vous y retrouvez vous dans la situation actuelle, dans toutes ces annonces ?

Francis Salagoïty : C’est difficile de s’y retrouver dans cette confusion permanente qui dure depuis une semaine. Un coup c’est blanc, un coup c’est noir. C’est très très dur aujourd’hui de parler d’éthique du rugby, de parler d’équité du championnat

Est-ce qu’à cette heure l’Aviron Bayonnais a encore ou n’a plus d’espoir de maintien ? C’est difficile d’avoir un discours, une position dans cette situation non ?

Il faut aussi respecter les joueurs bayonnais, les joueurs grenoblois et quelque part aujourd’hui ces hommes-là sont bafoués

C’est certains, la semaine dernière il y a un discours, la semaine d’avant on est au fond du seau, on est pratiquement relégués, on doit prendre des décisions, on les prend et puis finalement les données changent, on arrive à ce que l’équipe se remotive – et je les félicite pour le match d’hier (victoire samedi contre l’UBB, 24-20, ndlr) – on arrive également à ce que les supporters se mobilisent aussi et bravo à eux parce que c’était pas évident, et puis on vous annonce encore que vous êtes relégables…

Qu’est-ce qu’on fait, comment on fait pour préparer une saison ? Bien sûr qu’il faut respecter les joueurs parisiens, mais il faut aussi respecter les joueurs bayonnais, les joueurs grenoblois et quelque part aujourd’hui ces hommes-là sont bafoués aussi.

Il y a un sentiment aujourd’hui de confusion, on ne sait pas ce que l’on fait. On ne sait plus où l’on va puisque Thomas Savare (le président du Stade Français, ndlr) a dit que d’ici 3 mois il se prononcerait sur l’avenir du Stade Français, qu’est-ce qu’il sera, on en sait rien.

Il faut d'abord que l'on joue tous ces matchs à fond

Est-ce que vous avez un plan A et un plan B ?

C'est difficile d'avoir des plans A et des plans B quand vous ne savez pas quel sera le plan A et quel sera le plan B. Je crois qu'il faut d'abord que l'on joue tous ces matchs à fond dans un premier temps, que l'on essaie, et se sera difficile, de faire abstraction de tout ce qui se passe autour.

Il faudra voir comment la Fédération et la Ligue vont gérer ce rugby français. Est-ce qu'aujourd'hui il ne faut pas tout simplement que l'on se rende compte qu'on est allé un peu loin ?

Je crois que l'équité du championnat est faussée de A jusqu'à Z

Je me mets aussi à la place des joueurs bordelais, ils ont rencontré des Bayonnais qui étaient surmotivés hier, si on joue demain est-ce que la motivation sera la même ? Je crois que l'équité du championnat est faussée de A jusqu'à Z et c'est cette question que l'on va se poser par rapport aux réponses que l'on pourra y donner.

C'est d'abord l'image du rugby français et du championnat, du Top 14, qui a pris un coup ?

Ah bah je crois que tout le rugby a pris un coup. Personnellement je ne partage pas la décision qui a été prise de reporter ces matchs (Castres - Stade Français et Montpellier - Racing 92 qui devaient se jouer samedi 18 mars, ndlr). Pourquoi ? Est-ce qu'aujourd'hui la grève des joueurs est un cas de force majeur ? Jusqu'à présent je pense que non en droit français.

Il y a deux ans, quand il y a eu un épisode sur la cote basque d'une telle ampleur, personne n'est venu demander si il fallait reporter des matchs

Est-ce que demain si mes joueurs se mettent en grève parce qu'il ne savent pas où ils en sont, comment ils peuvent évoluer, on va reporter ces matchs ? Il y a deux ans, quand il y a eu un épisode sur la cote basque d'une telle ampleur, personne n'est venu demander si il fallait reporter des matchs et si (à l'époque) le match de l'Aviron également contre l'UBB n'a pas été celui qui a scellé son sort (relégué de justesse à la dernière journée de la saison 2014-2015 en plein épisode de la fusion finalement avortée avec Biarritz). Donc je vais aussi dire à tous ces gens-là (de la LNR et la FFR) que l'on a subi peut-être une descente à cause de cela...

Il y a une confusion totale depuis quelques années. Il faut peut-être se poser pour savoir qu'est ce qu'on a envie de faire et si on veut que dans le rugby demeurent certaines valeurs.

Est-ce que vous avez l’intention de réunir votre groupe, vos joueurs, et de leur parler pour essayer de leur expliquer ce qu’il se passe, essayer de les garder motivés et concentrés ?

Je crois qu’il faut s’accrocher parce que l’on voit que l’on va de rebondissements en rebondissements. Il va y en avoir d’autres la semaine prochaine, il y en aura d’autres la semaine d’après. Donc je crois qu’il faut rester motivés, il faut s’accrocher à cette 13e place qui peut peut-être éviter de descendre.

Est-ce qu’aujourd’hui ce n’est pas aussi le moment de dire qu’un Top 16 serait quelque chose de bien ?

Et sait-on jamais… est-ce qu’aujourd’hui ce n’est pas aussi le moment de dire qu’un Top 16 serait quelque chose de bien, de façon à figer ces 14 équipes dans ce championnat, et à dire qu’il y aura 2 ou 3 montées de Pro D2 ?

Est-ce que ce n’est pas la solution pour retrouver une économie réelle du rugby et ne pas avoir une économie capitaliste sur laquelle, au bout d’un moment, les gens en ont assez de mettre 7, 8, 9 millions dans les clubs et de combler les trous ?

Je pense qu’il faut vraiment se poser toutes les questions , ne pas avoir peur de les aborder, et il faut faire très vite.