Rugby

XV de France : le rugby français va laver son linge sale en famille

Par Yves Maugue, France Bleu Gironde et France Bleu jeudi 22 octobre 2015 à 6:00

C'était à Marcoussis juste avant le départ pour l'Angleterre.
C'était à Marcoussis juste avant le départ pour l'Angleterre. © Maxppp

Moins d'une semaine après la débâcle néo-zélandaise, la Fédération Française de Rugby réunit un bureau extraordinaire ce jeudi matin. Objectif : trouver des pistes pour faire progresser l'équipe de France. Mais aucune décision spectaculaire ne devrait être prise.

Pierre Camou s'est dit "prêt à tout". Le président de la Fédération Française de rugby réclamait lundi "un autre système" et annonçait la convocation d'un bureau fédéral extraordinaire. Il n'écartait aucune mesure et se disait même prêt à envisager des contrats fédéraux pour les meilleurs joueurs français. 

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Pourtant, personne ne pense que la réunion du jour organisée ce matin au Centre National du Rugby à Marcoussis marquera le début d'une grande réforme. Voici les eux principales raisons pour lesquelles cette réunion présentée par la FFR comme une montagne devrait accoucher d'une souris. 

La Fédération et la Ligue ont engagé un bras de fer

Toute réforme du rugby français passe par un accord entre la Fédération Française de Rugby qui gère l'équipe de France, et la Ligue Nationale de Rugby qui gère les clubs du Top 14. Chacun défend son bout de gras. Les clubs veulent un système économique efficace qui a besoin de stars pour inciter les télévisions à verser toujours plus pour diffuser les rencontres. On voit bien l'impact sur le championnat des matches organisés lors des week-ends de doublons où les clubs sont privés de leurs meilleurs éléments. Le spectacle s'en ressent. Le public, les sponsors et les diffuseurs n'apprécient guère. Avant même la réunion du jour à laquelle les représentants de la Ligue ont été conviés, les couteaux sont sortis à la Ligue qui n'a pas apprécié de voir les clubs accusés d'être à l'origine des problèmes du XV de France. "Il faut d’abord constater  avec lucidité, affirme le communiqué de la Ligue, que cette défaite est celle d’un encadrement, et de son groupe de joueurs, à l’issue d’un cycle de 4 ans où il n’a jamais vraiment su inscrire un projet de jeu dans la continuité, souligne la Ligue. Ce constat ne saurait occulter le débat qui doit avoir lieu entre toutes les composantes du rugby français. […] Cela suppose que le rugby professionnel français ne serve pas de bouc émissaire, responsable de tous les maux. La Ligue Nationale de Rugby ne l’acceptera pas". le ton est encore plus ferme puisqu'au sujet des contrats fédéraux, la LNR évoque carrément "un casus belli".

La campagne pour la présidence de la FFR est lancée

Pour la première fois, il devrait y avoir plus d'un candidat en fin d'année prochaine pour l'élection de président de la Fédération Française de Rugby. Pierre Camou (s'il est bien candidat) trouvera sur sa route un certain Bernard Laporte. Le manager de Toulon et ancien sélectionneur des Bleus s'est lancé dans la bataille. Et depuis ce week-end, il tire à tout va. "La problématique de ce sport, c’est qu’il est dirigé par des gens qui ne connaissent pas le rugby, a par exemple affirmé Bernard Laporte. Il estime que le président actuel Pierre Camou "n’a pas d’autorité". Concernant les présidents de clubs, il affirme : "Ils ont de l'expertise, prenons-les au lieu de les écarter". Le contexte ne parait donc pas favorable pour des prises de décision rapides et efficaces. Pierre Camou devrait surtout utiliser cette réunion pour commencer à élaborer son programme de campagne.

La Fédération n'a pas les moyens des contrats fédéraux

La FFR a reversé cette dernière année huit millions d'euros aux clubs du Top 14 en compensation de l'absence des joueurs internationaux lors des stages et des matches de l'équipe de France. Cela n'a bien évidemment rien à voir avec la masse salariale que représenterait la mise en place de contrats fédéraux pour trente ou quarante joueurs censés être les meilleurs Français et donc les mieux payés. La Fédération Française de Rugby compte bien se doter de nouveaux moyens financiers avec le grand stade qu'elle veut faire construire à Evry. La FFR copie là le modèle anglais qui tire d'énormes bénéfices du stade de Twickenham propriété de la Fédération anglaise. Sauf que la réalisation définitive du projet de stade confié à Serge Blanco n'est pas encore acquise, le stade de la FFR devenant un concurrent direct du Stade de France. Et, quoi qu'il arrive, ce stade ne verra pas le jour avant cinq ou six ans et les recettes espérées ne viendront donc pas avant. Pour le moment, Pierre Camou et la Fédération devront dponc d'abord expliquer avec quel argent ils pourraient financer de tels contrats.

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