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24 Heures du Mans : le rôle fondamental de l’ingénieur d’exploitation

Par Didier Charpin, France Bleu Normandie (Calvados - Orne), France Bleu Normandie (Seine-Maritime - Eure) et France Bleu Maine lundi 12 juin 2017 à 18:59

Olivier Bacchis à l'entrée du stand Alpine
Olivier Bacchis à l'entrée du stand Alpine © Radio France - Didier Charpin

Ce week end aura lieu la plus célèbre des courses automobile d'endurance : les 24 heures du Mans. Mais derrière les pilotes se cachent d’indispensables hommes de l’ombre. Comme Olivier Bacchis, ingénieur d’exploitation chez Alpine. Un rôle avec de lourdes responsabilités humaines comme techniques.

« Le sport auto a l’image d’un sport individuel mais non, c’est un sport d’équipe » rappelle d’entrée Olivier Bacchis. C’est vrai que son investissement est immense au sein de l’écurie Signatech-Alpine. Son travail commence d’ailleurs bien avant la saison sur les circuits. Et parmi ses multiples tâches il supervise par exemple le choix des mécaniciens. Notamment ceux qui vont officier lors des ravitaillements et changements de pneus. Au Mans il y aura 40 arrêts pendant la course et il est inimaginable d’y perdre des secondes que les pilotes ont durement gagné sur la piste. Alors ces hommes s'entraînent depuis longtemps « le changement de pneus c’est un ballet qui ne s’improvise pas. Il n’y a que deux mécaniciens pour les quatre roues. On commence à travailler pendant l’hiver pour atteindre l’objectif de 20 secondes. Puis même pendant les week end de course, il y a tous les jours 10 à 15 minutes d’entrainement » précise l'ingénieur. Au-delà de la qualité gestuelle, Olivier est attentif à l'aspect psychologique. Il faut des mécanos aux nerfs d'acier parce qu'une mauvaise manipulation peut ruiner une course « oui on est vigilent sur leur capacité à gérer la pression. On préfère quelqu’un qui fait toujours le même chrono plutôt qu’un gars plus rapide sur une intervention mais irrégulier » précise Olivier Bacchis.

Changement de pneus sur l'Alpine : la course côté stand - Aucun(e)
Changement de pneus sur l'Alpine : la course côté stand - Signatech-Alpine

L’arbitre pour régler la voiture

La psychologie, il lui en faut aussi au moment de déterminer les réglages de l’A470. Contrairement à la monoplace où il a débuté sa carrière, en endurance il faut trouver le compromis pour un équipage de trois pilotes, avec chacun leurs sensibilités « Compromis c’est vraiment le maître mot » confirme Olivier Bacchis, « cette année ça va avec l’équipage de la n° 36 (Dumas – Menezes - Rao) mais c’est vrai que j’ai connu des situations plus compliquées ! Il faut trancher après avoir écouté chaque pilote et les responsables des relevés télémétriques. Nous disposons de plusieurs dizaines de capteurs sur la voiture et ils nous donnent aussi de précieuses informations ». Cette cruciale mise au point agira sur la fiabilité de la voiture…. et celle des pilotes « parce qu’ils ne veulent pas d’une voiture dans laquelle ils ne sont pas à l’aise. Il faut qu’ils se sentent en sécurité pour attaquer » rappelle l’ingénieur d’exploitation, chargé d’assumer l’entière responsabilité des (bons ou mauvais) choix.

Un compagnon dans la nuit

Pendant la course Olivier ne quitte pas le muret des stands y compris lors des 24h du Mans « pour moi c’est même 36 heures puisqu’il y a le warm-up le matin » sourit-il à l’évocation de son emplois du temps. L’ingénieur sera en liaison permanente avec le staff technique chargé d’observer les relevés télémétriques de l’A 470. Comme ses adversaires elle sera influencée par l’évolution des températures extérieures. Il faudra donc constamment s’adapter du départ à la tombée de la nuit. Puis du levée du soleil jusqu’à l’arrivée avec l’inévitable remontée des températures qui conditionnera les choix stratégiques dans la gestion des pneus. Une faute d’appréciation à n’importe quel moment risquerait de ruiner la course.

Un contact radio tous les deux ou trois tours - Olivier BACCHIS

Mais l'ingénieur n'est pas qu'un technicien, il lui faut aussi maintenir le dialogue par radio avec celui qui tourne à 240 km/h de moyenne. « Le pilote a besoin d’être renseigné sur son rythme et celui des adversaires. Pendant la nuit au Mans je lui demande aussi parfois comment il va. Il faut aussi parler à l’homme pas uniquement au pilote » souligne Olivier. Si la victoire est au bout, seuls les pilotes connaissent la gloire du podium. Mais tous savent ce qu'ils doivent à leur équipe. Du mécano jusqu'à l'ingénieur d’exploitation !

Le podium (ici au Mans 2016) quand l'ingénieur a parfaitement guidé les pilotes - Aucun(e)
Le podium (ici au Mans 2016) quand l'ingénieur a parfaitement guidé les pilotes - Signatech-Alpine