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Bibiro Ali Taher, la Normande porte-drapeau du Tchad aux JO de Rio

Par Boris Letondeur, France Bleu Normandie (Calvados - Orne) vendredi 5 août 2016 à 12:19

Bibiro Ali Taher, à Hérouville Saint-Clair, juste avant de partir pour Rio.
Bibiro Ali Taher, à Hérouville Saint-Clair, juste avant de partir pour Rio. © Radio France - Boris Letondeur

Elle a grandi à Hérouville Saint-Clair près de Caen puis elle est partie devenir une championne à Sotteville-Lès-Rouen, en Seine-Maritime. Bibiro Ali Taher, franco-tchadienne, défendra les couleurs d'origine de ses parents sur le 5 000 m à Rio. Mieux, elle sera le porte-drapeau du Tchad.

Bibiro Ali Taher arrive à Hérouville Saint-Clair à l'âge de sept ans, lorsque ses parents s'installent dans le quartier de la Haute-Folie. Elle fait ses premiers exploits sportifs au collège Saint-Michel mais à 20 ans, en 2008, devant le manque de soutien de sa ville d'adoption, elle s'expatrie en Seine-Maritime, à Sotteville-lès-Rouen. De l'autre côté de la Seine, on lui propose un contrat rémunéré d'un an, et de très bonnes conditions d'entrainement.

Elle progresse vite, et ses résultats attirent les yeux de la fédération tchadienne d'athlétisme. Chaque année, depuis six ans, elle part s'entrainer au Kénya avec les tout meilleurs athlètes de demi-fond du monde. Ses performances s'en ressentent et petit à petit elle se rapproche de son objectif : les minimas qualificatifs pour les Jeux Olympiques de Rio. Dès lors, elle n'a qu'un but ou bout des pieds : parcourir cinq kilomètres en moins de 17 minutes et 35 secondes.

Hotesse de l'air chez Air France

On ne peut pas vivre de ce sport regrette Bibiro Ali Taher. Ce petit brin de femme d'1,60m pour 44 kg a une volonté d'acier. Elle décroche un emploi d'hôtesse de l'air chez Air France, et ne compte plus les allers-retours entre Roissy et Rouen. Son métier l'envoie en Australie, au Canada, aux Etats-Unis ou encore au Mexique, elle n'avait jamais mis les pieds au Brésil... Jusqu'à ces Jeux Olympiques à Rio.

Compréhensive et fière de sa salariée-athlète, la compagnie française lui octroie une pause de plusieurs mois afin d'atteindre son objectif olympique. Début avril, elle part au Kénya pour cinq semaines de préparation intensive, à 2 600 m d'altitude. Des efforts déjà payants en juin. Bibiro Ali Taher participe aux Championnat d'Afrique à Durban, en Afrique du Sud. Elle termine huitième de sa course avec un temps de 17 minutes et 32 secondes. Bonheur sur la ligne d'arrivée, elle vient de réaliser son record personnel et les minimas pour Rio.

Bibiro Ali Taher a rencontré les jeunes sportifs de Cap Sport à Hérouville. - Radio France
Bibiro Ali Taher a rencontré les jeunes sportifs de Cap Sport à Hérouville. © Radio France - Boris Letondeur

Des minimas abaissés au Tchad

Si elle court pour le Tchad, c'est avant tout un choix "humanitaire" pour Bibiro. "C'est un pays qui a besoin de soutien pour développer le sport et aider les gens dans le besoin, dans la pauvreté", explique-t-elle. C'est aussi un choix sportif car les temps minimaux requis pour participer aux Jeux Olympiques y sont plus larges qu'ailleurs. En France, il lui aurait fallu faire 2'30" de moins (5 000 m en 15'00"). A titre de comparaison, les minimas pour les Kényanes ou les Ethiopiennes sont 13'56". Des tours de piste d'écart.

Toutefois, l'important n'est pas la montre mais le symbole. En participant aux 31èmes Olympiades de l'ère moderne sous la bannière Bleue-Jaune-Rouge du Tchad, Bibiro Ali Taher prouve que les expatriés n'abandonnent pas leur pays d'origine. Aussi, elle se sent investi d'une mission. Sans avoir un train de vie élevé en France, elle met un point d'honneur à distribuer chaque année des vêtements, des équipements de sport et du matériel scolaire dans des écoles de plusieurs pays africains.

Bibiro, l'expatriée porte-drapeau

La grand-mère de Bibiro Ali Taher vit toujours au Tchad. Début juin, elle a reçu la visite de sa petite fille, qui n'était plus revenue au pays depuis 17 ans. Si l'athlète normande de 27 ans a été choisie comme porte-drapeau de son pays, c'est pour ses valeurs, et également pour envoyer un message aux Tchadiens éparpillés dans le monde : votre pays a besoin de vous et vos compatriotes de votre soutien.

Coincé au centre de l'Afrique noire entre le Nigéria, le Niger et le Soudan, le Tchad vit sous la menace constante des terroristes de la secte de Boko Haram. Le sport peut être un échappatoire pour la jeunesse de cette ancienne colonie française peuplée d'un peu plus de 11,6 millions d'habitants. Ce vendredi 5 août, Bibiro Ali Taher défilera pour donner un éclairage international sur son pays. Mardi 16, elle courra pour émouvoir ce peuple tchadien et lui faire oublier, l'espace d'un quart d'heure d'efforts, sa pauvreté et son ancrage dans les tréfonds du classement mondial de l'indice de développement humain (IDH, 185 sur 188).

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