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Formule 1 : Le chemin de croix de Pierre Gasly chez Red Bull

C'est un gros coup dur pour Pierre Gasly : le pilote normand est éjecté par Red Bull et il terminera la saison chez Toro Rosso ! Bilan en quatre actes d'une demi-saison de souffrance pour le jeune rouennais et analyse de Jean-Michel Desnoue, journaliste à Auto-Hebdo.

La grimace dans le stand Red Bull après une demi-saison peu convaincante de Pierre Gasly
La grimace dans le stand Red Bull après une demi-saison peu convaincante de Pierre Gasly © Maxppp - EIDON@MAXPPP

Normandie, France

Le contraste est saisissant. Il y a tout juste un an Pierre Gasly partait en vacances avec le sourire. Ses résultats au volant d’une modeste Toro Rosso (26 points marqués) faisait de lui la révélation du début de saison 2018. Et il se voyait promu chez Red Bull au coeur de la trêve estivale. Douze mois plus tard il doit faire le chemin inverse. Le Normand est rétrogradé chez Toro Rosso, la "petite" écurie de la filière Red Bull. Il n’a pas réussi se mettre au niveau requis dans un top team. Le thaïlandais Alex Albon s'installera dans la Red Bull dès le Grand Prix de Belgique (1er septembre). 

Un baptême dans le mur

Pour Pierre Gasly le mauvais scénario a commencé à s’écrire avant même le premier Grand Prix de la saison. Le néo-pilote Red Bull se met en difficulté dès les essais pré-saison à Barcelone avec deux sorties de pistes en quatre jours de roulage. Ce qui lui vaut les premières critiques de l’encadrement (Hermut Marko : “Il ne doit surtout pas refaire ça”) et de son coéquipier (Max Verstappen : “Gasly m’a gâché ma dernière journée d’essai”). La saison débute avec les difficiles Grands Prix d’Australie et de Bahreïn et une modeste récolte de quatre points au championnat. Le pilote normand semble en déficit de confiance et d’agressivité. Par exemple à Melbourne pour défendre une place dans le top 10. Ou à Sakhir lorsqu'il confie se sentir "passager de sa voiture" tant il peine à la comprendre et à la dompter.

Le premier couac dès son installation dans la Red Bull lors des essais pré-saison à Barcelone - Aucun(e)
Le premier couac dès son installation dans la Red Bull lors des essais pré-saison à Barcelone - Dan ISTITENE Red Bull Content Pool

Des progrès à partir du troisième Grand Prix

Les premiers signes encourageants apparaissent à partir du Grand Prix de Chine et vont se poursuivrent jusqu’à Monaco. Durant cette séquence, la Red Bull numéro 10 s’intercale entre les leaders (Mercedes, Ferrari et Verstappen) et le reste du peloton. Excepté évidemment en Azerbaïdjan où la mécanique le trahis, ruinant une spectaculaire remontée de 14 places (sans doute sa meilleure course du printemps). Signe de sa position "entre deux eaux" Gasly signe deux meilleurs tours en course en passant des pneus neufs dans les derniers tours, tant son avance sur ses poursuivants est importante (comme son retard sur les leaders !). Faute de batailler pour le podium, le Normand s’est alors positionné au niveau du “seuil de tolérance” : la sixième place (même cinquième à Monaco du fait de l’abandon de Leclerc). 

Du mieux à partir du Grand Prix de Chine, marqué par le meilleur tour en course - Aucun(e)
Du mieux à partir du Grand Prix de Chine, marqué par le meilleur tour en course - Clive MASON Red Bull Content Pool

Canada - France - Autriche : la rechute ! 

C’est à partir du Grand Prix du Canada, septième épreuve de la saison, que sa situation se dégrade. Confronté aux progrès des meilleures écuries du milieu de grille (Renault, McLaren et Alfa Roméo) Gasly redescend dans la hiérarchie. Très (trop ?) prudent dans ses attaques, il ne remporte qu’un seul duel direct en piste (sur Raïkkönen en Autriche). Sinon il offre la pâle image d’une Red Bull coincée derrière des voitures supposées moins rapides. Mal inspiré dans ses stratégies pneumatiques, il subi au Canada, en France comme en Autriche l’humiliation de concéder un tour au vainqueur de la course. Ce Grand Prix d'Autriche marque d'ailleurs un tournant avec la victoire de son coéquipier Verstappen. Signe que la RB15 est devenue, au début de l'été, une machine capable de rivaliser avec les Mercedes. 

La courbe ascendante brisée lorsque les écuries du milieu de tableau (Renault, McLaren, Alfa Romeo) apportent les premiers développements sur leurs monoplaces - Maxppp
La courbe ascendante brisée lorsque les écuries du milieu de tableau (Renault, McLaren, Alfa Romeo) apportent les premiers développements sur leurs monoplaces © Maxppp - Srdjan SUKI

L'éclaircie anglaise... de courte durée

Sérieusement tancé par l'encadrement de Red Bull, Gasly va brièvement relever la tête le temps d'un Grand Prix avec sa quatrième place en Angleterre. Sur le très rapide circuit de Silverstone le Normand s'offre le luxe de doubler une Ferrari (Vettel) avant de longtemps résister à l'autre monoplace rouge (Leclerc). Surtout il s'inscrit le temps d'un week-end dans le rythme de course des leaders. Malheureusement il ne confirme pas lors du chaotique Grand Prix d'Allemagne (abandon) avant de sombrer une nouvelle fois en Hongrie en terminant à une modeste sixième place, derrière une McLaren et à un tour de son tonitruant coéquipier. 

"Au fil des courses il semblait s'affaiblir mentalement" a observé Jean-Michel Desnoue, journaliste à Auto-Hebdo, présent sur les circuits depuis 1993. "En Hongrie il ne savait plus trop où il en était. Il avait du mal à se défendre face aux questions sur son avenir". Dans le paddock de Budapest Christian Horner assurait pourtant que Pierre Gasly allait finir la saison chez Red Bull (voir ci-dessous). "On se disait que la trêve estivale allait lui faire du bien, qu'il allait tout remettre à plat pour rebondir" se souvient Jean-Michel Desnoue.

Dans l’ombre de Verstappen

Le Normand a vécu cette demi-saison loin derrière Max Verstappen, l’enfant chéri de Red Bull, plus jeune vainqueur en Grand Prix de l’histoire de la Formule 1. Le Néerlandais, longtemps génial mais irrégulier, est désormais arrivé à maturité après quatre saisons en Formule 1. Il est le seul à menacer les Mercedes (deux victoires) et son ascension vers les sommets déplace dans les tribunes d'impressionnantes marées oranges de supporters. Forcément la comparaison a été très douloureuse pour le Normand, appelé chez Red Bull il y a un an après le départ inattendu de Daniel Ricciardo. En début de saison, Christian Horner, le team manager, rappelait que “Gasly a peut-être été promu un an trop tôt”. Difficile de ne pas lui donner tort !

Aucun abandon pour Verstappen, deux pour Gasly ce qui descend sa moyenne à 5 points/course depuis le début de la saison  - Maxppp
Aucun abandon pour Verstappen, deux pour Gasly ce qui descend sa moyenne à 5 points/course depuis le début de la saison © Maxppp - Sebastian GOLLNOW

Assez logiquement la hiérarchie a été très claire dans l'écurie estampillée "Taureau Rouge". Avec le Normand en n°2, comme l'a démontré le Grand Prix d'Autriche lorsque Red Bull a disposé d'un nouvel aileron avant, né des derniers développements aérodynamiques. Mais il n'y avait qu'une seule "moustache" disponible pour la course. Elle a donc été installée sur la voiture de Verstappen... futur vainqueur ! Cet aileron n'a pas résumé à lui-seul l'écart entre les deux pilotes. Mais son attribution sur cette course est un exemple des privilèges accordés au Néerlandais.

Max Verstappen, le coéquipier, véritable vedette de cette première partie de saison. - Maxppp
Max Verstappen, le coéquipier, véritable vedette de cette première partie de saison. © Maxppp - Zoltan Balogh

Et maintenant ? 

Agé de 23 ans, Gasly est confronté au premier gros accroc de sa carrière. Et il va vivre une seconde partie de saison très importante pour son avenir. Chez Toro Rosso il sera confronté à Daniil Kvyat. Les deux hommes ont un passé commun en forme de chassé-croisé peu amical : Gasly était arrivé en Formule 1 en octobre 2017 en remplaçant le Russe, qui s'était alors retrouvé sans volant ! Depuis Kvyat a su retrouver un baquet puis s'offrir un magnifique podium lors du dernier Grand Prix d'Allemagne. Un sérieux "client" pour le Rouennais, qui aura quand même besoin de le dominer dans cette Formule 1 où le coéquipier est toujours le meilleur ennemi. 

Le Normand en aura-t-il les moyens ? Il a prouvé depuis le début de sa carrière en monoplace, F4, FR 2.0 et 3.5, GP2 et Super Formula, qu’il savait rebondir après des débuts de saisons laborieux. C'était même devenu sa "signature" dans les catégories juniors. Gasly a besoin de temps pour apprivoiser un nouvel environnement. Charge à lui de (re)trouver les ressources mentales qui lui ont permis de gravir les échelons jusqu'à la Formule 1 ! "Soit ce retour chez Toro Rosso sera un coup de fouet salutaire, soit il va mal vivre cette humiliation" estime Jean-Michel Desnoue, qui a vu le jeune normand arriver, grandir puis perdre pied en un peu moins de deux ans. "C'est son mental qui va tout décider. Il ne faut pas qu'il se loupe"

Sa seconde chance débutera à la fin du mois sur le circuit de Spa-Francorchamps et elle s'étendra sur une (courte) séquence de neuf Grands Prix, jusqu'au terme de cette saison 2019.