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Le Grand Raid de la Réunion, une course de fous

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Par , France Bleu Alsace

Notre journaliste sportif Luc Dreosto a testé pour vous la Diagonale des Fous, un raid de près de 170 kilomètres et 9.600 mètres de dénivelé à la Réunion. Le récit d'une aventure sportive et d'un dépassement de soi hors du commun, dans une ambiance de fête.

L'arrivée au stade de la Redoute, après près de 54 heures d'efforts
L'arrivée au stade de la Redoute, après près de 54 heures d'efforts © Radio France -

Réunion

Dimanche 20 octobre 2019 peu avant 4 heures du matin, stade de la Redoute à Saint-Denis, je me suis arrêté pour donner mon portable à un spectateur afin qu’il immortalise la scène en la filmant. Après près de 54 heures d’efforts, je franchis la ligne d’arrivée du Grand Raid, la Diagonale des Fous, main dans la main avec mon amie Sonia qui m’aura follement soutenu et encouragé pendant trois jours. Elle crie, sourit, pleure de bonheur, lève mon bras au passage de la ligne. Moi, l’énergie me manque pour exploser de joie, un petit pas de danse improvisé et c’est tout. Pour être honnête, le soulagement d’abréger enfin les souffrances est à cet instant-là plus fort que la satisfaction d’avoir vaincu ce mythe. Car la "Diag" c’est une aventure hors norme, un dépassement de soi extrême, une ambiance exceptionnelle, des paysages magnifiques, une quête superbe.

Je connaissais la course de réputation, elle me fascinait. C’est en randonnant sur l’île de la Réunion en 2015, que l’idée m’est venue de me lancer ce défi fou. Avec mon ami Julien, on a croisé plus d’un traileur préparant la course et en parlant avec passion. Ici, les finishers du Grand Raid sont des héros. Ça me faisait rêver, mais ayant déjà pratiqué par le passé le triathlon pendant trois ans, je savais aussi l’entraînement et les sacrifices que ça nécessitait.

Je jouais au basket et au tennis en club, quand au printemps 2017 j’ai débuté le trail. Il a fallu appréhender la technique, perdre une douzaine de kilos, me lancer sur les courtes distances, puis les moyennes et enfin les longues. Et pour 2019, l’objectif c’était de s’attaquer à cette fameuse Diagonale des Fous. Pour faire court, le printemps et le début d’été se sont passés de manière parfaite, mais tout s’est gâté fin août, quand je me suis fait une entorse de la cheville gauche à l’entraînement, une articulation déjà en mauvais état après une très grosse entorse au basket. Après dix jours d’arrêt, j’ai repris progressivement mes séances, mais rapidement, la cheville a gonflé à nouveau et j’ai  stoppé ma préparation pendant quasiment trois semaines. J’ai refait juste quatre séances à deux semaines de l’objectif. C’était très dur mentalement, j’ai eu peur que cette fichue cheville ne tienne pas le choc. Son état s’est amélioré à une semaine à peine de la course, mais en toute honnêteté, j’avais une grosse appréhension avant l’épreuve. Mon amie Sonia et mon kiné Goulven ne cesseront de me motiver et de me dire que ça allait le faire. 

Le mercredi 19 octobre, je récupère le dossard et les goodies en tout genre sur la place de l’hôtel de ville de Saint-Pierre. Ça prend près de deux heures, l’organisation n’est pas au top, c’est fastidieux, mais ça permet de rentrer dans l’ambiance de la course. Dossard 2088 en ce qui me concerne. Étrangement, je suis encore décontracté, je dors plutôt correctement depuis l’arrivée à la Réunion, il y a trois jours. Mais la dernière nuit est catastrophique, grosse montée de stress, impossible de débrancher le cerveau. Je dors peut-être trois, maximum quatre heures. Impossible non plus de faire la sieste l’après-midi de la course, j’ai hâte que ça commence, je perds beaucoup trop d’énergie.

La zone de départ à Saint-Pierre - Radio France
La zone de départ à Saint-Pierre © Radio France -

J’arrive sur la zone de départ à Saint-Pierre un peu avant 19h. Il faut quasiment faire une heure de queue pour entrer dans le secteur réservé aux coureurs. Il faut en effet déposer trois sacs de ravitaillement, qui seront acheminés à Cilaos et Îlet Savannah, les deux bases de vie et à l’arrivée à Saint-Denis. Il reste deux heures d’attente, je papote un peu avec Sonia, mais c’est compliqué car les coureurs n’ont pas un accès direct aux suiveurs et la sono est très forte. Je mange un peu et me couche dans un coin d’herbe pour garder le plus d’énergie possible. Peu avant 22 heures, les coureurs sont appelés à s’approcher de la ligne de départ. La tension générale monte, c’est la cohue, moi je suis maintenant calme, l’excitation épuisante de ces 24 dernières heures s’est évaporée, je savoure d’être là au départ de la Diagonale. Quoi qu’il arrive, c’est déjà un truc de fou d’avoir la chance de participer à cette aventure. Je me place en fin de peloton, pas la peine de dilapider de l’énergie au départ. J’ai de toute façon l’habitude de partir doucement et même si des bouchons sont annoncés à l’entrée des premiers sentiers, ça ne m’inquiète pas trop.

Peu avant 22 heures, le décompte des dernières secondes avant le départ est lancé, l’ambiance est incroyable. Je suis aussi venu pour ça, cette ferveur du peuple réunionnais. Il y a plusieurs rangées de spectateurs sur les premiers kilomètres à Saint-Pierre pour encourager les 2.700 fous qui viennent de s’élancer. On a l’impression d’être au sommet d’un gros col du Tour de France, en mieux encore. Ça fait terriblement chaud au cœur. « Rendez-vous à la Redoute », entend-on souvent. Le chemin pour arriver à Saint-Denis est long : 166 kilomètres et près de 9.600 mètres de dénivelé positif. Sonia et une amie Maryse qui vient de s’installer à la Réunion, m’attendent après quelques kilomètres de course. Sonia m’accompagne quelques hectomètres, alors que le chemin est encore large au milieu des champs de canne à sucre. Son excitation est palpable, pour elle aussi débute un sacré défi. Pour les suiveurs, le Grand Raid, c’est peu de sommeil, beaucoup de kilomètres en voiture, de stress, d’inquiétude, en espérant un grand bonheur à l’arrivée. 

J’ai envie de dormir (déjà !) en ce début de course. Ça m’énerve d’avoir laissé tellement de jus dans les 24 dernières heures. Dès le départ, j’ai une douleur bizarre sous la plante du pied droit. Un truc que je n’ai jamais eu. Je l’attribue au stress d’avant-course, mais ça m’inquiète quand même. Je pars sur un tempo tranquille, l’objectif est d’arriver le plus frais possible à Cilaos, après environ un tiers de course. Je saute le premier ravitaillement, c’est tellement la cohue. J’ai tout ce qu’il me faut, je suis parti avec deux litres d’eau, répartis dans quatre flasques. Par sms, Sonia m’apprend que je suis 1954ème et surtout elle me raconte la mésaventure des principaux favoris qui se sont égarés à cause d’un mauvais balisage. 

Les premiers bouchons sur les sentiers en direction du volcan - Radio France
Les premiers bouchons sur les sentiers en direction du volcan © Radio France -

Au sortir de ce premier ravito, on emprunte les premiers singles, ces sentiers étroits où une seule personne peut passer en même temps. Et inévitablement, les premiers bouchons se forment. J’avais lu des récits de course parlant d’attentes de 20 parfois 30 minutes. Il n’en est rien pour moi. Sur les 40 premiers kilomètres, je suis souvent arrêté c’est vrai, mais jamais plus de 4-5 minutes. Je me dis que ça n’est pas plus mal, ça évite de partir trop vite. On grimpe en ce début de course, mais ça n’est jamais très raide et technique. La première nuit dehors se passe correctement. Sur les conseils d’un pote Bruno (journaliste à France Bleu Auxerre) qui a fait la Diag en 2018, je garde ma lampe frontale à la main. Ça permet de mieux éclairer le sol pour voir où mettre précisément les pieds. Sur la plupart des ultras, cette technique est difficile à mettre en œuvre, car on utilise des bâtons. Sur la Diag c’est possible, car les bâtons sont interdits. J’ai mis tous les vêtements que j’avais et un cuissard long pour supporter le froid de cette première nuit de course. On n’est pas loin du zéro degré quand j’arrive au ravito du Nez de Bœuf à plus de 2000 mètres d’altitude, après près de 40 kilomètres de course déjà. On est pas très loin de l’enclos du Volcan qui sommeille encore, mais pas pour longtemps. Je ne m’attarde pas sur ces premiers ravitaillements, justement à cause du froid. J’arrive à manger (soupe, patate douce, fromage, plus de salé que de sucré) et boire correctement, la douleur sous le pied commence à s’estomper, la cheville me laisse tranquille, je suis plus réveillé qu’au départ, alors que le jour se lève sur les montagnes. Un lever de soleil magnifique que je prends le temps d’apprécier. Je gagne une centaine de places à chaque ravito sans forcer le moins du monde. Tout roule pour l’instant. Je m’éclate et je profite à fond de faire partie de cette belle aventure. 

Dans la descente au milieu des pâturages (ça ressemble aux Vosges dans ce coin de Bourg-Murat !), une bonne surprise m’attend. Valentin, un pote professeur tout juste arrivé à la Réunion pour enseigner à l’université du Tampon, s’est levé pour m’encourager et m’accompagner un peu. Il m’avait dit qu’il essaierait de venir, mais comme je ne pouvais pas lui donner un horaire précis de passage et que c’était de très bon matin, je n’étais pas sûr de sa venue. Sur l’une des parties les plus roulantes du Grand Raid, on papote et ça fait passer le temps plus vite. Avec Sonia, on le rejoindra une semaine plus tard pour gravir avec lui le piton des Neiges et profiter de son hospitalité.

Après le ravito de Mare-à-Boue (la bien nommée), se profile la première vraie grosse difficulté de ce Grand Raid. La montée vers Coteau Kerveguen est cassante, il y a plein de racines, de cailloux difformes et de boue. Un cocktail épuisant pour le traileur. Au sommet, la belle vue sur Cilaos réconforte tout le monde, mais le répit ne dure pas longtemps, car la descente est presque pire que la montée. On dévale 750 mètres de dénivelé en trois kilomètres à peine. Un vrai mur ! Je ne prends aucun risque car même si je me suis bien amélioré, je n’ai pas envie de foutre en l’air ma course pour une chute.

J’essaye aussi d’épargner le plus possible ma cheville, j’évite donc les gros sauts ou les réceptions approximatives. Dans cette descente, je suis impressionné par l’aisance des concurrents créoles, ils passent comme des balles sur les hautes marches ou les grosses pierres. Une démonstration fascinante. En bas de la descente, il reste encore quelques kilomètres avant de rejoindre la première base de vie sur le terrain de foot de Cilaos. On est vendredi midi, déjà 14 heures de course et 63 kilomètres de parcourus. Le tiers le plus facile. Sonia m’accueille, ravie de me voir plutôt en bonne forme, même si la montée et la descente de Coteau Kerveguen m’ont rincé. Je me lave les pieds, je me change entièrement, je mange du riz et du poulet, et puis je trouve un peu d’ombre près du coin du jardinier dans le fond du stade pour dormir un peu. Une micro sieste de 20 minutes qui me requinque. Après deux heures de pause à Cilaos, je repars vaillant vers le col du Taïbit. Je retrouve Sonia à l’entame de cette difficulté. Elle me dira plus tard qu’elle était hyper confiante à ce moment-là, je lui paraissais plus en forme que la majorité des participants. Elle me retrouvera bien plus tard au sommet du Maïdo et les choses auront bien changé.

Une courte sieste sur la base de vie de Cilaos - Radio France
Une courte sieste sur la base de vie de Cilaos © Radio France -

Car au sommet du Taïbit, on bascule dans le fameux cirque de Mafate, accessible uniquement à pied. Cette ascension se passe bien, je gère tranquillement mon rythme. L’objectif, est de ne jamais forcer, de ne pas mettre son corps dans le rouge. À mi-pente, il y a de l’ambiance. De la musique à fond et les membres d’une association proposent une « tisane ascenseur », censé donner de l’énergie pour arriver jusqu’au sommet. Pour les Réunionnais, le Grand Raid, c’est l’un des événements, si ce n’est l’événement numéro un de l’année. Cette course les passionne. Ils encouragent tout le monde avec la même ferveur et la même gentillesse. Parfois au détour d’un sentier, alors qu’on ne s’y attend pas, certains ont planté leurs tentes ou leurs chapiteaux. Ils festoient et encouragent à tout va. Les enfants tendent la main au bord des sentiers pour qu’on leur donne une petite tape. Un vrai bonheur de courir dans ces conditions !

Au sommet du Taïbit, je suis un peu déçu, car la brume s’est levée et je ne verrai donc pas tout de suite la beauté du cirque de Mafate. D’ailleurs c’est l’un des petits regrets de cette course, je ne verrai pas grand-chose de Mafate, car j’y passerai ma deuxième nuit de course. Quand je repars du ravito de Marla, la pénombre s’est installée. Je ne vois rien, mais je sens que ça monte et ça descend sévère. Je commence à fatiguer un peu, mais j’avance toujours bien, mieux que la moyenne en tout cas. Je marche de manière régulière en montée. Après le passage au col des Bœufs, je suis quasiment le seul à courir sur un faux plat descendant vers le ravito de la plaine des Tamarins. Ça fait un bien fou au moral de doubler en course. Non pas que le classement ait une véritable importance, mais ça booste de se sentir, en tout cas à ce moment-là, mieux que les autres. Je gère correctement la descente boueuse du Sentier scout. Je suis surpris, même là je gratte beaucoup de places. La remontada se poursuit, je suis 1093ème au passage d’Îlet à Bourse. On est à mi-course, tous les voyants sont au vert.

Dans la descente vers la rivière des Galets, le sentier commence à ressembler à un champ de bataille. Il n’y a aucun endroit où dormir dans le cirque de Mafate, pas de lits dans les ravitos. Les traileurs se couchent donc dans leurs couvertures de survie au bord des sentiers. La première fois, ça surprend de voir un corps allongé comme ça derrière un arbre. Mais on s’habitue vite, car il y en a des dizaines partout, un vrai champ de bataille je vous dis. J’hésite à en faire de même. Finalement je tente le coup en m’allongeant dans l’herbe derrière le ravito de Grand Place. J’enlève mes vêtements trempés pour garder ma seule veste et m’envelopper dans ma couverture de survie. Mais celle-ci est trop courte pour mon double mètre. Je reste plus d’une demi-heure sans parvenir à m’assoupir, je commence à avoir vraiment froid. Je me décide à repartir et deux-trois kilomètres plus loin, ma course bascule.

En traversant la rivière des Galets, je glisse sur une pierre et tombe à l’eau. Je peste, car j’avais à ce moment-là ma veste dans la main avec dans la poche mes gants, mon tour de cou, mon bonnet. Tout est trempé. Mes chaussures et chaussettes aussi évidemment. Je me pose sur un rocher pour essorer le tout du mieux possible. Sur le coup mon appréhension, c’est d’avoir des ampoules. Mais je ne me doute alors pas des véritables conséquences de cette chute. La longue ascension du Maïdo commence (plus de 1.700m de dénivelé). J’intègre un groupe de traileurs, qui ne va cesser de croître au fil de la montée. C’est une coureuse d’une cinquantaine d’années qui est en tête de cortège et qui imprime le rythme. Dix, puis vingt, puis trente traileurs grimpent à la file, munis de leurs lampes frontales. Un drôle de défilé au cœur de la nuit mafataise. Bizarrement personne ou presque n’osera doubler, les gens commencent à être sur les rotules et le petit rythme de marche sur cette partie difficile convient à tout le monde. Pour ma part, je sens que les forces m’abandonnent, rien à voir avec l’énergie que j’avais encore avant la chute. Car j’ai froid et de plus en plus froid. Pas une habitation à l’horizon pour tenter de sécher un peu mes vêtements et me réchauffer. On est au cœur du no man’s land de Mafate. 

L’ascension vers Roche Plate me paraît interminable. À l’approche du hameau, il y a un replat, l’écart entre les coureurs se fait plus grand, je me retourne à plusieurs reprises, car je crois entendre un concurrent dans mon dos qui veut me dépasser. En fait, il s’agissait du bruit de mes propres pas. Plus loin, je crois voir des spectateurs entre des arbres, mais non rien du tout. Je suis en proie à des hallucinations liées à la fatigue. J’avais déjà lu ce type d’histoires, mais ça fait très bizarre de l’expérimenter soi-même. C’est flippant. J’ai hâte d’arriver au ravito pour ne pas prendre de risques, me reposer et surtout me réchauffer, car j’ai tellement froid.

Heureusement, il y a une équipe médicale au ravitaillement de Roche Plate. Une infirmière me prend ma température, 35,3 degrés. Sans surprise, je suis en hypothermie. J’ôte tous mes vêtements mouillés pour m’envelopper dans deux couvertures de survie, assis sur une chaise. Les rares lits présents sont tous occupés. Je n’ai pas l’impression de me réchauffer même si on m’a offert une soupe. Après trois quarts d’heure d’attente assis, j’ai la possibilité de me coucher sur un lit qui vient de se libérer. Je parviens alors à dormir une grosse demi-heure. L’infirmière me réveille et prend ma température, elle est remontée à 36,7. Elle me pose quelques questions sur mon état général. Comme je suis parvenu à bien manger et boire jusqu’à présent, elle m’autorise à repartir.

Le cirque de Mafate - Radio France
Le cirque de Mafate © Radio France -

Je grignote deux trois choses, mais je n’ai plus faim. Je sens que ça n’est pas la grande forme quand j’entame la deuxième partie de la montée vers le Maïdo. J’ai prévenu Sonia de ma mésaventure. Je la devine anxieuse. Elle n’a pas dormi de la nuit, tellement elle était stressée à attendre l’avancée du concurrent 2088 sur le live trail de la Diagonale des Fous. Ça fait plusieurs heures qu’elle m’attend au sommet du Maïdo. J’avance tant bien que mal, mais j’ai désormais des remontées et une envie de vomir dès que j’avale la moindre goutte d’eau. Foutue chute ! Je maudis décidément la rivière des Galets. Car en 2015 lorsque j’ai découvert la Réunion en randonnant, j’étais déjà tombé en traversant ces galets, plus au nord. Je m’étais fait un bel hématome au passage. Mais ça ne sert à rien de ressasser cette chute, c’est fait, c’est fait, il faut continuer à avancer coûte que coûte. Un hélicoptère passe près de nous pour nous filmer. Son observation permet d’oublier un peu la galère du moment. On voit et on entend au loin le public qui acclame les coureurs franchissant le Maïdo. Bientôt ça sera mon tour, mais les choses se gâtent à 500 mètres environ du sommet. J’ai maintenant furieusement envie de vomir, je m’arrête tous les cinquante mètres mais rien ne vient. C’est horrible, je me sens tellement mal. Je me fais doubler par des coureurs que j’avais dépassé pour certains dans la montée. À l’agonie je parviens au sommet. La vue est magnifique mais mon état est tellement pitoyable que je ne peux pas en profiter. Je m’allonge dans l’herbe auprès de Sonia, qui va faire tout son possible pour me réconforter et me redonner le moral. Il reste alors 52 kilomètres, une éternité sur un parcours aussi cassant et difficile. À ce moment-là, oui c’est clair, j’ai plus envie d’arrêter que de continuer, même si je sais pertinemment que je n’abandonnerai pas. Sonia m’avouera plus tard que j’étais blanc comme un linge et qu’elle était très inquiète pour moi, après avoir été extrêmement confiante à l’entrée de Mafate. En quelques heures (et une maudite chute), ma course a radicalement changé de visage. C’est ça le charme, la beauté et la difficulté de l’ultra trail. On peut rapidement passer d’un état d’euphorie à un état de détresse et inversement. Un ultra, c’est une longue et fascinante quête.

Alors que je suis au plus mal, j’essaie de positiver. Je n’ai plus froid, le soleil matinal tape déjà fort sur les montagnes réunionnaises. Le plus dur est derrière moi, déjà près de 8.000 mètres de dénivelé positif. J’ai une belle avance sur les barrières horaires, ça me laisse de la marge pour terminer, même à tout petit rythme. Pour me remonter le moral, je lis les messages d’encouragement de tous les potes qui suivent la course sur internet, en particulier Julien et Julien qui sont bien à fond. Un dernier bisou réconfortant à Sonia et je repars au combat. Car la dernière ligne droite d’un ultra, c’est vraiment un combat contre soi-même, pour X ou Y raisons, la plupart des coureurs sont très affaiblis. Je vois des traileurs strappés de partout, des mecs qui traînent la patte, d’autres hagards assis au bord d’un sentier. L’image qui me vient une nouvelle fois à l’esprit, c’est celle d’un champ de bataille ou d’une arène. J’avais lu dans la presse réunionnaise qu’on pouvait comparer les ultra-traileurs aux gladiateurs des temps modernes. C’est un peu ça, sans l’odeur du sang évidemment.

La descente du Maïdo vers la deuxième base de vie à Îlet Savannah est très longue (pas loin de 2.000 mètres de dénivelé), mais heureusement, elle n’est pas trop dure ni technique. J’alterne entre course et marche, car mon corps même réchauffé ne va pas beaucoup mieux. Toujours ces remontées et cette envie de vomir. Musculairement, pas de souci, je suis en mesure de courir en descente, mais mon corps ne veut plus, il me dit stop. Alors je ne force surtout pas, je gère comme je peux pour arriver à Îlet Savannah. 

Sonia m’attend un kilomètre en amont de la deuxième base de vie. Elle n’est pas encore aussi fatiguée que moi, mais presque. C’est une sacrée épreuve physique et psychologique pour elle aussi : des centaines de virages sur les sinueuses routes de l’île, des heures d’attente aux ravitos, des bonnes mais aussi des mauvaises nouvelles à encaisser, ne rien laisser paraître quand ça va mal. Elle est soulagée de me voir là, dans un état un peu meilleur qu’au Maïdo, vous allez me dire pire c’était difficile. À Îlet Savannah, l’objectif est de se ressourcer. Je me fais masser, puis strapper par sécurité la cheville pour la fin de course. Après un peu de repos, l’estomac semble en mesure d’accepter un peu de nourriture. Je partage donc un peu de riz et de poulet avec Sonia, ainsi qu’une compote de pommes. Déjà près de deux jours que je suis en course. Le corps ayant subi un sacré choc avec l’hypothermie, je préfère m’accorder une nouvelle sieste. À Îlet-Savannah, tout est parfaitement organisé pour que les traileurs puissent bien dormir. Une femme note ton numéro de dossard et la durée de ta sieste. Pas besoin de mettre de sonnerie sur le portable, susceptible de réveiller le voisin. Je m’accorde 45 minutes de sieste. Au final, je suis resté trois heures sur cette base de vie. Un repos nécessaire et salutaire. Car c’est encore l’équivalent d’un petit marathon en montagne qui m’attend. La montée vers chemin Ratineau se passe bien. Elle n’est pas très dure et je vais un peu mieux. Oh, pas la grande forme, mais j’avance doucement vers la fin de l’aventure. Au ravito, je calcule, je suis monté à une allure qui me surprend à nouveau. Si la descente se passe aussi bien, je serai rapidement à la Possession. Mais en trail, descendre est parfois (souvent) plus compliqué que monter. On rentre dans une espèce de jungle avec des lianes, des cordes, des gros rochers, c’est très raide, ça ne fait pas que descendre, il y a de sacrés coups de cul en montée. Un enfer à ce stade de la course. J’entends plus d’un coureur pester contre les organisateurs. Je garde mon calme, il faut rester concentré, malgré l’état d’épuisement pour éviter une chute ou une blessure qui serait fatale. Je ne suis tombé qu’une fois pendant ce Grand Raid en glissant sur un galet. Avec mon mètre 99, mon centre de gravité haut et ma faible vitesse de jambes, je suis un piètre descendeur. Tomber une seule fois relève du miracle en ce qui me concerne, tant il a fallu éviter des cailloux, des racines, des trous, le tout parfois sur des sentiers glissants. 

Cette partie en descente vers la Possession me semble interminable, d’autant que j’entame ma troisième nuit dehors. Quel truc de fou ! Sonia m’attend encore fidèle au poste, un grand sourire aux lèvres à chaque fois que je la rejoins. Son soutien a été tellement précieux sur cette épreuve. L’arrivée n’est plus trop loin, un gros semi-marathon seulement. Mais désormais je n’arrive plus à m’alimenter du tout. Sur les 40 derniers kilomètres, j’aurais seulement avalé péniblement deux pom’pot, c’est à dire quelques dizaines de grammes de compotes. Même boire s’avère compliqué. À chaque fois que j’avale un peu d’eau, j’ai des remontées terribles. Mon corps n’a plus les moyens d’assurer la digestion, toute son énergie est consacrée à me faire avancer péniblement. Je me contente donc de mouiller mes lèvres et de recracher l’eau. Pourtant ce simple geste me fait du bien, je le sens, ça apporte une petite satisfaction au corps.

À la sortie du ravito, il y a un petit robinet, je mouille ma casquette et la mets sur ma tête, je me dis que ça va me faire du bien. Je perds ma lucidité, il fait nuit et bientôt froid, je risque juste de tomber malade. Je prends mon haut à manches longues et m’essuie les cheveux tant bien que mal. Je remplace la casquette mouillée par mon bonnet sec. Direction le chemin des Anglais, l’avant-dernière difficulté de cette folie. On longe désormais la côte à l’ouest de Saint-Denis. Le public est à nouveau très nombreux et enthousiaste. Grâce au prénom imprimé sur nos dossards, les gens peuvent nous encourager directement. À la sortie de la Possession, j’entends « Allez Luc, un petit sourire ». C’est une dame âgée qui m’interpelle. Je la regarde un peu étonné, je dois avoir une tronche d’enterrement. Je rassemble quelques forces pour lui offrir le sourire réclamé, elle se marre et m’applaudit encore plus fort. C’est ce genre d’attentions qui font aussi le charme de cette course. J’attaque le fameux chemin des Anglais avec appréhension. C’est un sentier parsemé de pavés, plutôt une bonne nouvelle non ? Malheureusement ces pavés sont difformes, pointus, une horreur absolue. Au début, il y a bien une allée centrale de pavés à peu près droits, mais ça ne dure pas bien longtemps. Je me dis que les organisateurs n’ont aucune pitié de nous faire passer par ce chantier à ce stade-là de la course. Je double un mec qui me dit qu’il est tombé sur ces foutus pavés. Il s’est fabriqué une espèce de béquille en bois pour continuer à avancer. Quel courage ! Ou quelle folie ? À ce stade-là du dépassement de soi, la frontière est ténue. Le chemin des Anglais ressemble plus à la Cour des Miracles qu’à un sentier de trail. Tout au long du Grand Raid, on engage des conversations avec le coureur qui nous suit ou nous précède, ça fait du bien de parler. Parfois on écoute juste ce que les autres racontent. J’essaie de me dire régulièrement que j’ai une chance énorme de faire la Diag, que c’est une expérience unique, que je dois kiffer à fond. J’y arrive par moments, mais il faut aussi avant tout garder sa concentration. J’ai dû me dire mille fois, « calme-toi, concentre-toi encore et encore ». Car notamment sur ces foutus pavés de traviole, le moindre faux pas peut se payer cher. Je finis la descente au ralenti et quel plaisir d’entendre un vigoureux « allez Luc, allez chéri » en bas de ce chemin des Anglais. Sonia m’attend au dernier ravitaillement. La délivrance est proche.

Je n’arrive toujours pas à boire et à manger, mais je sais maintenant que sauf accident c’est gagné, il me reste quasiment 20h pour finir la course dans les temps. Pour aborder au mieux la dernière grimpette, je m’accorde une nouvelle sieste de 25 minutes sur un lit de camp et sous ma couverture de survie. J’aurais dormi un peu moins de deux heures pendant cette Diag. Ça me paraît tellement peu, mais beaucoup de coureurs n’auront pas fermé l’œil de la nuit, comme ce jeune Réunionnais de Saint-Paul qui faisait sa première Diag ou cet expérimenté traileur sexagénaire, qui m’a raconté les incroyables hallucinations dont il a été victime. Je crois avoir été prudent et sage en m’accordant quatre petites plages de sommeil.

Au réveil, je remplis une flasque, je vérifie mes affaires, mais je ne trouve plus mon dossard. Je fouille mon sac plusieurs fois, je cherche partout, mais où est-il donc passé ? Je l’avais posé sur mon sac, mais le vent a dû l’emporter. Avec un peu d’anxiété, je file au poste de pointage pour expliquer la situation. On me rassure vite en disant que je pourrais finir la course grâce à la puce qu’on installe sur le sac. Les bénévoles préviennent les responsables de course de la perte du dossard. Je m’apprête à repartir, quand un autre bénévole débarque en expliquant avoir retrouvé un dossard. Il va le chercher et c’est bien le mien. Quel soulagement. Nouveau coup de fil et après avoir perdu une bonne petite demi-heure avec cette péripétie, j’attaque le final. Encore des pavés pour commencer la montée vers Colorado. Je discute avec un coureur du trail des Bourbons, ils font le même final que nous. Lui aussi a envie de vomir depuis quelques kilomètres. Il me propose de prendre une ou deux gouttes d’huile essentielle de menthe poivrée. Ça soulage un quart d’heure me dit-il, en ce qui le concerne. Effectivement, c’est le cas aussi pour moi. C’est déjà ça de gagné. On continue à parler ensemble de médicaments, des plantes à la Réunion, de ce que les locaux appellent l’Efferalgan (le gros thym en fait qui a le même effet). C’est intéressant et ça fait oublier un peu les souffrances. Mais son rythme est supérieur au mien et il finit par me larguer. 

Au milieu de la montée, il y a un long replat. J’arrive à hauteur d’un coureur qui me parle en créole. Je lui signifie que je ne comprends pas, mais il continue comme ça pendant plusieurs minutes. Scène assez cocasse. Quand tout d’un coup, il s’excite en me montrant un arbre. Je ne saisis pas tout de suite ce qu’il veut, mais je finis par distinguer un endormi dans un arbre, cet animal qui change de couleur pour se fondre dans le paysage où il se situe. C’était un moment sympa, comme celui que je vis dix minutes plus tard. Au coin d’une rue, des jeunes (qui ont sans doute légèrement abusé de rhume arrangé en ce samedi soir) m’encouragent bruyamment et me proposent même un petit « bédo ». Ça me fait bien marrer. Même si je suis à bout de force, je savoure comme je peux cette dernière montée. Je vais la finir cette Diag, à condition d’éviter les écueils de la dernière descente piégeuse vers Saint-Denis. Au sommet du Colorado, j’appelle Sonia qui dort (enfin) un peu. « Je suis là dans peut-être une heure ou sans doute plus je ne sais pas, mais j’arrive ». Cette dernière descente m’épuise psychologiquement, il y a tellement de cailloux et de racines à éviter dans la forêt. J’entends le speaker au loin saluer les finishers. Je vois les lumières de Saint-Denis approcher tout doucement, je finis par distinguer au loin le stade de la Redoute éclairé dans la nuit. Je ne cesse de me répéter : « Pas de connerie, concentré jusqu’au bout Lucho ». Je me fais deux, trois frayeurs en restant accroché à des racines, mais je finis par sortir de la forêt. Sonia m’attend aux anges pour les 500 derniers mètres de course. Je ne sais pas ce qui me prend, j’accélère comme un dératé avant d’entrer dans le stade. Sonia me demande de ralentir pour me filmer. Sur la piste du stade de la Redoute, je donne mon portable à un spectateur qui va nous filmer tous les deux pour garder une trace de cette arrivée mémorable. Pas très doué le gars, je perds deux minutes à lui expliquer comment fonctionne la caméra du portable. Deux ou trois concurrents me dépassent, pas bien grave. Sonia et moi franchissons la ligne, main dans la main, elle plus expressive que moi. Je finis 1324ème en 53h 49 minutes et 36 secondes. 1953 coureurs verront la ligne d’arrivée à la Redoute (sur plus de 2700 partants, soit 28% d’abandons). Je reçois le T-shirt et la médaille du finisher : « Grand Raid de la Réunion. J’ai survécu». Le speaker m’interviewe, pour une fois c’est moi qui dois répondre à quelques questions au micro. Comme je vous l’ai dit, le soulagement d’en finir est supérieur à la joie à ce moment précis. Vu mon état d’épuisement, je ne savoure pas l’exploit autant que je me l’étais imaginé. Ce n’est qu’après avoir enfin dormi un peu et en lisant plus tard les messages des amis, que je réalise la portée de la performance. Oui, c’est vraiment une course de fous cette Diagonale. Je m’en rends encore plus compte en rédigeant le récit de ma course. Il y a bien des choses qui procurent beaucoup d’émotions dans la vie, mais il ne doit pas y en avoir beaucoup qui offrent autant de joies, de peines, de hauts, de bas, de plaisir et de souffrance qu’une telle course.

Un T-shirt en guise de récompense - Radio France
Un T-shirt en guise de récompense © Radio France -

Quel bilan en tirer ? Ça mérite clairement d’être vécu. Pour l’ambiance exceptionnelle et la ferveur des Réunionnais. Pendant trois jours, j’ai été soutenu comme jamais sur une course, quasiment comme un pro. Les paysages notamment des cirques sont magnifiques. La course est très exigeante. Ce sont 166 kilomètres, mais pas sur du sentier plat et roulant. Il y a de la pente et surtout beaucoup de cailloux et de marches qui t’épuisent. C’est un dépassement de soi extrême, à la limite du raisonnable. C’est la réflexion que je me faisais à chaud, mais aussi à froid, la tête reposée. Ne vaudrait-il pas mieux faire des courses aussi dures, mais plutôt sur un format de 80 à 120 kilomètres. Car la plupart des coureurs arrivent à prendre beaucoup de plaisir sur 24-36 heures. Les 50 derniers kilomètres ressemblent plutôt à un calvaire pour à peu près tout le monde, car on est épuisés, parfois blessés. On n’est pas à l’abri d’un accident grave avec ces hallucinations et cette fatigue généralisée. J’ai le sentiment d’avoir été globalement dans le contrôle sur la fin, malgré mon épuisement. J’ai réussi à gérer comme j’ai pu les conséquences de mon hypothermie. Mon corps a subi un choc important, et il n’a plus répondu du tout après ma chute dans l’eau qu’avant. J’aurais sans doute pu viser un top 1.000 sans cette péripétie. J’aurais pu faire mieux si je n’avais pas dû interrompre mon entraînement lors des deux derniers mois. Mais je n’ai aucun regret, je balaie toutes ces péripéties d’un revers de la main. Je suis très heureux d’être un finisher de la Diag. Ça n’était pas gagné avec une cheville récalcitrante. Ça n’était pas gagné tout court, tellement cette course est éprouvante. Je suis heureux aussi d’avoir partagé toutes ces folles émotions avec mon amie Sonia, un soutien tellement précieux et indéfectible pendant le Grand Raid, mais aussi lors de la longue préparation (pendant laquelle je n’ai d’ailleurs jamais ressenti de lassitude, tellement c’est un plaisir de courir au Mont Sainte-Odile, ma terre d’entraînement dans le massif vosgien). Je remercie aussi tous mes amis qui ont vibré et stressé derrière leur ordi, les deux Julien, Cédric, les Csukas et tous les autres. Merci aussi à mon kiné Goulven qui en a bavé avec cette vieille cheville en bois. Merci enfin à Bruno pour ses précieux conseils, lui qui a vécu (avec le même bonheur de finir) cette course en 2018. D’ailleurs, pour conclure, c’est aussi l’objectif de ce récit, n’hésitez pas à vous lancer dans l’aventure. Comme la plupart des finishers, je ne suis pas un athlète hors norme (au collège, je finissais plus 45ème du cross sur 60, loin du podium). Pour être finisher de la Diag, il faut évidemment s’entraîner sérieusement pour avoir du coffre, mais la clé essentielle reste le mental. Il faut toujours positiver, ne jamais lâcher. L’autre atout, c’est l’intelligence de course, savoir bien gérer ses efforts et son corps. Et si le Grand Raid vous paraît hors de portée, n’hésitez pas à vous lancer un autre défi, un 50 kilomètres pour les uns, un 25 pour les autres, chacun avec ses moyens. La satisfaction et le plaisir seront aussi au rendez-vous. Ma récupération s’est bien passée, il est vrai qu’on marche tellement que les traumatismes musculaires ne sont pas aussi importants que l’on ne le redoute. Quatre jours après la course, je me suis remis à randonner doucement pour faire découvrir à Sonia Mafate, Salazie  et même le Piton des Neiges. Elle le méritait bien. 

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