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Michael Jeremiasz : "Le handicap peut-être associé à la performance, au bonheur, à la réussite..."

Par Jean-Baptiste Marie, France Bleu Azur samedi 30 septembre 2017 à 12:06

Michael Jeremiasz a initié plus de 200 enfants au tennis fauteuil pendant le tournoi.
Michael Jeremiasz a initié plus de 200 enfants au tennis fauteuil pendant le tournoi.

L'Académie Mouratoglou, à Sophia-Antipolis, a accueilli toute la semaine la première édition du French Riviera Open. Un tournoi international de tennis fauteuil dirigé par Michael Jeremiasz. L'ancien champion paralympique (retraité des courts) oeuvre pour faire changer les regards sur le handicap.

La première édition du French Riviera Open de tennis fauteuil s'achève ce samedi à la Mouratoglou Academy à Sophia-Antipolis. Pendant toute la semaine, quelques uns des meilleurs joueurs de la discipline se sont affrontés dans ce tournoi de catégorie ITF 2, l'équivalent d'un ATP 250 chez les valides. Le tournoi s'est monté grâce au duo formé par Patrick Mouratoglou et Michael Jeremiasz, directeur de l'Open. Une façon pour l'ancien champion paralympique (Pékin 2018) de poursuivre son combat contre la discrimination des personnes handicapées.

"C'est une longue histoire d'amitié, raconte Patrick Mouratoglou, l'entraîneur de l'américaine Serena Williams. Avec Michael, on se connait depuis 17 ans. Il est arrivé à l'académie après son accident. Il démarrait le tennis en fauteuil et je lui ai mis un préparateur physique et des installations à sa disposition. Quelques années plus tard, Michael est devenu numéro 1."

I tried #wheelchair tennis. It is a real challenge. Those guys are real athletes ! @frenchrivieraopen @michaeljeremiasz

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Leur lien ne s'est jamais distendu aboutissant à la création du French Riviera Open. "Lorsqu'il a eu l'idée et l'envie de monter ce tournoi. Il est venu vers nous", poursuit Mouratoglou. "L'objectif est que ça dure, confirme Jeremiasz qui a organisé l'Open avec son ami Cédric Mocellin. On veut offrir les meilleurs conditions de jeu et d'accueil pour les joueurs, le spectateurs et téléspectateurs. Car à terme, on souhaite médiatiser l'évènement." "On a vraiment la même ambition, renchérit Patrick Mouratoglou. Pour la première année, on a cinq joueurs du Top 10. Et on a l'intention d'en faire le rendez-vous international de la saison après les grands chelems."

Un tournoi citoyen

Au-delà de l'aspect sportif, le French Riviera Open a aussi une vocation citoyenne. Chaque jour, des enfants des écoles voisines sont venus s'essayer à la pratique du tennis fauteuil. "Il suffit de voir ce que Michael fait tous les jours ici et tout au long de l'année, expose Mouratoglou. Il emmène les enfants sur les courts et leur fait prendre conscience de ce qu'est le handicap."

L'ancien champion paralympique de Pékin (2008) fait changer le regard des enfants de manière ludique. Michaël Jeremiasz retraité des courts de tennis depuis les Jeux de Rio (2016) s'est lancé dans la course de fond. Il sera au départ du marathon de New-York le 2 novembre prochain. Michaël Jeremiasz nous raconte son combat quotidien en faveur des personnes handicapées.

Le regard sur le handicap en France change-t-il vraiment ?

"Ça fait 17 ans que je suis en fauteuil roulant. La société évolue tout change. Ça va dans le bon sens, mais ça ne va pas assez vite. Le fait que l'on ait le Jeux Paralympiques et Olympiques en 2024, ça sera un formidable accélérateur en terme d'accessibilité, de changement de regards, d'intégration. Mais il y a encore beaucoup de travail on reste l'une des minorités les plus discriminés dans la société."

Michael Jeremiasz porte drapeau de la délégation française aux Jeux Paralympiques de Rio en 2016 - AFP
Michael Jeremiasz porte drapeau de la délégation française aux Jeux Paralympiques de Rio en 2016 © AFP - JACQUES DEMARTHON

Vous n'en avez pas marre d'être sollicité par les médias ?

"Ça fait des années que je me bat pour que les médias soient présents sur nos évènements. Montrer nos performances et ne plus parler de handicap à travers des adjectifs plutôt péjoratifs. Au contraire, aujourd'hui le handicap peut être associé à la performance, à la réussite, au bonheur, à l'épanouissement... Bien sûr, c'est extrêmement dur d'être handicapé. Mais parce que la société nous est hostile. Le jour où elle sera à l'aise avec ses minorités, on sera beaucoup plus épanoui."

Vous avez accueilli plus de 200 scolaires pendant l'open. Comment réagissent-ils ?

"Ils sont très curieux. Pourquoi vous avez les jambes maigres ? Elle est où votre jambe ? Des questions qu'ont les adultes mais que seuls les enfants posent. Les adultes il faut déconstruire des dizaines et des dizaines d'années de peur d'appréhension, d'ignorance."

Et sur le fauteuil ?

"Quand on les installe sur un fauteuil, c'est un mélange. Par exemple un gamin a discuté avec la numéro 1 française ici à la Mouratoglou Academy. Il a vu qu'elle était amputée et ça l'a choqué. Puis après au bout d'une heure, il en rigolait, il comprenait. Sans s'en rendre compte il joue depuis une heure sur un fauteuil roulant. Chose que leurs parents ou la société vous décrivent comme le pire qu'il puisse arriver. L'idée n'est pas de rire du handicap, mais c'est de l'appréhender différemment. Et c'est extrêmement efficace."