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REPORTAGE | Dans l'assiette des skippers de la Transat Jacques Vabre

Par Antoine Krempf, France Bleu Normandie (Calvados - Orne), France Bleu Cotentin et France Bleu Normandie (Seine-Maritime - Eure) samedi 2 novembre 2013 à 10:23

Yann Eliès et Erwann Leroux embarqués sur le trimaran FenetréA Cardinal.
Yann Eliès et Erwann Leroux embarqués sur le trimaran FenetréA Cardinal. © Radio France - - Antoine Krempf

La nourriture est aussi importante pour les skippers que la préparation technique du bateau ou le sommeil. Même si les vivres stockées à bord n'ouvrent pas vraiment l'appétit, elles déterminent non seulement la santé physique des navigateurs, mais pèsent également sur l'équilibre du bateau. Découvrez les préparatifs de Yann Eliès et Erwan Leroux sur le trimaran FenêtréA-Cardinal.

Erwan Le Roux et Yann Eliès ont terminé leur dernier entraînement avant le départ pour la transat Jacques Vabre. Ce jour-là, le skipper et le co-skipper du trimaran FenêtréA Cardinal se retrouvent dans un hangar d'une zone d'activité de la Trinité-sur-mer pour empaqueter toute la nourriture qu'ils vont embarquer à bord de leur Multi50.

 

Après ce premier tri, les sacs de nourritures sont pesés avec précision. Car s'il faut embarquer assez pour manger pendant la traversée, il ne faut pas trop alourdir le bateau. D'où les plats lyophilisés. ̎"On a une petite cinquantaine de kilos de vivres à bord. C'est pas mal ", juge le skipper Erwan Le Roux. Direction donc le ponton pour charger la cargaison. Les sacs de nourriture et les pack d'eau prennent place dans la cabine du bateau. Mais ils n'ont pas de place précise car pendant toute la traversée, les deux navigateurs vont devoir les bouger en fonction du vent.

La répartition des sacs en fonction des jours ne relève pas forcément des préférences culinaires ou du hasard. Les premiers jours sont plutôt dédiés aux produits frais et aux protéines. "Les navigateurs ont des dépenses énergétiques importantes mais elles dépendent aussi de l'endroit de navigation. En zone tempérée comme la Manche, ils ont besoin de 4.500 kcalories. On tombe à 3.500 dans les zones plus chaudes. Un marin qui ne mange pas assez peut faire de grosses erreurs de stratégie en course ",explique Laure Jacolot, médecin au pôle France de voile. D'après l'étude qu'elle a menée sur 12 skippers du dernier Vendée Globe, certains avaient perdu jusqu'à 7 kg à l'arrivée quand d'autres ont gagné 2 kg.

Erwan Le Roux fait partie de ceux qui perdent. Il sait bien qu'il devrait manger plus pendant les courses. Mais c'est impossible pour le navigateur, surtout les premiers jours.

Cette phase critique des premiers jours, Yann Eliès la connaît aussi : ̎"Le corps doit s'habituer à manger et dormir en continu sur 24 heures. Quand on part en mer, l'idéal c'est de manger en petite quantité pour ne pas avoir envie de dormir après un repas trop gras ou trop copieux. Après trois ou quatre jours, on arrive à un équilibre ".

Tout au long de la course, les deux marins vont donc manger des plats lyophilisés pour se maintenir en forme. Mais pas seulement. La nourriture est aussi vitale pour le moral de l'équipage. Au milieu des sacs de couscous et de pâtes en sachets, les deux marins embarquent aussi du saucisson ou du chocolat. "Rien que pour le plaisir ", explique Yann Eliès.

Qu'ils soient lyophilisés ou non, il faut bien évacuer une partie des repas. Et pour ça, les marins ont un saut et des sacs biodégradables... qui finiront dans la mer.