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Un des sports de combat les plus dangereux est enseigné dans l'Yonne

Par Martin Cotta, France Bleu Auxerre vendredi 30 octobre 2015 à 19:19

Mehdi Youhet dans la cage avec ses combattants de Saint-Clément !
Mehdi Youhet dans la cage avec ses combattants de Saint-Clément ! - Mehdi Youhet

Considérées comme dangereuses, les compétitions d'Arts Martiaux Mixtes (MMA) sont interdites en France. Pourtant des clubs organisent des entraînements comme à Saint-Clément dans l'Yonne. Une cinquantaine d'Icaunais se battent dans la salle de Mehdi Youhet chaque semaine.

Largement développées aux États-Unis, les compétitions de MMA (Arts Martiaux Mixtes) sont interdites en France. Pour autant dans l'Hexagone, des clubs se structurent et proposent cette pratique, supposée dangereuse, où (presque) tous les coups sont permis. Exemple à Saint-Clément dans la banlieue de Sens.

Depuis 2011, ça cogne dur dans la salle de sport de Mehdi Youhet et Cédric Mussard. Les deux gérants s'adonnent avec une cinquantaine de licenciés à la pratique du MMA, "un mixte de karaté, de boxe, de Kung-fu etc. C'est un peu comme un triathlon avec un mélange de trois distances" explique Mehdi Youhet. Titulaire d'un Bac + 3, ce dernier n'a pas hésité il y a quatre ans à reprendre une salle de sport de Saint-Clément tout en laissant tomber son métier de dessinateur industriel. Pour le combat, pour le MMA.

Droit d'étrangler

A la création de ce sport de combat aux États-Unis, au début des années 90, il n'y avait quasiment pas de règles. Aujourd'hui il est formellement interdit de frapper son adversaire au sol, de frapper ses parties génitales,de le mordre et de lui crever les yeux. En revanche l'étrangler est une possibilité : "Cela s'appelle la soumission. L'adversaire étranglé doit taper au sol pour signifier son abandon. Parfois certains refusent d'abandonner mais l'oxygène n'atteint plus le cerveau pendant la phase de combat ce qui entraîne un évanouissement. Dans ce cas-là l'arbitre intervient" " assure Mehdi Youhet. La pratique peut paraître effrayante mais le gérant l'assure : "Il y a énormément de respect entre combattants, comme au judo en fait. Il y a des règles et de l'humilité de la part des combattants".

"Parfois certains refusent d'abandonner mais l'oxygène n'atteint plus le cerveau"

Dans sa salle, Mehdi Youhet a installé une cage (voir photo). Chaque semaine une cinquantaine d'Icaunais viennent en découdre. "Ce sont des hommes qui ont vu des images de combat à la télévision et qui poussent notre porte par curiosité. Nous avons aussi cinq femmes qui veulent pratiquer le MMA pour savoir se défendre". La plupart des combattants ont entre 26 et 34 ans. Le prix des cours est fixé à 29,90 euros par mois et les assurances coûtent 46,90 euros par an. Élément surprenant : les licences sont émises par la Fédération Française de Judo mais cette dernière ne reconnaît pas le MMA comme  un sport légal...

"Il y a un respect et une humilité chez les combattants"

Compétitions interdites en France mais ...

Si des combats de MMA ont lieu régulièrement outre-Atlantique et dans certains pays d'Europe, la France n'autorise pas la pratique officielle de ce type de combat. Les autorités appliquent une directive du Conseil européen, datant de 1999 et stipulant que "la violence et les actes barbares et sauvages commis au nom du sport sont dénués de valeur sociale dans une société civilisée qui respecte les droits de l'homme". Une formule choquante pour Mehdi Youhet qui ne comprend pas pourquoi le Ministère des Sports n'assouplit-il pas la réglementation ? "Tous les pays d'Europe ont légalisé le MMA sauf la France. Il n'y a pas beaucoup de morts [trois combattants sont décédés depuis 1998, ndlr], ni même beaucoup de blessés par rapport à la boxe anglaise pour prendre un exemple" estime le gérant.

"Il n'y a pas beaucoup de morts et de blessés"

— Mehdi Youhet gérant du club de Saint-Clément

Motif d'espoir pour tous les amateurs de MMA : la tenue en septembre dernier du premier gala au cirque d'hiver de Paris. Les organisateurs ont, contre toute attente, réussi à obtenir les autorisations. "La police est même venue s'assurer que tout se passait bien" d'après Mehdi Youhet. Pour autant le Ministère des Sports a porté plainte et donne rendez-vous aux organisateurs du combat au tribunal. "L’État va t-il gagner et décider de maintenir l'interdiction de notre sport pendant un moment ? Où bien les compétitions seront-elles autorisées, et nous offrir une jurisprudence ?" La décision de justice est attendu de pied ferme par les combattants.

"Il va falloir que l'on fédère pour éviter les pratiques illégales"