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Solitaire du Figaro : Yann Eliès ne part pas "la fleur au fusil"

Par Arnaud Carré, France Bleu Armorique, France Bleu Breizh Izel et France Bleu Gironde dimanche 28 mai 2017 à 15:35

Yann Eliès, vainqueur en 2012, 2013 et 2015, compte sur son expérience pour combler son retard de préparation.
Yann Eliès, vainqueur en 2012, 2013 et 2015, compte sur son expérience pour combler son retard de préparation. © Radio France - Justine Hamon

Le skipper de Saint-Brieuc sait qu'il peut entrer dans l'histoire en remportant l'épreuve pour la quatrième fois. A condition d'être suffisamment remis d'un Vendée Globe où il a laissé beaucoup d'énergie. Entretien.

France Bleu : Est-ce que quatre mois suffisent à digérer un Vendée Globe ?

Yann Eliès : C'est juste, c'est limite. Je pense que la préparation va être terminée dimanche à 14 heures pour le départ. Je savais que ça allait être difficile, ça l'a été, ça l'est toujours un petit peu même si je commence à ne plus trop ressentir les effets du Vendée Globe. Je retrouve une certaine forme physique et une fraîcheur mentale qui, je pense, vont me permettre de faire un résultat. Mais ça a été un combat avec des petites surprises de santé et d'autres, techniques, avec le bateau. En tous cas c'était bien de s'y remettre rapidement. Plus on retarde le moment où on doit reprendre la compétition et plus c'est difficile. Je suis content d'être là mais je ne suis pas dans les meilleures dispositions comme d'habitude où j'arrive à être dans la maîtrise du bateau et à avoir une espèce d'emprise psychologique sur les autres qui se construit entraînement après entraînement, course après course. Cet avantage psychologique là, je ne l'ai pas cette année. Dans la tête de mes adversaires, je ne suis pas au même endroit qu'il y a deux ans ou quatre ans quand j'étais au top sur le circuit. Mais il y aura quand même quelque chose à faire.

Plus que le corps, c'est dans la tête qu'il faut retrouver cet instinct, cette envie d'être le meilleur ?

Tout à fait, il y a cette dimension là. On n'est pas des machines, on ne peut pas toujours être dans un esprit de vainqueur. Après une épreuve comme le Vendée Globe où on a laissé pas mal d'énergie, ce n'est pas facile de retrouver ce mental là. Mais ça revient petit à petit et ça va se construire sur cette première étape où il sera important, dès les premiers instants, de retrouver tout de suite les bonnes sensations.

C'est vrai que tout le monde parle beaucoup de cette fameuse quatrième victoire qui nous ferait rentrer, Jérémie ou moi, dans l'histoire de la course. C'est effectivement ce qu'on vient chercher. Mais ça n'occulte pas le fait que les autres petits copains ont super bien préparé leur affaire.

Vous êtes sorti avec une impression mitigée de la Solo Maître Coq ?

Il y a eu du très bon puisque juste avant de m'échouer sur la grande étape, j'étais en tête. Sur le plan de l'engagement, j'avais peut-être mis la barre trop haut. Je retiendrais quand même que j'étais capable d'être devant. Et puis il faut aussi savoir prendre des risques pour jouer la gagne. On ne peut pas rester le cul sur son canapé si on veut gagner.

Le Figaro de Yann Eliès amarré à côté de celui Jérémie Beyou. - Radio France
Le Figaro de Yann Eliès amarré à côté de celui Jérémie Beyou. © Radio France - Justine Hamon

Résumer cette 48ème Solitaire à un duel entre Yann Eliès et Jérémie Beyou, c'est forcément réducteur ?

C'est vrai que tout le monde parle beaucoup de cette fameuse quatrième victoire qui nous ferait rentrer, Jérémie ou moi, dans l'histoire de la course. C'est effectivement ce qu'on vient chercher. Mais ça n'occulte pas le fait que les autres petits copains ont super bien préparé leur affaire. La maîtrise et le mental se construisent sur la durée. Des marins comme Nicolas Lunven, Charlie Dalin, Erwan Tabarly ou Sébastien Simon sont aujourd'hui un peu au dessus de nos performances et de ce qu'on a pu démontrer en avant-saison mais sur un exercice un peu plus court qui demande moins de puiser dans les réserves. J'espère que Jérémy et moi, on arrivera à dépasser ces concurrents là sur une épreuve un peu plus longue.

Est-ce que le parcours "plus au large" cette année laisse la place à plus de stratégie ?

On a effectivement deux belles étapes d'entrée de jeu avec un aller-retour dans le Golfe de Gascogne. On part de Bordeaux, on monte directement à l'île de Sein pour redescendre à Gijon. C'est un parcours qui peut créer des écarts et qui va être important à négocier en termes de météo. Pareil pour le retour vers Concarneau. Ces deux étapes sont intéressantes. Après, ce que je regrette, c'est qu'on soit sur un format de Solitaire à trois étapes et demi, même pas, parce que la troisième ressemble juste à un rond dans l'eau devant Concarneau même si elle peut créer des écarts. Pour moi, c'est une Solitaire un peu tronquée. J'espère qu'on reviendra à un format plus classique avec quatre vraies étapes et qui nous emmène aussi en Irlande ou en Angleterre. C'est mon souhait pour les prochaines éditions.

Cette course, c'est le meilleur moyen de se remettre en question chaque année et de garder le niveau qui permet de briller dans les classes supérieures.

2013, 2015, à chaque fois que vous êtes parti de Bordeaux, vous avez gagné la Solitaire...

J'aimerais bien réaliser un triplé au départ de Bordeaux et à l'arrivée de Dieppe. Ca ne va pas être simple, je ne pars pas la fleur au fusil. Une édition d'après Vendée Globe, ce n'est pas simple.

Si vous remportez une quatrième Solitaire, on vous reverra ?

Cette course là, je continuerai à y venir. Si je regarde en arrière, la Solitaire du Figaro c'était la course d'une vie, quelque chose qui a marqué ma carrière de marin. La fin sera plutôt marquée par le Vendée Globe mais je reviendrai sur cette course là parce que pour moi c'est le meilleur moyen de se remettre en question chaque année et de garder le niveau qui permet de briller dans les classes supérieures.

Les Figaristes quitteront Bordeaux samedi pour Pauillac d'où le départ sera donné dimanche. - Aucun(e)
Les Figaristes quitteront Bordeaux samedi pour Pauillac d'où le départ sera donné dimanche. - ©AlexisCourcoux