XV de femmes

Par Olivier Uguen et Yves Maugue, France Bleu mercredi 16 septembre 2015 à 19:36

Les hommes du XV de France racontés par leurs femmes.

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XV de Femmes

Les 31 joueurs du XV de France sélectionnés pour la Coupe du monde en Angleterre vont vivre quelques-uns des moments les plus forts de leur carrière. A l'heure du mondial anglais, nous vous proposons de découvrir les coulisses de l’itinéraire d’un rugbyman à travers le regard de celles qui accompagnent ou ont accompagné les plus grands joueurs français : leurs mamans, leurs sœurs, leurs compagnes, bref les femmes de leur vie. 

Les joueurs du XV de France sont-ils prédestinés ? Comment sont-ils arrivés jusque là ? Que ressent-on lorsque l’on porte le maillot frappé du coq ? Et comment peut s’organiser la vie de famille d’un champion ? Quels souvenirs garde-t-on de victoires qui ont marqué l’histoire du rugby français ? 

Nous vous emmenons dans l’intimité des héros tricolores., à partir de la série radiophonique "Femmes de rugby" diffusée en 2011 sur France Bleu (1).

L'étoffe des héros

Dusautoir et Nallet (2011) - Aucun(e)
Dusautoir et Nallet (2011)

Valeurs

Il est chasseur et rugbyman. Julien Bonnaire a disputé il y a quatre ans la finale de la dernière coupe du monde. C'était dans le temple du rugby, l'Eden Park d’Auckland et face aux Néo-zélandais et à leur haka légendaire. De quoi vous donner quelques sueurs froides. Mais non. Julien Bonnaire n’est pas du genre stressé. C’est le fruit d’une éducation témoigne sa femme Coralie.

"Les semaines avant un gros match, il n’est pas vraiment différent. Quand on a la valeur des choses, la valeur de la vie tout simplement, on garde la conscience des réalités. Le rugby tient bien sûr une grande place dans notre vie, mais ce n’est que du rugby."

Christophe Dominici a grandi à Toulon. Il est le petit dernier de la famille. C’est sa grande sœur Pascale qui veille sur lui. Mais, alors que le minot n’a que 14 ans, elle se tue dans un accident de voiture. Le rugby, et ses valeurs, vont l’aider à se reconstruire, raconte sa maman, Nicole.

"_Il aimait la castagne. En fait, il est devenu bagarreur quand il a perdu sa sœur. Il était coléreux, assez teigneux. _Il avait subi un gros choc et il en voulait au monde entier. Il a extériorisé tout cela sur les terrains de rugby. Il a évacué toute cette haine qu’il avait en lui et le rugby lui a fait beaucoup de bien parce que c’est un sport qui a des valeurs qui n’existent pas ailleurs. Il a connu d’autres difficultés, un divorce, une petite déprime mais il est toujours revenu plus fort car il a appris à être un gagneur. Et c’est vrai qu’il nous a donné beaucoup de joie pendant une dizaine d’années très importantes pour nous."

 C’est lui qui nous a redonné le goût de vivre à nous aussi.

La maman de Christophe Dominici - Aucun(e)
La maman de Christophe Dominici - Maxppp

Le rugby, école de la vie. Ou le rugby pour des sportifs qui gardent les pieds sur terre. Laurence est la sœur de Philippe Bernat-Salles, celui qui est aujourd’hui le président de la Ligue Nationale de Handball a débuté le rugby à Pau. Doué mais turbulent, et remis en place par son père.

"Mon père lui a mis la valise devant la porte et lui a dit « tu prends ta mobylette et tu vas te chercher du travail ». C’est ce qu’il a fait. Il avait un Ciao rouge. C’était très rigolo, on le doublait avec maman sur la route de Tarbes. Tout s’est enchaîné comme ça. Il a trouvé du travail, il a évolué au rugby et il a suivi son bonhomme de chemin."

Découverte

Thierry Dusautoir a 10 ans quand sa famille quitte l’Afrique et la Côte d’Ivoire pour s’installer à Périgueux. Il travaille bien à l’école, il fait du judo et va découvrir le rugby sur le tard. Sa sœur Wassia raconte.

"Il est parti au rugby en douce avec des copains savait très bien que ma mère n’allait pas vouloir. Il est rentré avec un œil tout rouge. Il s’était simplement pris un doigt dans l’œil mais ça a mis ma mère en pétard. Thierry lui a dit « je continuerai quand même ». Ma mère a un caractère très fort. Alors, s’il lui a tenu tête, c’est que c’était vraiment son truc. C’était la première fois que je le voyais comme ça, comme un homme, très décidé. Il voulait jouer au rugby et j’ai été bluffée. Aujourd’hui je suis fière de lui. Il a commencé très tard. Et voir aujourd’hui où il en est, je trouve cela génial."

Pierre Albaladejo était le buteur attitré du XV de France dans les années 50 et 60. Sa femme Françoise se souvient de ses débuts.

"Il est arrivé en jouant à l’âge de 14 ans avec les enfants du quartier de Dax où il habitait. Ils jouaient avec des pelotes de laine ou des pelotes de chiffon pour faire des balles. Ils étaient moins gâtés que maintenant. Au club de Dax, personne ne voulait le faire jouer car il était très malingre, très menu. Ils avaient peur qu’il se casse. En plus il a eu des petits problèmes de santé car il avait les pieds plats. C’est drôle non, le champion des buteurs qui avait les pieds plats (rires). Mais tout ça a vite changé. Et à 20 ans, il était déjà international."

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Pierre Albaladejo avec un ballon d'époque

Pierre Albaladejo et l’équipe de France, l’aventure d’une vie puisqu’après avoir porté le maillot Bleu, « Bala » est devenu consultant à la télévision formant un légendaire tandem avec Roger Couderc.

Thomas Domingo est un dur à cuire. Il aime ses racines, la campagne en Corrèze où il est né. Il joue aujourd'hui à Clermont. Le rugby, il y est arrivé un peu par hasard, raconte Josiane, sa mère.

"Thomas joue au rugby mais il ne regardait jamais un match à la télé. Je pense que ce qui lui a plu, c’est l’ambiance, les copains. Il faut dire que Thomas était un peu fainéant. Il fallait qu’il y ait toujours quelqu’un qui le pousse. Il s’est découvert petit à petit et c’est comme ça qu’il a évolué. Après, quand il est parti en sport-études à Ussel, qu’on avait des compliments sur lui, qu’il est parti à Clermont, que des clubs s’intéressaient à lui, on s’est dit qu’il pouvait faire quelque chose. Mais, avant, on n’y pensait pas."

Arrivé à Clermont à 19 ans, ses entraîneurs lui font perdre 18 kilos. L’épisode fainéantise est bel et bien terminé.

Meneurs

Fabien Pelous est le joueur le plus capé du rugby français. Il a porté le maillot bleu à 118 reprises. Le Toulousain était le capitaine du XV de France jusqu’à la demi-finale perdue contre l’Angleterre lors de la coupe du monde 2007.

Quand Fabien parlait il était écouté.

"_Je crois que c’était un grand meneur, dit sa femme Florence. Surtout vers la fin de sa carrière, il avait une grande légitimité vis-à-vis des autres joueurs. Même s’il ne parlait pas beaucoup, quand Fabien parlait il était écouté. Je pense que c’est quelqu’un d’intelligent qui s’est donné les moyens d’arriver. Son physique l’a aidé. Il n’est pas douillet et se remet facilement des blessures. Et puis il est costaud. Quand on voit sa famille, on comprend mieux. Ils sont tous très gaillards_."

Fabien Pelous et sa femme Florence au centre technique de Marcoussis - Aucun(e)
Fabien Pelous et sa femme Florence au centre technique de Marcoussis

Jean-Pierre Rives, le capitaine des années 70 aux cheveux blonds, a été baptisé Casque d’Or par le commentateur des matches de l’équipe de France Roger Couderc. Toulousain comme Fabien Pelous, il est le symbole même de la vaillance.

"_C’est un homme fort, intérieur, artiste, explique sa femme Sonia. Il est très courageux, très entraînant. On a envie de suivre. Il va toujours jusqu’au fond de sa passion. C’est pareil quand il s’agit de l’art_."

Car Jean-Pierre Rives, s’il n’a jamais quitté le milieu du rugby en tant que président fondateur des Barbarians français, est devenu un sculpteur respecté.

Le buteur

Dimitri Yachvili est issu d’une famille de rugbymen. Son grand-père Alexandre jouait à Brive dans les années 50, son père Michel a été international. Ses deux frères ont également joué. Le biarrot est le fils de Germaine.

"Je me souviens d’une finale du championnat de France contre le Stade Français au stade de France (2005, NDLR). Il avait marqué énormément de points. Il y avait eu une pénalité de 50 mètres dans les dernières minutes. Je n’avais pas pu regarder. Je pleurais tellement j’avais peur pour lui. Il l’a passée et Biarritz a décroché le titre (37-34 après prolongation, NDLR)_. Ça c’est encore très fort. Le rôle de buteur est très ingrat car il peut faire gagner l’équipe comme il peut la faire perdre. Lorsqu’il y a une pénalité à la dernière minute et qu’il la rate, on dit Dimitri a manqué le coup de pied. Mais on oubliera de dire qu’untel a fait un en-avant à 20 centimètres de la ligne, qu’un autre a oublié de faire la passe. Ça c’est dur quand même quelques fois."

Dimitri Yachvili s’est donné les moyens de réussir face aux perches, en travaillant avec l’ancien footballeur Jean-Michel Larqué. En 2011, il a disputé la finale de la coupe du monde face aux All Blacks.

Un buteur de haut niveau, c’est utile et pas seulement pour faire progresser le tableau d’affichage. Pierre Albaladejo avait été surnommé « Monsieur Drop ». Sa femme Françoise a su utiliser son talent.

"Je tenais la buvette au stade de Dax. Alors je disais à mon mari « essaie de me marquer des points juste avant la mi-temps ». Un jour il m’a demandé pourquoi je lui disais toujours ça. Je lui ai expliqué que si on menait à la mi-temps, les supporters seraient décontractés et allaient plus facilement descendre des tribunes boire un coup. Il a rigolé et m’a dit « c’est pas vrai ». Mais, quitte à marquer, autant que ça fasse fonctionner le business."

Bleus 

Damien Chouly / Dusautoir (Pays de Galles, fev 2015) - Aucun(e)
Damien Chouly / Dusautoir (Pays de Galles, fev 2015)

Le XV de France

Pour un joueur de rugby, l'équipe de France est un rêve qui devient réalité. Pour les proches, c’est également une énorme fierté. Josiane, la maman de Thomas Domingo, sélectionné pour la première fois le 27 février 2009 pour un match du Tournoi contre le Pays de Galles.

Il m’a téléphoné le matin à 9 heures, j’étais en train de prendre ma douche. Un autre joueur s’était blessé et il m’a dit « maman, on m’a appelé, je pars en équipe de France. Ça a été magnifique. J’ai les larmes qui me sont venues aux yeux. Mon fils en équipe de France… jamais je ne l’aurais imaginé. Quand j’étais petite et que je regardais le Tournoi des 5 nations, jamais je n’aurais pensé que j’aurais un jour ma chair qui jouerait dans l’équipe. Même maintenant, j’ai toujours du mal à réaliser.

Cette première sélection n’a pas marqué que la maman de Thomas Domingo. Le pilier clermontois en a gardé une cicatrice au niveau de l’arcade droite, souvenir d’un placage à deux effectué sur un Gallois avec Maxime Médard.

Pour Philippe Bernat-Salles, l’ailier supersonique des années 90, la première sélection est arrivée en novembre 1992 contre l’Argentine. Sa sœur Laurence raconte.

« On ne s’y attend pas. Le journaliste est à la maison pour faire des photos et on est en famille en première page du journal local à Pau et là tu te dis, c’est super ! Mais il y a quand même quelque chose qui s’arrête dans ces moments-là, tu réalises que ça y est, il s’en va. »

La Marseillaise

La maman se Christophe Dominici se souvient de sa première Marseillaise. "C’était très émouvant. On l’a accompagné, on a chanté. D’ailleurs je me souviens que c’est l’une de mes anciennes vendeuses qui m’avait apporté une jolie Marseillaise écrite sur un papier. Christophe la connaissait mais pas forcément jusqu’au bout. Alors il l’a apprise. Et il l’a toujours chantée très fort. Comme nous d’ailleurs." Le varois a disputé trois coupes du monde en 1999, 2003, 2007. Il compte 67 sélections au total.

Une Marseillaise des Bleus pendant France - Ecosse (2008) - Aucun(e)
Une Marseillaise des Bleus pendant France - Ecosse (2008)

Dans la légende

Lors de la coupe du monde 2007, le XV de France de Bernard Laporte a été battu d'entrée par l’Argentine. Le mondial se déroule en France mais les Bleus jouent leur quart de finale au Millénium de Cardiff contre les All Blacks. Wassia, la sœur de Thierry Dusautoir, a vécu un grand moment.

"J’étais partie dans un bar regarder le match avec des amis. J’avais appelé ma mère juste avant et c’était bizarre on avait peur. C’était impressionnant. Tout le long j’ai crié « Titi » et lorsqu’il a marqué j’ai cru que j’allais tomber dans les pommes. J’ai tellement crié que je me suis sentie mal et je me suis assise par terre. J’avais tout qui tournait autour de moi, c’était vraiment intense. Il ne marque quasiment jamais et là il avait marqué contre les Blacks, en plus en coupe du monde. C’était vraiment épatant."

Coralie, la femme du troisième ligne tricolore Julien Bonnaire a vécu l'exploit depuis le stade de Cardiff.

"On était peu de femmes mais on n’a jamais regretté d’avoir fait le voyage. C’était magnifique, magique. Je me souviens que l’on était super mal placées dans les gradins. Mais c’était énorme car personne ne croyait en eux. On était folles, avec des larmes. On est descendues les serrer dans nos bras. Ce sont des souvenirs exceptionnels."

L’un des principaux matches qui ont forgé la légende du XV de France, c’est la première victoire des Bleus en terre néo-zélandaise le … 14 juillet 1979.

Camille est la fille de Philippe Dintrans, le talonneur de l’époque.

Il répond toujours « j’aurais aimé être un Black ».

"Il avait 22 ans et j’ai les images qui me restent en tête de la fin du match avec mon père les bras en l’air, les poings vers le ciel, c’était formidable. En fait je n’existais pas, je n’étais pas encore née. On le voit avec toute sa fougue et sa hargne. Il était tout jeune et on voit dans ses yeux que c’est un rêve qui vient d’être atteint. C’est fou. Quand je revois les images je n’imagine même pas l’émotion qu’il a pu ressentir mais je suis ravie qu’il ait pu vivre des trucs comme ça. Surtout que lorsqu’on lui demande où il aurait voulu naître à part en France, il répond toujours « j’aurais aimé être un Black » pour la culture par ces joueurs, la bonté qu’ils dégagent, des valeurs simples qui font du bien."

Philippe Dintrans n’a connu qu’un seul club, Tarbes. A la fin de sa carrière, il est devenu vendeur de voitures. Sa fille est mariée à un joueur de rugby, l’ex toulousain et désormais palois Jean Bouilhou. Comédienne, elle a monté un one-woman-show ovale baptisé « femme de joueur ». On ne se refait pas.

En famille

Avec les parents d'Estebanez en 2011 - Aucun(e)
Avec les parents d'Estebanez en 2011

 Avant-match

Anouk est la femme de Patrice Lagisquet, ancien ailier des Bleus aujourd'hui en charge des lignes arrières du XV de France. Elle n’est pas une accro des matches de son mari.

"La seule rencontre dont je me souvienne, c’est Bayonne-Biarritz le 6 décembre 1987 car j’ai accouché de ma seconde fille Fiona. Le médecin de l’Aviron Bayonnais est allé demander que j’accouche un peu plus rapidement. Ma fille est née à 13h15 et, comme ça, il a pu être présent au coup d’envoi du match à 15 heures. Ce n’est pas toujours facile d’être la femme d’un rugbyman. Il était heureux, tout s’était bien passé et, en plus, Bayonne l’avait emporté contre Biarritz donc c’était le rêve."

Les joueurs ont besoin de leurs proches. Nicole est la maman de Maxime Médard, ailier ou arrière du Stade Toulousain. Maxime Médard est un funambule, un joueur particulièrement doué. Mais ça ne suffit pas.

"Avant un match important, il m’appelle. Il a besoin qu’on le rassure et qu’on lui dise qu’il va être bon. Son papa comme moi, on essaie d’être là et de trouver les mots pour le rassurer."

Julie, la femme de William Servat, talonneur des Bleus lors de la dernière coupe du monde et désormais entraîneur des avants du Stade Toulousain, témoigne : "William m’appelle une heure avant le match. Je lui dis tout le temps la même chose et si je ne le fais pas il a l’impression que ça va mal se passer."

Après-match

Il y a aussi l’après-match. Séverine, la femme de Damien Traille, 86 sélections avec l’équipe de France, a vécu quelques soirées de sinistrose.

"Mon mari déteste perdre. Un soir de défaite est très dur à vivre à la maison. Il est complètement fermé, il est toujours dans son match. Je crois que pour Damien, le match doit durer deux jours. Il repense aux actions, il est très critique envers lui-même. D’ailleurs, je crois que, lorsqu’on vit avec un rugbyman, on a deux modes de vie. Quand Damien est là, il s’investit énormément dans la vie de famille et c’est un vrai pilier pour moi. Mais, quand il est en déplacement, c’est un gros manque et c’est déstabilisant pour moi. Je suis vraiment perdue quand il n’est pas là et que ça dure plusieurs semaines comme pour les tournées ou la coupe du monde."

Pas simple la vie de famille lors de ces séjours en équipe de France. Coralie Bonnaire, la femme de Julien, troisième ligne des Bleus en 2007, témoigne.

Bernard Laporte, le sélectionneur, a dit après la coupe du monde qu’il avait peut-être commis une erreur en coupant les joueurs de leur famille. Ils étaient toujours à se demander quand ils allaient nous voir. Je crois que ça a joué sur les derniers matches.

Dans les années 80, lorsque Patrice Lagisquet évoluait en équipe de France, les joueurs n’étaient pas encore professionnels. Anouk son épouse regrette.

"De temps en temps, on aurait bien aimé être avec eux. Quand on montait les voir jouer en équipe de France, on se payait les voyages. Je me rappelle de nuits assez extraordinaires où il était par exemple en chambre avec Marc Andrieu. On se retrouvait à quatre avec deux petits lits (sourires). Nous les femmes, on ne comptait pas donc on squattait leur chambre. C’étaient des moments assez rigolos. Vous nous imaginez au Grand Hôtel à Paris. Il fallait mieux ne pas trop se montrer."

Josy est l’épouse de Philippe Sella, le trois-quarts centre aux 111 sélections qui a disputé trois coupes du monde.

"J’ai le souvenir de ma fille qui devait avoir trois ou quatre ans. Papa n’était pas là au mois de juin et quand il appelait, il fallait vite parler car cela coûtait très cher. Elle me regardait et refusait de lui parler au téléphone parce qu’il était parti. Je mettais un pot de bonbon près du téléphone. Je lui faisais signe avec la main « tu as un bonbon si tu parles à papa ». Elle me répondait « je veux cinq bonbons ». Je cédais mais je ne disais pas à Philippe que c’était au chantage que sa fille lui parlait."

La blessure

Aurélien Rougerie est le capitaine de l’équipe de Clermont. L’Auvergnat, qui a porté le maillot du XV de France à 76 reprises jusqu’en 2012, n’a jamais changé de club. Son père jouait déjà pilier à l’ASM dans les années 70, lorsque sa mère Christine Dulac était l’une des basketteuses stars de la ville. En 2002, un joueur anglais blesse gravement Aurélien Rougerie à la gorge sur un mauvais geste. Il devra subir trois opérations chirurgicales et perdra neuf kilos.

"Je n’aurais jamais imaginé vivre cela, affirme sa maman. Assise dans la salle d’attente de l’hôpital, j’étais en train de me dire que j’allais peut-être perdre mon fils (Christine a du mal à poursuivre). Vous voyez cela reste toujours très fort comme souvenir parce qu’on ne s’attend pas à ça. On a bien vu ce très vilain coup que le joueur anglais lui avait asséné. Mais on n’imagine pas les conséquences catastrophiques que cela allait entraîner. Aujourd’hui, je crie de colère quand je vais au stade et qu’il y a des mauvais gestes. Ça me fait réagir beaucoup plus."

Huit ans après son accident, Aurélien Rougerie est sacré champion de France avec Clermont. L’année suivante, il dispute la coupe du monde 2011.

Sylvain Marconnet, le pilier le plus utilisé de l'histoire du XV de France (84 sélections), a manqué la coupe du monde 2007 après s'être cassé une jambe au ski. "Lors du premier match de l’équipe de France dans cette coupe du monde, raconte sa femme Sylvia, j’étais avec lui. Il s’est mis à pleurer pendant la Marseillaise et je pleurais avec lui parce que pour lui c’était terrible. Même s’il avait besoin d’être là pour ce premier match, c’était une épreuve émouvante."

Marconnet hospitalisé en 2009 - Aucun(e)
Marconnet hospitalisé en 2009

En 2005, William Servat est le talonneur du Stade Toulousain et de l'équipe de France, l’un des meilleurs du monde à son poste."Ça a commencé un match après un match contre Perpignan, raconte son épouse Julie. Il a commencé à ressentir une paralysie du bras gauche. On ne s’est pas trop inquiété. Il a tout de même passé des examens qui ont révélé une grosse hernie des cervicales. Il a passé deux mois au lit, sous morphine et cortisone, sans pouvoir se lever et avec le bras paralysé. Ça a été une période assez difficile. Il voulait même arrêter le rugby, il craignait pour sa santé dans le futur, il avait peur de ne plus pouvoir marcher. Il a finalement été opéré et ça a été une délivrance." William Servat a renoué le fil de sa carrière. Jusqu’à la finale du mondial néo-zélandais en 2011 et un dernier titre de champion de France avec Toulouse l’année suivante.

Histoires de vie

Nelson Mandela en 1995, finale de la Coupe du monde à Johannesburg - Aucun(e)
Nelson Mandela en 1995, finale de la Coupe du monde à Johannesburg

Au-delà du rugby

Emile Ntamack a disputé 46 matches avec le XV de France. Il a inscrit 26 essais. Il était du grand chelem des Bleus en 1997. En coupe du monde, il était de la demi-finale légendaire du XV de France face aux All Blacks en 1999. Avec le Stade Toulousain, celui que l’on surnommait "la panthère noire" a remporté 5 titres de champion de France. Emile Ntamack est aujourd’hui entraîneur des lignes arrières de l’Union Bordeaux-Bègles après avoir été l’adjoint de Marc Lièvremont en équipe de France entre 2007 et 2011. Mais il est des moments qui dépassent tous les palmarès. Pour Emile Ntamack, c’était le cas de la coupe du monde 1995. C’est Marie, son épouse, qui le révèle.

"1995, c’est son plus beau souvenir. L’Afrique du Sud faisait son retour sur la scène internationale après des années d’Apartheid en organisant cette coupe du monde. Dans les stades il y avait c’est vrai beaucoup de Blancs. Les Noirs n’avaient pas forcément les moyens financiers de se procurer des billets. Mais voir autour des stades et dans tout le pays les Noirs qui faisaient vivre le rugby par leurs chants et par leurs danses, c’était vraiment particulièrement émouvant. C’est quelque chose qui l’a réellement marqué."**

Jubilé

En 1992, Philippe Dintrans, le talonneur de la victoire du 14 juillet en Nouvelle-Zélande, remplaçant en finale de la première coupe du monde en 1987, fait ses adieux sur la pelouse de Tarbes. Sa fille Camille est de la fête. 

"J'ai donné le coup d'envoi de son jubilé et c’était un grand moment d’émotion. J’avais onze ans et j’étais avec mon petit frère, Jean. Ma maman a apporté le ballon du match en effectuant un saut en parachute au-dessus du stade, elle qui a le vertige. Tout le monde était autour de mon père et c’est incroyable. Un papa, c’est déjà un héros pour toutes les petites filles mais mon père je le voyais beaucoup à la télé, je l’entendais à la radio. Voir tous ces gens qui s’étaient regroupés autour de lui à Tarbes, c’était assez incroyable. Je me souviens du feu d’artifice avec mon nom, Dintrans, projeté dans le ciel, ça faisait vraiment bizarre. La grande classe."**

(1) "Femmes de rugby" : une série de Pascale Lagorce et de la rédaction de France Bleu Toulouse, diffusée en 2011, racontée par Gorka Blanco, produite par Odile Rabault de l'Atelier de Création du Sud Ouest et mise en onde par Pierre-Alain Pedebernade. Avec la participation de Marcel Rufo.